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« Une partie de pêche », dit Jean Charest au sujet de l'UPAC

Jean Charest en entrevue avec Patrice Roy.

Jean Charest a été premier ministre du Québec de 2003 à 2012.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Joëlle Girard

Jean Charest a voulu régler ses comptes avec l'Unité permanente anticorruption (UPAC), mardi, dans une entrevue à Radio-Canada. C'est la première fois qu'il s'exprimait publiquement à ce sujet depuis qu'il a quitté la vie politique en 2012. Il a aussi profité de cette entrevue pour annoncer qu'il ne serait pas de la course à la direction du Parti conservateur du Canada.

L’avocat de Jean Charest était sorti dans les médias vendredi dernier afin de réclamer la fin de l’enquête Mâchurer menée par l'UPAC, qui porte sur le financement du Parti libéral du Québec, sur M. Charest et sur son grand argentier de l'époque, l'entrepreneur Marc Bibeau. Me Michel Massicotte avait lui-même contacté l’émission d’Isabelle Richer pour offrir le point de vue de son client, dans la foulée du dévoilement de documents concernant Marc Bibeau.

M. Charest a toutefois nié que cette enquête ait pu influencer sa décision de ne pas briguer la direction du PCC.

Entrevue avec Jean Charest

Je n’aurais jamais évoqué la possibilité d’être candidat si j’avais senti un seul instant qu’une affaire comme ça était sujette à une poursuite ou que ça allait me nuire, a-t-il déclaré dans une entrevue accordée au chef d'antenne Patrice Roy.

L'ex-politicien a par ailleurs profité de l'occasion pour accuser l'UPAC de s'adonner à une partie de pêche.

Les policiers de l'UPAC ont interrogé 300 personnes [...]. Ils sont allés rencontrer les organisateurs de mon assemblée de mise en candidature à Sherbrooke en 1984, quand j’avais 25 ans, s'est-il étonné.

Qu’est-ce que c’est quand, soudainement, on part sur une enquête et qu'on interroge 300 personnes sur la vie de quelqu’un, si ce n’est pas ce qu’on appelle une partie de pêche? Ç'a été ça, ce que l’UPAC a fait.

Jean Charest

Jean Charest a aussi réitéré les propos de son avocat en réclamant lui-même la fin de l'enquête Mâchurer. Depuis que j’ai quitté la politique, je n’ai pas fait d’intervention sur ce sujet-là. Je n’en ai pas fait pendant la période de la commission Charbonneau [...] et pendant l’enquête non plus [...], parce qu’on ne veut pas avoir l’air d’intervenir. Mais là, ça fait six ans que tout ça dure. À un moment donné, il y a un élément de bon sens là-dedans, a-t-il laissé tomber.

Absolument rien ne les empêchait de porter des accusations depuis six ans.

Jean Charest

Jean Charest a aussi défendu la réputation de son ami de longue date Marc Bibeau, tout en mettant en question la crédibilité de l'UPAC. Est-ce que j’ai besoin de vous rappeler aujourd’hui que l’UPAC est sous enquête? a-t-il demandé à Patrice Roy, évoquant notamment l'affaire Guy Ouellette.

M. Charest a aussi nié les allégations selon lesquelles Marc Bibeau se présentait comme l'un de ses conseillers et possédait des cartes professionnelles arborant le logo du gouvernement du Québec alors qu'il ne détenait aucun poste officiel. Je ne crois pas ça du tout. Et ce n’est pas une question de loyauté, a-t-il dit.

Pourquoi on irait prendre le risque de contourner? On avait tout ce qu’il fallait pour faire des financements et les réussir. [...] J’ai agi de manière responsable.

Gaétan Barrette, ancien ministre libéral de la Santé et porte-parole de l'opposition officielle pour le Conseil du Trésor, a défendu l'ex-premier ministre et s'est interrogé : Est-ce que c’est humainement acceptable, dans la société dans laquelle on vit, d’être l’objet d’allégations qui techniquement devaient mener ailleurs, mais on n’aboutit jamais?

