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Exploitation sexuelle des mineurs : un groupe dénonce le paternalisme de la commission

Sandra Wesley, une participante aux audiences de la commission.

Sandra Wesley, directrice de Stella, un organisme qui vient en aide aux travailleurs du sexe.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ahmed Kouaou

À contre-courant des discours entendus depuis lundi à la commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, les organismes Stella et PIaMp ont dérogé à l’unanimité ambiante et ont surpris, voire perturbé quelques députés, mardi.

D’entrée de jeu, la directrice du Projet d’intervention auprès des mineur.e.s prostitué.e.s (PIaMp), Mathilde Bombardier, a dénoncé le paternalisme et le ton moralisateur qu’elle croit avoir décelés durant les travaux de cette commission, dont elle a également écorché le côté théâtral et sensationnel.

Elle a insisté sur la notion de libre arbitre, préférant parler d’échanges de services sexuels, plutôt que de dynamique d’abuseur-victime.

Mme Bombardier convient qu’il existe des rapports coercitifs, mais elle ne veut pas que la notion de l’exploitation sexuelle se résume à cela, sans tenir compte des échanges sexuels consentis.

Invitant les députés à saisir la complexité de la chose, elle a souligné que ces échanges consentis peuvent être une source d’émancipation pour les jeunes, qu’il serait maladroit de victimiser systématiquement ou d’enfermer dans une seule catégorie.

La directrice de PIaMp n’a pas hésité à décocher quelques flèches à l’endroit de la commission en raison de ses choix regrettables de témoins, ce qui dénote, à ses yeux, un processus biaisé.

Tout le monde veut parler de nous, mais pas avec nous.

Mathilde Bombardier, directrice de l'organisme PIaMp

De la pure fiction

Le ton a été donné et, lui succédant au micro, Sandra Wesley, la directrice générale de Stella, un organisme qui vient en aide aux travailleurs du sexe, a enfoncé davantage le clou, suscitant quelques réactions embarrassées parmi l’auditoire.

Elle a d’abord tenu à minimiser l’ampleur du phénomène de la prostitution juvénile, estimant que les statistiques qui circulent à ce sujet sont de la pure fiction. Et pour cause, a-t-elle argumenté, les mineurs sont rares dans l’industrie, et soutenir le contraire serait entretenir un mythe.

Selon ses chiffres, qui proviennent des observations de son organisme sur le terrain, seulement 0,5 % des travailleurs du sexe ont moins de 19 ans.

Pour Mme Wesley, il est traumatisant et déshumanisant de voir les travaux de la commission, qui, à l’en croire, font écho à des groupes idéologiques opposés à la prostitution.

Comme Mme Bombardier, la directrice de Stella a critiqué le choix des invités de la commission, y voyant des organismes mus par la volonté d’éliminer les travailleuses du sexe.

Sandra Wesley ne se fait pas d'illusion. Elle est convaincue que la commission débouchera sur une recommandation principale qui est de donner plus d’argent à la police et à des groupes antitravailleuses du sexe.

Elle a terminé son exposé en plaidant pour une décriminalisation de la prostitution et un arrêt de la répression policière et de la violence dont sont victimes les travailleurs du sexe, d'après elle.

Il faut arrêter cette haine contre les travailleuses du sexe.

Sandra Wesley, directrice générale de Stella

Cette sortie lui a valu les mises au point parfois passionnées de quelques membres de la commission, dont le président, Ian Lafrenière, qui a réfuté tout parti pris.

D'autres députés, comme la libérale Christine St-Pierre, ont défendu l'approche de la commission, rappelant que plusieurs organismes ont témoigné de l'ampleur de la prostitution juvénile.

Mme St-Pierre, qui était outrée qu'elle et ses pairs soient qualifiés de paternalistes et moralisateurs, a reproché à Mme Wesley de vouloir faire table rase de tout ce qui a été dit durant les travaux de la commission, y compris par des victimes.

Le Grand Prix veut redorer son blason

Le promoteur du Grand Prix du Canada, François Dumontier, devant la commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs

Le promoteur du Grand Prix du Canada, François Dumontier, devant la commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le Grand Prix de Montréal, qui attire des centaines de milliers de visiteurs dans la métropole, est souvent associé à la prostitution, dont celle des mineurs.

Devant la commission parlementaire, le grand patron, François Dumontier, a tenu à se dissocier de cette image et de la réputation de proxénète en chef qui colle à l’événement, en dépit, a-t-il dit, des actions entreprises pour y mettre fin.

M. Dumontier a insisté sur le travail de sensibilisation que son organisation mène auprès de son service à la clientèle et des agents de sécurité. L’objectif, assure-t-il, est de détecter des cas potentiels de prostitution juvénile et d'en informer la police.

Au sujet de l'hypersexualisation qui est reprochée à cette grande messe sportive et touristique, il a indiqué que son organisation s'évertue à y remédier, notamment en faisant appel à un personnel mixte et vêtu décemment.

Le promoteur a par ailleurs précisé que les différents événements qui se greffent au Grand Prix de Montréal, et qui peuvent attirer des clients, ne sont pas de sa responsabilité; il ne peut donc pas les contrôler.

Tout en se félicitant de la collaboration avec certains acteurs, dont l’industrie touristique, il a regretté que d'autres parties ne se joignent pas à l'effort collectif. Il a cité l'exemple de l'événement qui a lieu sur la rue Crescent, pendant le Grand Prix, et dont les organisateurs ont, d'après lui, refusé une offre de partenariat.

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