•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des millionnaires qui réclament de payer davantage d'impôts

C'est selon eux la seule façon de contrer les inégalités sociales, mais également les changements climatiques qui menacent aussi les plus riches.

Le symbole du dollar devient poussière.

La crise climatique s'annonce « désastreuse pour tout le monde, y compris les millionnaires », avertissent les signataires, qui tiennent à faire davantage leur part.

Photo : iStock

Un groupe de millionnaires exhorte les riches du monde entier à payer plus d'impôts afin de réduire les inégalités sociales et de lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique. Dans une lettre ouverte publiée mercredi à l’occasion du Forum économique mondial de Davos, ces millionnaires et milliardaires fustigent également les adeptes de l’évasion fiscale.

Il existe deux types de riches dans le monde : ceux qui préfèrent les impôts et ceux qui préfèrent les fourches. Nous, soussignés, préférons les impôts. Et nous pensons qu'après réflexion, vous serez d’accord, écrivent-ils.

Les fourches font ici référence aux lynchages sur la place publique, à la justice populaire et au capitalisme sauvage.

Les 121 signataires, qui se présentent comme les « Millionnaires contre les fourches » (Millionnaires against pitchforks), s’adressent à ceux qui partagent leur situation. Ils les invitent à réclamer eux-mêmes de leurs gouvernements respectifs, avant qu’il ne soit trop tard, d'être soumis à des niveaux d’imposition plus élevés et plus justes.

Nous faisons cette demande en tant que membres de la catégorie d'êtres humains la plus privilégiée qui ait jamais marché sur terre.

Les signataires de la lettre

Parmi eux, les entrepreneurs Paul Polman, Julian Richer et Nick Hanauer, l’acteur Simon Pegg, le réalisateur Richard Curtis ou encore Abigail Disney, héritière de l'empire du divertissement.

Cette initiative est venue des « Millionnaires patriotes », qui avaient exprimé des positions similaires à l’intérieur des frontières des États-Unis à plusieurs reprises depuis 2010. C’est la première fois qu’ils portent leur message sur la scène internationale.

Le président et fondateur des Millionnaires patriotes est Morris Pearl, un ancien dirigeant de la firme de gestion d'actifs BlackRock. Pour que les riches paient leur juste part, il faudra un effort mondial coordonné, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Il y a plus de milliardaires sur terre que jamais auparavant, et ils contrôlent plus de richesse que jamais auparavant. Pendant ce temps, les revenus de la moitié la plus pauvre de l'humanité restent pratiquement inchangés, constatent les signataires.

Selon un rapport de l’organisme Oxfam publié cette semaine, les 2153 milliardaires que compte le monde disposent de plus de richesse que 60 % de la population de la planète, soit 4,6 milliards de personnes. Et les richesses du 1 % des plus riches du monde correspondent à plus du double des richesses cumulées des 6,9 milliards les moins riches, qui représentent 92 % de la population, est-il écrit.

Dans de nombreux pays, les tensions causées par les inégalités ont atteint des niveaux de crise. […] La dynamique qui en résulte garantit que la communauté mondiale ne répondra pas de manière adéquate à la catastrophe climatique imminente. Ce sera désastreux pour tout le monde, y compris les millionnaires et les milliardaires.

Les signataires de la lettre

La plupart des gens raisonnables comprennent que la philanthropie a toujours été et sera toujours un substitut inadéquat à l'investissement public, estiment-ils.

Les impôts constituent le seul moyen approprié d'assurer un investissement adéquat dans tout ce dont nos sociétés ont besoin, affirment-ils. Les individus qui rejettent cette vérité constituent une double menace, à la fois pour le climat et pour la démocratie elle-même, car ceux qui cherchent à éviter leurs responsabilités fiscales sont souvent les mêmes qui manipulent les gouvernements et les processus démocratiques du monde entier pour leur propre profit.

Toutes (ce terme est en gras dans la lettre, NDLR) les solutions à cette crise mondiale nécessitent des impôts plus élevés pour les millionnaires et les milliardaires comme nous. Vous pouvez vous joindre à nous […] ou refuser de faire partie de la solution et accepter que, si nous échouons, vous en serez responsables, insistent les signataires.

Oxfam a proposé cette semaine d'imposer un supplément de 0,5 % sur la fortune du 1 % le mieux nanti de la population. Une telle mesure permettrait de recueillir assez d'argent pour combler d'ici 10 ans les besoins en éducation, en santé et dans l'accompagnement des aînés, soutient l'organisme.

L'inégalité grandit au Québec aussi

L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) indique mercredi dans un rapport que la part d'impôt sur le revenu payée par le 1 % des plus riches du Québec a diminué de 20 % en 20 ans.

Les membres de ce club des plus sélects ont un revenu annuel moyen de 415 000 $, est-il mentionné.

L'IRIS souligne que, comme outil de redistribution, l'impôt a perdu de son efficacité.

Pour corriger la situation, il propose au gouvernement de hausser le nombre de paliers d'imposition et de relever les taux des tranches supérieures, mais aussi d'instaurer un ratio entre d'une part le revenu des dirigeants d'entreprise, des médecins et des hauts fonctionnaires, et de l'autre celui des salariés.

Ainsi, si un chef d'entreprise doit limiter sa rémunération à 15, 20 ou encore 30 fois celui de son ou sa plus basse salariée, deux scénarios sont possibles : ou bien il augmentera le salaire de ses salariés pour maintenir son train de vie, ou bien il devra revoir sa propre rémunération. Dans les deux cas, nous assisterons à une réduction des inégalités de revenus, illustre la chercheuse de l'IRIS Julia Posca.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Pauvreté

Économie