Non à la direction du PCC

Avant les Fêtes, Jean Charest avait confirmé qu'il songeait à briguer la succession d'Andrew Scheer, qui a démissionné après la défaite des conservateurs lors des élections fédérales en octobre.

Je ne serai pas candidat, c'est définitif, a-t-il déclaré mardi.

Mon cœur a beaucoup balancé, a cependant admis M. Charest, qui avait dirigé le Parti progressiste-conservateur de 1993 à 1998, avant de faire le saut en politique provinciale et de devenir premier ministre du Québec en avril 2003, et ce, jusqu'en 2012.

J'ai beaucoup réfléchi. J'ai consulté et, finalement, je prends la décision de ne pas être candidat, a-t-il renchéri, avant d'évoquer les raisons qui justifient cette décision.

Le parti a beaucoup changé depuis 1998, quand je l'ai quitté, a-t-il expliqué.

Le parti a changé. Moi, il y a des sujets sur lesquels, évidemment, j'ai des principes, comme l'environnement, mais aussi des questions sociales sur lesquelles j'ai pris des positions.

Jean Charest

Jusqu'ici, M. Charest était considéré comme un candidat potentiel de premier plan, plus progressiste que bien d'autres.

Après la défaite du 21 octobre, plusieurs élus, candidats défaits ou militants avaient eux-mêmes évoqué le conservatisme social d'Andrew Scheer sur des questions comme le droit à l'avortement et le mariage entre conjoints de même sexe pour expliquer les résultats décevants de leur formation en dehors des Prairies.

Certains conservateurs perçoivent ainsi la course au leadership comme une occasion de choisir un chef aux positions plus représentatives de l'ensemble du pays.

Il faut absolument avoir des partis politiques qui sont enracinés dans chacune des régions, a pour sa part souhaité Jean Charest, tout en affirmant qu'il est très important d'avoir une solution de rechange nationale au Parti libéral dans le pays.

Outre les questions sociales, Jean Charest a évoqué sa vie familiale heureuse et sa vie professionnelle très active, ainsi que la complexité des règles de la course à la direction pour justifier son refus d'y prendre part.

Les règles n'ont pas été écrites pour un candidat qui est de l'extérieur. Les échéanciers sont très serrés, ça ne donne pas beaucoup de temps pour recruter des nouveaux membres et mettre sur pied une organisation nationale, a-t-il dit.

Pour que leur candidature soit valide, les aspirants à la direction doivent notamment cumuler l'appui d'au moins 3000 personnes qui sont membres du parti depuis plus de 21 jours. Ils doivent également obtenir le tiers de ces signatures d'ici la fin février.

Les conservateurs choisiront leur nouveau chef le 27 juin prochain à Toronto. Jusqu'à maintenant, la députée ontarienne Marilyn Gladu et l'ex-ministre conservateur Peter MacKay sont les seuls à avoir confirmé leur participation à la course à la direction.

L'homme d'affaires Bryan Brulotte a pour sa part décidé de se retirer de la course après l'annonce des règles qui l'encadrent.

Le sénateur Dagenais déçu

Tout en reconnaissant être déçu, Jean-Guy Dagenais, sénateur indépendant et membre du Parti conservateur, a dit respecter la décision de Jean Charest.

En entrevue à l'émission Le 15-18, M. Dagenais a rappelé qu’on se retrouve désormais avec des candidats potentiels qui ne viennent pas du Québec. Il a ajouté que, parmi les grandes qualités recherchées chez le prochain chef, on compte le fait qu’il soit rassembleur, parfaitement bilingue, qu'il ait une bonne connaissance du Québec, mais surtout qu'il soit progressiste.

Les autres candidats ont-ils des valeurs progressistes? s'est interrogé Jean-Guy Dagenais.

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