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Engorgement des hôpitaux : des dirigeants du réseau de la santé sonnent l'alarme

Des patients sur des lits d'hôpitaux dans un couloir.

Hôpitaux souvent bondés et ressources sollicitées à un rythme intenable, révèlent des données obtenues en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Julie-Anne Lamoureux

Des chambres improvisées dans des gymnases de réadaptation, des lits placés entre des rideaux dans les salles de repos pour les familles des patients ou pour le personnel. La médecine de couloir n'existe plus seulement dans les corridors des hôpitaux ontariens.

Des données obtenues par CBC en vertu de la Loi sur l'accès à l'information montrent que les hôpitaux de la province fonctionnent souvent bondés et que les ressources sont sollicitées à un rythme intenable.

La vérité, c'est que le débordement dans les hôpitaux est devenu la nouvelle norme dans la province. Le phénomène s'est accéléré depuis trois ans.

Anthony Dale, président de l'Association des hôpitaux de l'Ontario

À la première place de ce triste palmarès, il y a l'hôpital de Richmond Hill, qui a le pire dossier pour les six premiers mois de 2019, selon les informations obtenues.

Le taux d'occupation de l'hôpital a surpassé les 100 % 179 jours sur les 181 de cette période.

Lors de la visite d'une de nos équipes, la semaine dernière, 60 lits pour lesquels l'hôpital ne recevait aucun financement étaient pourtant utilisés par des patients qui en avaient besoin et dont le personnel prenait soin.

Les données montrent qu'il ne s'agit pas seulement d'un problème torontois ou de grandes villes. Il ne s'agit pas non plus d'un problème saisonnier lié à la grippe, par exemple. Les hôpitaux ressentent la pression à longueur d'année.

Le palmarès des hôpitaux où l'engorgement était le plus fréquent en 2019.

Le palmarès des hôpitaux où l'engorgement était le plus fréquent en 2019

Photo : Radio-Canada

Des professionnels de la santé et des patients qui s'adaptent

Le Centre régional de santé Southlake, à Newmarket, fait partie des hôpitaux les plus touchés par le problème d'engorgement.

Les patients sont placés entre des cloisons temporaires.

Une salle de réadaptation a été transformée en chambre d'hôpital pour accueillir les patients qui autrement n'auraient pas eu de chambre au Centre régional de santé Southlake, à Newmarket.

Photo : Radio-Canada

Des gymnases et des salons y ont été transformés en chambres où plusieurs patients sont séparés par des cloisons ou des rideaux de fortune.

Les patients doivent parfois se déplacer pour avoir accès à une salle de bain. Ils doivent s'adapter au bruit des voisins et renoncer à leur vie privée. La lumière est allumée en même temps pour tout le monde et elle est éteinte qu'on le veuille ou non.

Ron Dane, hospitalisé depuis quelques jours estime que ce sont toutefois de meilleures conditions qu'à l'urgence.

C'est 100 % mieux qu'à l'urgence, mais évidemment ce n'est pas aussi bien qu'avoir sa propre chambre avec les soins auxquels nous sommes habitués en Ontario.

Ron Dane, patient

Michelle Kearney, elle, estime recevoir de très bons soins dans les circonstances et reconnaît que le personnel fait de son mieux.

Mais je pense qu'ils ont besoin d'argent.

Michelle Kearney, patiente

Les dirigeants du réseau à qui nous avons parlé ne cachent pas que leur personnel travaille dans un contexte extrêmement difficile. Une crise constante, selon la vice-présidente de l'hôpital de Richmond Hill, Mary Agnes Wilson.

La pression est forte pour assurer la qualité des soins et la sécurité de tous.

Le personnel doit faire des heures supplémentaires, travailler dans de petits espaces réaménagés sans avoir tout l'équipement auquel les travailleurs ont accès sur un étage de soins aigus.

Je sais que ce n'est pas facile pour le personnel de venir ici travailler quand on ouvre un garde-robe [pour installer des lits] ou quand on place des patients dans le couloir. Ce n'est pas pour ça qu'elles sont devenues infirmières.

Tammy Rogers, directrice des soins infirmiers pour les zones de débordement, Centre régional de santé Southlake

La présidente-directrice générale du Centre régional de santé Southlake parle d'un défi énorme pour son personnel.

Ces chambres d'hôpital [improvisées] ne sont pas équipées pour répondre aux mêmes normes de sécurité que les chambres normales. Le personnel doit s'adapter et c'est tout un défi.

Arden Krystal, présidente directrice générale, Centre régional de santé Southlake

Les racines du problème et les pistes de solution

Le monde hospitalier s'entend pour dire que le problème s'aggrave depuis des années en raison du manque de ressources.

À cela s'ajoute la croissance de la population à certains endroits et son vieillissement.

Les experts réclament plus de financement pour les soins à domicile et les soins de longue durée, ce qui permettrait de laisser partir certains patients plus tôt et ainsi d'offrir les lits à d'autres.

L'Association des hôpitaux de l'Ontario recommande au gouvernement d'investir 922 millions de dollars additionnels dans le prochain budget pour financer les hôpitaux. Ce serait une augmentation de 4,85 %.

Sans investissement important dans le prochain budget, vous allez voir des hôpitaux qui devront faire face à des choix difficiles et qui devront prendre des décisions que personne ne veut prendre.

Anthony Dale, président de l'Association des hôpitaux de l'Ontario

Réponse du gouvernement

Le gouvernement de Doug Ford a fait de la médecine de couloir un cheval de bataille durant la dernière campagne électorale et il a promis de s'attaquer au problème. Il s'est engagé à investir pour les soins à domicile et 15 000 nouveaux lits dans les prochaines années.

Mais ces solutions prennent du temps à mettre en place.

Portrait de Christine Elliott lors d'une conférence de presse dans un établissement médical.

La ministre de la Santé de l'Ontario, Christine Elliott

Photo : Radio-Canada

Un porte-parole de la ministre de la Santé, Christine Elliott, assure que les progrès dans la réduction de l'exercice de la médecine de couloir commencent à être visibles.

Bien qu'il y ait encore du travail à faire pour éliminer la médecine de couloir, cette réduction est un signal clair selon lequel les décisions de notre gouvernement et les investissements additionnels dans les hôpitaux, les soins à domicile, les services de soins communautaires, la santé mentale et les services d'aide aux dépendances aident à atténuer la pression sur les hôpitaux et à réduire l'engorgement.

Travis Kann, porte-parole de la ministre de la Santé, Christine Elliott

Travis Kann parle d'une réduction de 6 % en moyenne du nombre de patients dans les corridors des hôpitaux en comparant les données de 2018 à celles de 2019.

Selon les chiffres, il y avait en moyenne 1001 patients dans les couloirs en décembre 2018 comparativement à 938 en moyenne en décembre 2019.

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Toronto

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