•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs : en quête de solutions

Une femme recroquevillée sur le sol dans une pièce.

Un programme d’éducation à la sexualité en milieu scolaire est « incontournable » si l’on veut réduire la vulnérabilité des victimes, selon l’Ordre des sexologues du Québec.

Photo : iStock

Radio-Canada

Le défi est grand pour contrer l’exploitation sexuelle des mineurs, mais des professionnels de la santé, des représentantes d’organismes d’aide, l’Ordre des sexologues et des intervenants du projet Mobilis ont défilé devant la commission spéciale, réunie pour deux jours à Montréal, afin de proposer des pistes de solution variées.

Personne n’est à l’abri de l’exploitation sexuelle, selon le député caquiste Ian Lafrenière, qui préside la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs. Il y a beaucoup de stéréotypes qui sont véhiculés. Il faut faire attention : la façon d’aller chercher ces jeunes vulnérables – ce sont des enfants, souligne-t-il –, c’est entre autres via les réseaux sociaux, et ça, c’est accessible partout.

L’hypersexualisation de nos enfants, c’est un problème majeur, soutient la Dre Franziska Baltzer, qui pratique la médecine de l’adolescence à l’Hôpital de Montréal pour enfants. L’hypersexualisation commence à un très jeune âge et amène les jeunes à croire qu’ils doivent embarquer là-dedans, selon elle.

Le fait d’éviter l’exploitation ou pas, c’est parfois juste un coup de chance.

La Dre Franziska Baltzer

Faible estime de soi, victimes traumatisées

Une adolescente qui a vécu de l’exploitation sexuelle a, à la base, un problème d’estime de soi causée par de la négligence ou d’autres traumatismes, explique la Dre Baltzer. L’exploitation sexuelle est parfois perçue – à tout le moins au début – comme une solution à ses problèmes : on lui fait miroiter une vie extraordinaire.

Il faut trouver quelque chose pour augmenter l’estime de soi de ces enfants-là, parce que c’est seulement avec une certaine estime de soi que les victimes peuvent comprendre qu’elles ont vécu un traumatisme. C’est seulement après que l'on pourra traiter le traumatisme comme tel par une thérapie.

Quand ces victimes se retrouvent dans le système de protection de la jeunesse, elles vivent l’expérience comme un traumatisme. Et cela prendra des mois, voire des années, avant qu’elles comprennent que le traumatisme n’est pas ce système de protection de la jeunesse, ajoute-t-elle.

Élaborer des cours d’éducation sexuelle avec des jeunes

Le retour des cours d’éducation sexuelle à l’école est un premier pas, selon la Dre Franziska Baltzer. On a bien vu que l’enlever a abouti à des problèmes majeurs, a-t-elle témoigné lundi matin.

Une infographie montre sur un tableau noir des coeurs, des équations mathématiques et des bonhommes allumettes.

Les cours d'éducation sexuelle sont offerts dans toutes les écoles primaires et secondaires au Québec depuis la rentrée de septembre 2018.

Photo : Radio-Canada / Emilee Flansberry-Lanoix

La présidente et directrice générale du Y des femmes de Montréal, Mélanie Thivierge, indique pour sa part que les jeunes devraient être parties prenantes de l’élaboration du cours : Il n’y a rien de pire qu’un beau message de santé publique qui finalement rate sa cible parce qu’on a l’air des adultes qui parlent à des jeunes qui vont faire "oui, oui, oui oui, on le sait [en roulant des yeux]".

Les jeunes en savent pas mal et, à partir du moment où l’on reconnaît que les adolescents et les adolescentes détiennent un certain nombre de connaissances sur cette question-là, il faut adapter notre discours, déclare Mme Thivierge.

Un programme d’éducation à la sexualité en milieu scolaire est « incontournable » si l’on veut réduire la vulnérabilité des victimes, assure l’Ordre des sexologues du Québec. Le consentement, la vie affective et amoureuse, les stéréotypes, la banalisation de la commercialisation de la sexualité, le rapport au corps, à l’intimité, sont des questions qui doivent toutes être abordées, selon l'Ordre.

