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L’Ontario dit être mieux préparé à faire face à une éventuelle épidémie de coronavirus

Des employés portant un uniforme de protection les couvrant complètement font rouler une civière à l'extérieur de l'hôpital.

Tous les patients de Wuhan qui ont contracté une pneumonie causée par le nouveau coronavirus sont traités dans cet hôpital.

Photo : Reuters / Darley Shen

Jean-Philippe Nadeau

Le ministère de la Santé de l’Ontario affirme que la province est en train de prendre les précautions nécessaires pour assurer la santé des Ontariens à la lumière d’une éclosion d’un nouveau coronavirus en Chine. Le dernier bilan des autorités chinoises fait état de 217 cas, dont 3 mortels et 9 critiques.

Les autorités ontariennes font ainsi écho aux assurances des autorités fédérales, qui vont elles aussi prendre des mesures préventives dans trois aéroports au pays, dont celui de Toronto-Pearson.

Dans un communiqué, le ministère de la Santé rappelle que le gouvernement ontarien a créé, dans la foulée du SRAS, une Agence de protection de la santé, qui a été calquée sur le modèle des Centers for Disease Control à Atlanta aux États-Unis.

  • Le coronavirus appartient à la même famille que le virus du SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère.
  • Certaines souches de ces virus peuvent être mortelles comme celle du SRAS qui a fait 44 morts à Toronto en 2003.
  • Les symptômes du coronavirus s’apparentent à ceux de la grippe et la période d’incubation du virus est de 14 jours.

Le rôle de cette agence consiste à mieux réagir en temps de crise et à éviter les problèmes que les autorités ontariennes avaient éprouvés lors de la crise de 2003.

Des mécanismes ont par exemple été mis en place pour surveiller l'apparition des maladies infectieuses dans les hôpitaux de l'Ontario et pour rapporter immédiatement leur signalement aux agences de santé publique.

Le ministère de la Santé assure qu'il existe aujourd'hui une meilleure coordination entre le gouvernement et le médecin hygiéniste en chef de l'Ontario et entre les provinces et le fédéral.

Objectif : miser sur la prévention, sensibiliser le public et le milieu de la santé à l'apparition de ce nouveau coronavirus et donner les directives appropriées aux intervenants de première ligne pour identifier et soigner les malades.

Illustration conceptuelle montrant un coronavirus dans des poumons.

Le 2019-nCoV (image générique d'un coronavirus) peut mener à de graves infections pulmonaires, dont la pneumonie.

Photo : iStock

L'Association des infirmières autorisées de l'Ontario se dit malgré tout inquiète, parce qu'elle rappelle que trois infirmières et un médecin sont décédés à Toronto après avoir été infectés par le SRAS en 2003. Sa présidente, Doris Grinspun, affirme que les agences de santé publique ne peuvent être complaisantes et attendre que ce virus entre au Canada avant d'agir. Il faut être proactif dès maintenant, dit-elle.

Elle confirme que la province a bien appris sa leçon depuis la crise du SRAS. On a maintenant un plan de contingence, ce qui n'était pas le cas à l'époque... la question est maintenant de savoir si on est en mesure de mettre en place rapidement des principes de précaution, ajoute-t-elle.

Les assurances du fédéral

Pour l'heure, aucun cas de coronavirus n'a été identifié au Canada. Les autorités fédérales de la santé publique affirment que les trois cas qu'elle avait soupçonnés se sont tous avérés négatifs.

Elles confirment qu'il s'agissait de trois individus qui revenaient au Canada après avoir voyagé dans la région de Wuhan en Chine centrale, le foyer supposé de l'éclosion. Les autorités fédérales refusent toutefois de dire dans quelles villes au Canada ces cas négatifs ont été recensés.

Aucun Canadien n'a par ailleurs été infecté à l'étranger, en l'occurrence en Chine.

Les autorités fédérales assurent que le risque de propagation reste faible au Canada. Bien qu'il existe des preuves maintenant que le virus se transmet de personne à personne, elles rappellent qu'il n'existe encore aucune preuve que le virus se transmet de façon rapide, voire foudroyante.

Les principes de précaution

Les autorités fédérales affirment qu'il est important de rappeler les précautions d'usage pour ceux qui voyageront en Chine dans les prochains jours à la faveur du Nouvel An chinois le 25 janvier.

Elles suggèrent notamment aux voyageurs de bien se laver les mains, de se couvrir la bouche pour tousser ou éternuer et de ne pas visiter de fermes ou de marchés publics d'animaux.

La présidente de l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario, Doris Grinspun.

La présidente de l’Association des infirmières autorisées de l’Ontario, Doris Grinspun

Photo : Radio-Canada

Mme Grinspun appelle néanmoins les autorités fédérales et provinciales à la vigilance. Il suffit d'un seul vol, même un vol de correspondance, pour ramener sans le savoir une personne infectée au pays, prévient-elle.

Resserrement des contrôles

Les autorités fédérales mettront en place dans les prochaines heures des mesures de contrôle dans trois aéroports au pays : Toronto, Vancouver et Montréal.

Cinq compagnies aériennes relient directement Toronto à Pékin, Hong Kong, Shanghai et Guangzhou, en Chine. Guangzhou (ou Canton) est la capitale de la région de Guangdong, où 14 cas de coronavirus ont également été recensés.

Dans ces trois aéroports canadiens, des affiches en français, en anglais et en chinois seront apposées dans les halls d'arrivée pour sensibiliser les voyageurs qui reviennent au pays.

aéroport Pearson vu des airs

L'aéroport Pearson de Toronto est le plus grand au Canada.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Des douaniers poseront des questions de contrôle supplémentaires aux voyageurs qui reviennent de l'étranger afin d'aider à déterminer ceux qui pourraient avoir visité la région de Wuhan en particulier.

Des questions semblables seront également ajoutées aux bornes informatisées, aux postes de contrôle frontalier automatisés et aux postes de déclaration NEXUS afin de resserrer les contrôles de certains voyageurs à leur arrivée au Canada.

Dans un communiqué, l'Agence canadienne des services frontaliers écrit que le dépistage à l'entrée n'est pas à lui seul une garantie contre la propagation éventuelle de ce nouveau virus, mais constitue un outil de santé publique important en période d'incertitude et fait partie d'une stratégie de réponse gouvernementale à plusieurs niveaux.

Un patient est transporté par le personnel médical en tenue de protection.

Un patient est transporté à l'hôpital de Jinyintan, où sont traitées les personnes infectées par le mystérieux virus dans la région de Wuhan.

Photo : Getty Images

Les voyageurs qui auront visité la région de Wuhan seront soumis à un contrôle supplémentaire afin de prévenir la propagation éventuelle de cette maladie infectieuse au pays. Ceux qui présentent des symptômes de type grippal seront dirigés vers un agent de quarantaine de l'Agence de la santé publique du Canada.

Pas question toutefois, du moins pour l'instant, d'installer des détecteurs de température corporelle dans ces trois aéroports comme à l'aéroport de Tokyo-Narita par exemple.

Une situation de déjà vu

Mme Grinspun ne croit pas qu'il faille interdire tout voyage en Chine, mais elle suggère aux voyageurs de reporter tout voyage non essentiel dans ce pays.

Je ne veux pas être alarmiste, mais les gens doivent apprendre à se protéger avant de partir en Chine, à bien informer les douaniers sur leurs allées et venues en Chine et ne pas hésiter à voir leur médecin à leur retour dès qu'ils se sentent malades.

Doris Grinspun, de l'Association des infirmières autorisées de l'Ontario

Le microbiologiste Neil Rau ne se dit pas surpris pour sa part par toutes ces mesures aéroportuaires et parle d'une situation semblable à celle de 2003.

Nous sommes beaucoup mieux préparés, nous connaissons mieux les caractéristiques et les séquences génétiques de ce coronavirus, le pouvoir de faire des dépistages auprès des patients... on a une meilleure connaissance de la transmission entre humains... on n'avait pas ça à l'époque du SRAS.

Neil Rau, du Service de santé de Halton

L'infectiologue reconnaît toutefois qu'on n'en connaît pas encore assez sur la rapidité avec laquelle ce coronavirus se transmet. Il se fait rassurant dans la mesure où il pense que l'on dénombrerait plus de 4 pays touchés dans le monde s'il y avait vraiment une épidémie à l'heure actuelle (outre la Chine, le Japon, la Thaïlande et la Corée du Sud sont les trois autres pays touchés, NDLR).

Le logo de l'OMS sur une porte vitrée

Le logo de l'OMS photographié à Genève, où se situe le siège de l'institution.

Photo : Reuters / Denis Balibouse

L'Organisation mondiale de la santé doit se réunir mercredi à Genève et les autorités canadiennes ont d'ores et déjà affirmé lundi qu'elles se soumettraient aux recommandations de l'institution. M. Rau ne croit toutefois pas que l'OMS déclenche un état d'épidémie ou de pandémie, mais plutôt un état d'urgence comme dans le cas d'Ebola par exemple.

L'OMS devrait notamment inviter, selon lui, la Chine à mieux collaborer avec la communauté internationale pour mieux connaître cette nouvelle souche de virus et ses modes de transmission.

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