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Mohammed ben Salmane soupçonné d'avoir piraté le cellulaire de Jeff Bezos

Visage en gros plan de Jeff Bezos.

Jeff Bezos, fondateur de la compagnie Amazon, est également propriétaire du « Washington Post ».

Photo : Associated Press / Cliff Owen

François Messier

Des experts des Nations unies affirment disposer d'informations laissant croire à une « possible implication » du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans le piratage du téléphone cellulaire de Jeff Bezos, grand patron d'Amazon et propriétaire du Washington Post.

L'information que nous avons reçue suggère une possible implication du prince héritier dans la surveillance de M. Bezos, dans un effort pour influencer, sinon faire taire, la couverture faite par le Washington Post sur l'Arabie saoudite, indique une déclaration publiée mercredi matin.

Le piratage présumé du téléphone de M. Bezos et ceux d'autres personnes nécessite une enquête immédiate des autorités américaines et d'autres autorités pertinentes, dont une enquête sur les efforts [...] du prince héritier pour cibler des opposants présumés.

Extrait de la déclaration des experts de l'ONU

Cette déclaration est faite quelques heures après que The Guardian, citant des sources non identifiées, a révélé que le téléphone cellulaire de l’homme le plus riche de la planète a vraisemblablement été piraté le 1er mai 2018 par un fichier malveillant envoyé depuis un compte WhatsApp appartenant au prince ben Salmane.

Selon les informations du quotidien britannique, l'enquête d’une firme de cybersécurité embauchée par le grand patron d'Amazon a conclu que le fichier malveillant aurait été envoyé le 1er mai 2018 par un message crypté envoyé lors d’une conversation apparemment amicale entre les deux hommes.

Le niveau de certitude de cette information est considéré comme étant moyen à élevé, précisent les deux experts de l'ONU à l'origine de la déclaration, soit la Rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, et le Rapporteur spécial sur la liberté d'expression, David Kaye.

Dans la foulée de ce piratage présumé, des volumes exceptionnels de données ont été téléchargés depuis le téléphone cellulaire du milliardaire pendant des mois, a conclu la firme de cybersécurité.

Cette analyse estime que le piratage du cellulaire de M. Bezos aurait été réalisé grâce à une technologie d'espionnage comme le programme malveillant Pegasus-3 du groupe [israélien, NDLR] NSO, un produit acheté et déployé par des responsables saoudiens, selon ce qui a été largement relaté, précisent encore les experts de l'ONU.

La nature des informations récupérées sur l'appareil de M. Bezos et l’utilisation qui en a été faite par la suite n'est pas connue.

Avant la sortie des experts onusiens, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhan Al-Saoud, avait balayé les informations du Guardian du revers de la main. Je pense qu'"absurde" est le mot exact pour qualifier cette histoire, a-t-il déclaré dans une entrevue à Reuters. L’idée que le prince héritier puisse pirater le téléphone de Jeff Bezos est ridicule.

Mohammed ben Salmane

Le prince héritier Mohammed ben Salmane lors d'une conférence à Riyad, le 23 octobre 2018.

Photo : Reuters / Bandar Algaloud/Cour royale saoudienne

Un lien avec l'affaire Khashoggi

Les deux experts de l'ONU affirment dans leur déclaration que ces nouvelles informations sur le prince ben Salmane sont pertinentes pour évaluer les allégations sur l'implication du prince héritier dans le meurtre en 2018 du journaliste saoudien du Washington Post, Jamal Khashoggi.

M. Khashoggi, un opposant du régime saoudien, publiait des chroniques dans le quotidien appartenant à Jeff Bezos jusqu'à son assassinat à l'intérieur du consulat saoudien à Istanbul, en octobre 2018. Riyad avait imputé l'affaire à un commando voyou et démenti que le prince ben Salmane était à l'origine de cette affaire.

Selon les experts de l'ONU, le moment où le piratage aurait eu lieu appuie fortement la nécessité d'une enquête, aux États-Unis ou ailleurs, sur les allégations que l'homme fort du royaume wahhabite a ordonné, incité ou, au minimum, était au courant de la planification de cet assassinat.

Au moment où les Saoudiens étaient supposément en train d'enquêter sur le meurtre de M. Khashoggi et de traduire en justice les présumés coupables, elle menait clandestinement une guerre en ligne contre M. Bezos et Amazon, le ciblant essentiellement en tant que propriétaire du Washington Post.

Extrait de la déclaration des experts de l'ONU

Les deux rapporteurs spéciaux de l'ONU indiquent en outre que le piratage présumé est survenu pendant une période où les téléphones de deux proches collaborateurs de M. Khashoggi, Yahya Assiri et Omar Abdulaziz, ont aussi été piratés, apparemment avec le logiciel malveillant Pegasus. M. Abdulaziz a déjà raconté cette histoire à Radio-Canada.

Des informations privilégiées en possession du prince

La déclaration de Mme Callamard et M. Kaye souligne par ailleurs que l'analyse effectuée par une firme de cybersécurité avance que Mohammed ben Salmane a envoyé des messages WhatsApp à Jeff Bezos en novembre 2018 et février 2019.

Ces messages du prince héritier, véritable homme fort de l'Arabie saoudite, auraient contenu des informations privées et confidentielles sur la vie personnelle de M. Bezos qui n'étaient pas disponibles par des sources publiques.

8 novembre 2018 : une photographie est envoyée à M. Bezos par message texte à partir du compte WhatsApp du prince héritier, accompagné d'un mot sardonique. C'est une image d'une femme ressemblant à la femme avec laquelle Bezos a une liaison, des mois avant que l'affaire ne devienne publique.

Extrait d'une chronologie annexée à la déclaration des experts de l'ONU

Pendant cette même période, M. Bezos était largement ciblé dans les médias sociaux saoudiens comme un adversaire présumé du royaume, soulignent les deux experts de l'ONU.

L'an dernier, le responsable de la sécurité de Jeff Bezos avait aussi soutenu que le gouvernement saoudien avait eu accès au téléphone cellulaire de son patron et avait ensuite donné des informations ainsi obtenues au National Enquirer.

Suite à l'annonce du divorce de M. Bezos après 25 ans de mariage, en janvier 2019, le journal avait consacré un article de 11 pages – photos et SMS à l'appui – à sa liaison avec une ancienne présentatrice de télévision.

Un mois plus tard, M. Bezos a soutenu que le propriétaire du National Enquirer l'avait menacé de publier des photos intimes s'il ne déclarait pas publiquement que les articles du tabloïd le concernant n'avaient aucune visée politique.

Riyad avait nié toute implication dans cette histoire.

Avec les informations de Guardian, et Reuters

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