En outre, l’information doit être adaptée autant à l’enfant de 6 ans qu’au jeune de 17 ans, plaide-t-on.

Les clients au cœur du problème

Pour endiguer le fléau de l'exploitation sexuelle des jeunes, il faut trouver des moyens pour mettre plus de pression sur les clients agresseurs, qui s’en tirent plutôt bien face à la justice, souligne la vice-présidente de la Commission, la députée libérale Christine St-Pierre.

On lui donne peut-être une petite tape sur les doigts, mais il n’y a pas de conséquence, se désole Mme St-Pierre.

Lorsqu’on parle d’exploitation sexuelle des mineurs, [le client], c’est un pédophile, c’est quelqu’un qui a besoin d’être soigné.

Christine St-Pierre, vice-présidente de la Commission

L’Ordre des sexologues du Québec abonde dans le même sens. Les clients doivent prendre conscience de la gravité du geste posé et ils doivent être amenés à développer leur empathie. Il faut aussi diminuer la tolérance aux violences sexuelles et à l’exploitation sexuelle, afin de réduire le risque de récidive.

Or, à l’heure actuelle, l’accessibilité aux services de sexothérapie et de psychothérapie à moyen et long terme est loin d’être suffisante, signale l’Ordre.

De son côté, Diane Matte, fondatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), croit que la société québécoise pourrait se donner des moyens pour lutter contre le phénomène, comme en Islande où le Code du travail a été amendé afin d’empêcher les employeurs d’exploiter la sexualité de leurs employés.

Ça veut dire que tu ne peux plus avoir, comme on a au Québec, des restaurants avec des danseuses topless ou avec des serveuses topless, tu ne peux plus avoir de bars de danseuses où tout le monde sait qu’il y a des actes sexuels tarifés qui sont disponibles, souligne Mme Matte.

Mieux former les professionnels de la santé

Un professionnel de la santé qui est capable de reconnaître par différents signes distinctifs physiques que la patiente à qui il a affaire est victime d’exploitation sexuelle et qui sait poser les bonnes questions est souvent le point de départ de son affranchissement.

Or, si les infirmières et les médecins sont bien formés pour identifier les traumas, ce n’est pas le cas pour ce qui est de reconnaître les victimes d’exploitation sexuelle, déplore Françoise Filion, une infirmière en santé publique.

C’est une occasion perdue de soins. Très souvent, les victimes n’auront que quelques minutes avec un professionnel de la santé. Et c’est ce moment qui est privilégié pour détecter les signes et établir un lien de confiance, explique-t-elle.

Freiner les agresseurs en travaillant en équipe

Établir un lien de confiance avec la victime est central à la réussite d’une telle intervention. Une agente du projet Mobilis, un projet conjoint entre la police de Longueuil et les centres jeunesse qui existe depuis une douzaine d’années, est venue en témoigner.

Souvent, les adolescentes victimes d’exploitation refusent de dénoncer leur agresseur à la police. Avec le projet Mobilis, les intervenantes des centres jeunesse partagent avec les jeunes filles des informations privilégiées des enquêteurs de la police pour les conscientiser à leur situation de victimes et les convaincre de se confier.

Sais-tu qu’il n’a pas 20 ans, qu’il a 27 ans? Sais-tu que le nom qu’il t’a donné, ce n’est pas son vrai nom? Est-ce que tu sais qu’il a trois enfants?, cite comme exemple Pascale Philibert, agente du projet Mobilis.

Le but ultime est d’arriver à déposer des accusations contre les agresseurs. Toute l’opération tient au lien de confiance qui se tisse entre elles. Les intervenantes travaillent avec les victimes pour leur faire reconnaître que leurs agresseurs les contrôlent.

La Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs est à Montréal pour deux jours. La métropole québécoise est considérée par des experts comme la plaque tournante de l’exploitation sexuelle des mineurs.

La Commission spéciale, qui a commencé ses travaux en novembre dernier à Québec, se rendra jeudi à Val-d’Or.

Avec les informations de Catherine Gauthier, Marc Verreault et Valérie-Micaela Bain

Avec les informations de La Presse canadienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Crime sexuel

Société