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Procès Trump, jour 2 : les procureurs avancent leurs pions

Adam Schiff s'adressant aux sénateurs.

Le président du Comité du renseignement de la Chambre, Adam Schiff, mène l'accusation.

Photo : Associated Press / SERVICE DE TÉLÉVISION DU SÉNAT

Les responsables démocrates de la mise en accusation ont amorcé mercredi leurs plaidoiries d'ouverture, cherchant à démontrer que le président américain a abusé de son pouvoir et entravé le travail du Congrès.

Au lendemain d'une séance marathon sur les règles encadrant le déroulement du procès en destitution du président Donald Trump, le procès devant le Sénat est finalement entré dans le vif du sujet, avec le début des plaidoiries d'ouverture des représentants démocrates qui agissent comme procureurs.

Procédant par grands thèmes, les sept responsables de la mise en accusation se sont succédé devant le jury de sénateurs pour développer de façon méthodique et chronologique – mais aussi par moments fastidieuse – les résultats de l'enquête menée par des comités de la Chambre des représentants.

Pendant près de 9 heures, ils ont étayé leur argumentaire avec des courriels, des textos et des extraits de témoignages publics obtenus pendant l'enquête, recourant aussi à des articles de journaux et même à des extraits d'entrevues du président Trump.

Les démocrates ont ainsi rappelé, notamment, la campagne de dénigrement dont a été victime l'ex-ambassadrice américaine en Ukraine Marie Yovanovitch, rapatriée à Washington sans explications; les efforts spécifiques de l'avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani, pour obtenir son congédiement; le gel de l'aide militaire destinée à l'Ukraine; l'appel du 25 juillet denier entre le président Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, ainsi que les tractations de coulisses pour obtenir des responsables ukrainiens les enquêtes que désirait le président Trump.

Puisant dans la douzaine de témoignages de responsables gouvernementaux livrés pendant la portion publique de l'enquête, les démocrates ont virtuellement amené dans l'enceinte du Sénat certains d'entre eux, dont Fiona Hill, Marie Yovanovitch, Bill Taylor et Gordon Sondland.

Marie Yovanovitch devant un micro.

Les démocrates ont notamment fait jouer des extraits du témoignage livré par l'ex-ambassadrice Marie Yovanovitch devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants, le 15 novembre 2019.

Photo : Associated Press / YouTube/Service de télévision du Sénat

Le président du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, le démocrate Adam Schiff, responsable en chef de la mise en accusation, est en outre revenu à la charge pour convaincre les sénateurs de convoquer des témoins et d'ordonner à l'administration Trump de produire des éléments de preuves.

Le Sénat à majorité républicaine a décidé de laisser cette question en suspens pour l'instant.

L'accusation disposera de 24 heures en trois jours pour plaider sa cause au lieu des deux jours initialement annoncés par le leader de la majorité républicaine, Mitch McConnell. Les avocats du président Trump leur succéderont dès samedi.

Trump lui-même amené dans l'arène

Adam Schiff a présenté Donald Trump comme le joueur clé du stratagème visant à faire pression sur les autorités ukrainiennes, appelant les accusations au cœur du procès.

Le président Trump a sollicité une ingérence étrangère dans nos élections démocratiques, abusant du pouvoir de sa fonction pour chercher de l'aide à l'étranger afin d'améliorer ses perspectives de réélection chez lui. [...] En d'autres mots, pour tricher.

Adam Schiff, qui agit comme procureur en chef

Plus encore, il a inscrit les actes du président dans le dossier ukrainien dans un schème de comportement, rappelant par exemple que le président républicain avait déjà sollicité l'aide de Moscou, en juillet 2016.

L'un des nombreux extraits vidéo mettant en vedette Donald Trump montre ce dernier, faisant référence aux messages effacés du serveur privé de sa rivale démocrate de la présidentielle de 2016, Hillary Clinton, dire : Russie, si vous écoutez, j'espère que vous serez capables de retrouver les 30 000 courriels qui manquent.

La vidéo montrant un extrait d'une conférence de presse du président Trump porte des sous-titres disant: «Russie, si vous écoutez, j'espère que vous serez capables de retrouver les 30 000courriels qui manquent.»

Vidéos à l'appui, les démocrates ont utilisé contre le président Trump ses propres paroles à quelques reprises.

Photo : Associated Press

Dans un autre extrait, le président appelle également la Chine à enquêter sur Joe Biden.

Les démocrates accusent le président d'avoir voulu extorquer à son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, la tenue de deux enquêtes favorables à sa réélection, notamment sur l'ex-vice-président Joe Biden, candidat à l'investiture démocrate, en utilisant comme levier une aide militaire de 391 millions de dollars, qui a été bloquée pendant plusieurs semaines, mais aussi une rencontre entre les deux dirigeants.

Giuliani, « stratège politique sans pitié »

Rudy Giuliani, la main levée, l'air un peu hébété, est en entrevue sur le réseau Fox News

Les démocrates ont présenté un extrait d'une entrevue accordée au réseau Fox News par Rudy Giuliani.

Photo : Associated Press / Service de télévision du Sénat

Rudy Giuliani a lui aussi été invité à son insu comme témoin, les démocrates présentant en preuve un extrait d'une entrevue accordée à Fox News en avril 2019, dans laquelle il disait sans détour espérer que l'Ukraine lui procurerait des informations dommageables à Joe Biden.

Pendant l'enquête, plusieurs témoins ont présenté l'avocat personnel de M. Trump comme le chef d'orchestre de la campagne menée auprès de responsables ukrainiens.

Disséquant l'appel Trump-Zelensky, le représentant démocrate Hakeem Jeffries a notamment rappelé que le président américain avait assuré à son homologue que Rudy Giuliani, homme de confiance de Donald Trump dans le dossier ukrainien, le contacterait.

Pourtant, a insisté M. Jeffries, Rudy Giuliani ne joue aucun rôle dans l'appareil gouvernemental.

Giuliani n'est pas le secrétaire d'État. Il n'est pas ambassadeur. Il n'est pas membre du corps diplomatique. Rudolph Giuliani est un stratège politique sans pitié agissant pour la campagne de réélection du président Trump.

Hakeem Jeffries, représentant de New York

Un gel qui porte à conséquence

Le représentant démocrate Jason Crow a directement interpellé les sénateurs, illustrant les conséquences dramatiques du gel, maintenu pendant plusieurs semaines, de l'aide militaire pour les soldats ukrainiens, dont plusieurs ont été envoyés au front avec des souliers de course, sans gilet pare-balles, sans casque et encore moins avec des fusils et des munitions.

Où étiez-vous le 25 juillet 2019? Le 25 juillet, l’un de [nos] amis s’appelait Oleksandr Markiv. C'était un soldat ukrainien qui défendait son pays et l'Europe contre les forces soutenues par la Russie sur le front est de l'Ukraine. Il était dans une tranchée. Il avait 38 ans. Par la suite, Oleksandr est mort en défendant son pays dans une attaque au mortier.

Jason Crow, représentant démocrate du Colorado

Les sénateurs appelés à respecter leur serment à la Constitution

Adam Schiff a conclu son allocution en parlant de Marie Yovanovitch. Cette ambassadrice qui a été calomniée aussi impitoyablement est maintenant une héroïne pour le courage dont elle a fait preuve.

Les témoins [...] ont tout risqué, même leur carrière. Et je sais que la décision qu'on attend de vous pourrait vous faire risquer la vôtre aussi.

Adam Schiff, qui agit comme procureur en chef

Invoquant les pères fondateurs, Adam Schiff avait ouvert les plaidoiries démocrates avec une introduction de 2 h 30, en appelant notamment les sénateurs à respecter leur serment envers la Constitution en agissant comme des jurés impartiaux et en tenant un procès équitable. Les 100 membres du Sénat, en plus de fixer les règles du procès, jouent aussi le rôle de jurés.

À la fin de la journée, l'avocat personnel du président, Jay Sekulow, a qualifié le procès de ridicule.

Sommes-nous en train d'avoir une mise en accusation pour un appel téléphonique ou s'agit-il d'une tentative pour renverser un président dûment élu par le peuple américain qui s'étire depuis trois ans?

Jay Sekulow, avocat personnel du président

Les démocrates poursuivront leurs plaidoiries jeudi avec, cette fois, les arguments constitutionnels.

La journée la plus prolifique du président Trump sur Twitter

La première journée des plaidoiries d'ouverture de l'accusation a visiblement piqué au vif le président, qui a battu son record présidentiel de 123 tweets et retweets envoyés en une seule journée. Selon le New York Times, il a envoyé 142 messages, manquant de peu son record absolu, établi en 2015.

Au cours d'une conférence de presse donnée dans le cadre du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le président Trump a en outre commenté le procès, s'opposant notamment au témoignage de son ancien conseiller John Bolton.

Vous n'aimez pas que les gens témoignent quand ils ne partent pas en bons termes.

Donald Trump

Interrogés par les journalistes pendant une pause, autant Adam Schiff que le leader de la minorité démocrate, Chuck Schumer, ont fermé la porte à l'idée de négocier avec les républicains le témoignage de John Bolton en échange de celui de Joe Biden. Ce n'est pas sur la table, a tranché M. Schumer.

L'ex-vice-président démocrate a pour sa part indiqué qu'il refusait de participer à une tentative de transformer la procédure en farce ou en une sorte de théâtre politique.

Mardi, la première journée des audiences, quoique procédurale, a donné le ton au procès, traduisant le climat de polarisation et d'hyperpartisanerie à Washington. Le Sénat a finalement adopté la résolution républicaine encadrant le déroulement du procès dans un vote reflétant les lignes de parti, sans aucun des 11 amendements proposés par les démocrates.

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