•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le dépôt à neige de Val-d’Or entraîne toujours l’entrée d’un contaminant dans l’esker

Une pancarte indiquant Service des travaux publics, dépôt des neiges usées.

Le terrain où la Ville de Val-d'Or dépose la neige que les camions ramassent.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

L’un des dépôts à neige de la Ville de Val-d’Or entraîne toujours l’entrée d’un contaminant dans la nappe phréatique qui approvisionne en eau potable les citoyens de la Ville. Après avoir reçu un avis de non-conformité du ministère de l’Environnement à l’été 2019, la Ville a mis en place diverses mesures pour améliorer la situation et assure qu’il n’y a pas de risque pour la santé humaine.

Le dépôt à neige du boulevard Barrette est situé sur la Moraine Harricana, une formation géologique qui s’apparente aux eskers. La Ville distribue l’eau fournie par la moraine aux citoyens sans effectuer de traitement chimique, étant donné sa qualité exceptionnelle.

Le ministère de l’Environnement a constaté en évaluant le rapport annuel 2018 que l’eau située sous le dépôt à neige du boulevard Barrette a une concentration en chlorure (sel) deux fois trop élevée, soit de 539 mg/l, alors que la norme gouvernementale est de 250 mg/l. En 2016, le ministère constatait une concentration de 351 mg/l.

L’émission de ces contaminants dans l’eau contribue à la dégradation de la qualité de l’eau souterraine.

Extrait d’un avis de la Direction régionale de l’analyse et de l’expertise de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec (2018)

Le dépassement à cette norme a été constaté régulièrement depuis sept ans par le ministère. Ce dépassement est récurrent depuis 2013, notait la Direction régionale de l’analyse et de l’expertise de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec dans un avis produit en 2018, dont Radio-Canada a obtenu copie.

En réaction à l’avis de non-conformité de 2019, la Ville de Val-d’Or a modifié sa gestion du site. Elle réduit notamment de moitié la quantité de neige entreposée et n’y dépose que la neige collectée dans les secteurs résidentiels et augmentera la fréquence d’échantillonnage pour les tests de qualité de l’eau. On surveille la situation puis on va voir comment ça va évoluer cette année avec les mesures qui ont été recommandées puis qu’on est à mettre en œuvre, explique le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil.

Pas d’impact sur la qualité de l’eau de la Ville

Le ministère de l’Environnement et la Ville n’ont pas constaté de dégradation de la qualité de l’eau dans le secteur du puits municipal qui est situé à 1,7 km du dépôt à neige. Le maire de Val-d’Or se veut rassurant. On parle de sel (chlorure), comme celui que vous mettez sur votre repas, vos frites. Il n’y a pas de danger si ce n’est le goût, affirme M. Corbeil.

Ces mesures qui sont prises près du dépôt à neige ne se reflètent pas du tout dans les puits où on est à 20 mg/l, ce qui est 10 fois plus bas que la limite qui est permise.

Pierre Corbeil, maire de Val-d’Or

Pour le professeur du Groupe de recherche sur l’eau souterraine de l’Abitibi-Témiscamingue de l’UQAT, Éric Rosa, il ne faut pas pour autant prendre la situation à la légère. Si le chlorure pénètre aussi facilement dans la nappe phréatique, il est plausible de croire que d’autres contaminants transportés par la neige accumulée pourraient s’infiltrer. Par le passé, le ministère a d’ailleurs constaté de faibles dépassements à la norme de chrome.

En 2017 et en 2018, la Ville a failli à ses obligations et n’a pas mesuré la concentration dans l’eau de certains contaminants tels que les hydrocarbures pétroliers pour certaines périodes de l’année. Par contre, d’autres paramètres ont été évalués en 2018, soit le cadmium, le chrome, le cuivre, le plomb, le zinc et le fer.

Un site vulnérable selon le groupe de recherche sur l’eau

Selon Éric Rosa, il est important d’assurer un suivi rigoureux du site. Ce qui est particulier avec la ressource en eau souterraine, c’est que lorsqu’il y a un contaminant qui va s’infiltrer puis atteindre la nappe phréatique, le temps requis pour que le milieu naturel finisse par atténuer naturellement la contamination, c’est un temps qui peut être particulièrement long, explique-t-il.

Les contaminants qu’on met dans les aquifères aujourd’hui avec nos activités risquent d’être là pour longtemps. C’est là que ça devient une préoccupation qui est importante.

Éric Rosa, professeur du Groupe de recherche sur l’eau souterraine de l’UQAT

Sur 109 échantillons collectés par le groupe de recherche dans des formations géologiques similaires à celle située sous le dépôt à neige de Val-d’Or, la concentration maximale de chlorure est de 190 mg/l. C’est donc nettement supérieur aux maximums mesurés [à Val-d'Or] et en ce sens, c’est une préoccupation parce que c’est un changement manifeste de la composition chimique de l’eau souterraine, explique-t-il.

Une étude de vulnérabilité en préparation

À la réception d’un avis de non-conformité en mai 2018, la Ville de Val-d’Or s’était engagée à produire une étude de vulnérabilité concernant les puits de la municipalité, qui devait être déposée à l’hiver 2019. Un an plus tard, celle-ci n’a toujours pas été déposée.

Un terrain vague où il y a une grosse bute de neige.

Le terrain où les camions de déneigement viennent déposer la neige ramassée.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

La municipalité indique qu’elle devrait recevoir l’étude en février 2020 et que ce retard s’explique par un délai supplémentaire demandé par la firme de consultants. De son côté, le ministère de l’Environnement estime que cette étude pourrait mener à l’implantation de nouvelles mesures correctives.

Par le passé, un citoyen particulièrement préoccupé par ce dossier avait réclamé un déplacement du dépôt à neige. Une option qui n’est, à l’heure actuelle, pas envisagée par la Ville ou le ministère de l’Environnement.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !