•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ébranlé par son renvoi, l'ex-PDG du Salon du livre de Québec réfute certaines accusations

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
L'ex-PDG du Salon international du livre de Québec, Philippe Sauvageau, dit ne pas être encore remis de la saga qui a mené à son congédiement.

L'ex-PDG du Salon international du livre de Québec, Philippe Sauvageau, dit ne pas être encore remis de la saga qui a mené à son congédiement.

Photo : Radio-Canada

Six mois après son congédiement, l'ex-PDG du Salon international du livre de Québec (SILQ) jette un nouvel éclairage sur certaines accusations qui ont entraîné sa chute. Preuves à l'appui, Philippe Sauvageau révèle qu'il a lui-même payé plusieurs de ses nombreux voyages au Bénin.

En sanglots, l'homme de 79 ans admet qu'il est encore profondément ébranlé par la saga qui lui a coûté son poste. Je ne suis pas encore tout à fait remis de ça.

Toute ma vie a été consacrée au développement de la culture. Je trouve ça plate que ça finisse en queue de poisson.

Philippe Sauvageau, ex-PDG du Salon international du livre de Québec

M. Sauvageau a été renvoyé en juillet 2019 au terme d'une enquête administrative. On lui reprochait entre autres une gestion déficiente de l’organisation, un manque de transparence, ainsi qu’une utilisation abusive et non justifiée des fonds du SILQ.

La tempête avait éclaté trois mois plus tôt. Le 15 avril 2019, le Journal de Québec rapportait que M. Sauvageau avait voyagé au Bénin 9 fois en 12 ans, aux frais du SILQ, pour un total de 30 000 $.

À partir de 2015, ses voyages visaient à attirer le Bénin comme pays d'honneur au Salon. Malgré cinq missions, ce souhait ne s'est jamais concrétisé.

Avant 2015, les déplacements de M. Sauvageau n'avaient rien à voir avec le SILQ. Il voyageait pour le compte de la Fondation des parlementaires afin de dénouer des impasses liées à des envois de livres en Afrique, par exemple.

Ces missions pour la Fondation des parlementaires, M. Sauvageau jure aujourd'hui les avoir payées de sa propre poche.

C'est moi qui ai financé mes voyages. Je n'ai pas demandé de l'argent au Salon.

Philippe Sauvageau, ex-PDG du Salon international du livre de Québec

Pour au moins sept voyages au Bénin effectués entre 2004 et 2009, la version de M. Sauvageau s'avère. Radio-Canada a obtenu des procès-verbaux du comité exécutif du SILQ qui le démontrent.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
L'ex-PDG du Salon international du livre de Québec, Philippe Sauvageau, sanglote lors d'une entrevue

Philippe Sauvageau prend la parole

Photo : Radio-Canada

Une pratique approuvée par le SILQ

Dans ces documents internes, on apprend que M. Sauvageau demandait une avance d’argent aux administrateurs du SILQ chaque fois qu’il devait se rendre au Bénin.

En retour, les administrateurs exigeaient que cette allocation soit ensuite déduite de son salaire du SILQ.

Il est unanimement résolu d'allouer au président et directeur général, Philippe Sauvageau, une somme de 10 000 $ pour couvrir les frais de séjour et de déplacement au Bénin et au Togo, attendu que ses honoraires seront amputés de la somme équivalente, peut-on lire, par exemple, dans un procès-verbal de 2008.

Radio-Canada a également pu consulter des documents qui prouvent que les arrêts de paiements ont bel et bien été demandés à l’institution financière Desjardins.

Pourquoi ne pas avoir révélé cette version plus tôt? M. Sauvageau jure qu'il avait lui-même oublié cette manière de procéder. Ce n'est que récemment, en consultant ses clés USB, qu'il est tombé sur ces procès-verbaux.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
L'ex-PDG du Salon international du livre de Québec, Philippe Sauvageau, lors d'une entrevue

Voyages au Bénin : Philippe Sauvageau assure qu'il payait de sa poche

Photo : Radio-Canada

Et pourquoi était-ce le SILQ, plutôt que la Fondation des parlementaires, qui lui donnait une avance d'argent pour ses voyages au Bénin? M. Sauvageau affirme qu’il travaillait bénévolement pour la Fondation, dont les moyens sont limités.

Par contre, comme j'avais des honoraires au Salon, je trouvais correct que le Salon déduise de mes honoraires les dépenses que je faisais pour le Bénin.

Philippe Sauvageau, ex-PDG du Salon international du livre de Québec

Pas de commentaire

Cette nouvelle version des faits montre que des pratiques discutables étaient admises non seulement par M. Sauvageau, mais également par des administrateurs du SILQ.

Invité à réagir, le SILQ n’a pas voulu accorder d’entrevue. L’organisation n’a pas permis non plus à Radio-Canada de consulter une copie du rapport d’enquête ayant mené au renvoi de M. Sauvageau.

Le directeur général par intérim, Daniel Gélinas, rappelle que les deux parties ont récemment signé une entente à l’amiable. À son avis, Philippe Sauvageau ne respecte pas les termes de cette entente en s’exprimant publiquement sur cette affaire.

Rappelons cependant que, lors du congédiement de l’ex-PDG, le 18 juillet dernier, le SILQ s’était engagé par communiqué à faire une réforme radicale de sa gouvernance et de ses règlements, incluant l’abolition du comité exécutif.

Conflit d'intérêts visant sa conjointe

Dans ce même communiqué, le SILQ soulignait que M. Sauvageau s'était placé en conflit d'intérêts par rapport à sa conjointe. Odette Drapeau avait effectivement un contrat depuis 2005 avec le SILQ pour réaliser des reliures d'art chaque année.

Or, dans un procès-verbal de l'époque, on apprend que M. Sauvageau a déclaré son intérêt personnel au comité exécutif du SILQ, et ce, dès le départ.

Les membres du comité exécutif prennent la décision de confier quand même ce mandat à Mme Drapeau, compte tenu qu'elle est à l'origine de cette idée.

Extrait du procès-verbal du comité exécutif du SILQ, 11 octobre 2005

Trois ans plus tard, la même situation s'est reproduite. Cette fois, M. Sauvageau proposait d'offrir aux membres du conseil d'administration, en guise de cadeau, un jeu fabriqué par sa conjointe.

Il avait admis être en conflit d'intérêts, mais le comité exécutif a une fois de plus octroyé le contrat à Mme Drapeau.

Les membres du comité exécutif prennent bonne note du commentaire et décident d'acquérir quand même 15 exemplaires du jeu, peut-on lire dans le procès-verbal du 8 décembre 2008. Le comité exécutif y reconnaissait la qualité et l'originalité du travail réalisé par la conjointe de M. Sauvageau.

Sans rancune

Bien qu’il ait l’impression d’avoir été victime d’une injustice, M. Sauvageau refuse de blâmer les administrateurs du SILQ pour sa descente aux enfers.

Comme ce dossier-là date de 2005, il y a eu des oublis, mais on ne peut pas blâmer personne d'oublier des choses. Moi-même, j'en ai oublié, indique l'homme. Il voulait néanmoins que ces éléments soient connus.

Pour mes collègues avec qui j'ai travaillé à la Fondation des parlementaires, à la Fondation de l'entrepreneuriat du Bénin, je tenais beaucoup, beaucoup à clarifier ce point-là, que les voyages au Bénin, c'était moi qui les finançais. Ce n'était pas le Salon, ce n'était personne d'autre.

Philippe Sauvageau, ex-PDG du Salon international du livre de Québec

M. Sauvageau aura 80 ans en juin et il dirige toujours l'organisme Services documentaires multimédias, à Montréal, un emploi qu'il occupait en même temps qu'il était à la tête du SILQ.

Il dit n'avoir aucune envie de prendre sa retraite. J'ai toujours travaillé dans ce domaine-là et je ne me vois pas arrêter de travailler dans ce domaine-là. Pour moi, c'est toute ma vie, de A à Z, conclut-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !