•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Service de sécurité incendie de Gatineau en retard dans ses inspections de CHSLD

Une dame âgée dans un couloir.

Le Service de sécurité incendie de Gatineau n’a pas respecté ses propres normes en matière d’inspection pour la moitié des CHSLD sur son territoire.

Photo : Getty Images

Laurie Trudel

Radio-Canada a appris que le Service de sécurité incendie de Gatineau n’a pas respecté ses propres normes en matière d’inspection pour la moitié des centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sur son territoire, et ce, au cours des 10 dernières années.

Des documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics révèlent que quatre des huit CHSLD sur le territoire de Gatineau n’ont pas été passés au peigne fin par le service municipal pendant cinq ans, certains plus. La norme établie à Gatineau consiste en une inspection tous les trois ans.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais affirme effectuer des inspections régulières que réalisent ses propres techniciens en prévention des incendies, dont des inspections annuelles des systèmes d’alarme incendie et de gicleurs.

Pourtant, le schéma de couverture de risques en sécurité incendie (Nouvelle fenêtre) n’a pas été respecté par les préventionnistes du Service de sécurité incendie de Gatineau, de septembre 2010 à septembre 2019.

Les documents analysés montrent, par exemple, que le CHSLD La Pietà, situé dans le secteur de Hull, n’a pas été inspecté par le Service de sécurité incendie de Gatineau depuis 2014, alors que l’inspection la plus récente au CHSLD Renaissance de Gatineau remonte à 2012.

Photo de l'extérieur du bâtiment, qui compte quelques étages.

Le CHSLD La Pietà, à Gatineau (archives)

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Au CHSLD Vigi de l’Outaouais, au moins sept années se sont écoulées avant que les préventionnistes de la Ville de Gatineau ne visitent à nouveau le centre d’hébergement pour aînés.

Selon le Service de sécurité incendie de Gatineau, les CHSLD figurent parmi les bâtiments les plus à risque lors d’un incendie, puisque les aînés sont vulnérables lors de l’évacuation et qu'ils y passent la nuit. C’est le cas également des hôpitaux et des résidences privées pour aînés, qui doivent aussi être inspectés tous les trois ans à Gatineau.

Trois à quatre heures sont nécessaires pour procéder à une inspection préventive des CHSLD. Par la suite, six à huit heures peuvent être consacrées à la recherche et à la rédaction d’un avis d’infraction.

Des documents manquants

Ces inspections permettent de s’assurer de la conformité des bâtiments à la réglementation municipale en matière de sécurité incendie. La fréquence a été déterminée dans le schéma de couverture de risques de la Ville de Gatineau.

Les préventionnistes vérifient notamment les systèmes d’alarme incendie, les gicleurs, les séparations coupe-feu, les moyens d’évacuation et l’accessibilité des raccords pompiers. Ils ont acheminé une vingtaine d’avis d’infraction au CISSS de l’Outaouais depuis septembre 2010, parce que les bâtiments ne respectaient pas les normes en matière de sécurité incendie.

Les documents analysés par Radio-Canada montrent également que les suivis d’inspections en matière de sécurité incendie pour les CHSLD ne sont pas systématiques ni documentés comme il se doit au Service de sécurité incendie de Gatineau. Pour certaines anomalies décelées il y a plusieurs années, aucune preuve ne figure au dossier sur le fait qu’elles aient été corrigées depuis.

Une seule fois au cours des 10 dernières années, les préventionnistes de Gatineau ont confirmé dans une lettre officielle aux gestionnaires du CISSS de l’Outaouais que les anomalies détectées lors d’une inspection avaient été corrigées à la satisfaction du service municipal. Il s’agissait d’un suivi d’inspection au CHSLD Vigi de l’Outaouais.

Se mettre au « rattrapage » en 2020

Le chef à la prévention au Service de sécurité incendie de Gatineau reconnaît que certains CHSLD n’ont pas été inspectés selon les normes établies par la Ville dans les 10 dernières années. Bien qu’il insiste pour dire que les aînés hébergés en CHSLD sont en sécurité à Gatineau, Anthony Savard admet que son service se mettra au rattrapage en 2020.

Les CHSLD qu’il reste en 2020 vont être priorisés pour faire les inspections en début de trimestre, pour justement rattraper le retard.

Anthony Savard, chef à la prévention du Service de sécurité incendie de Gatineau

M. Savard explique ce retard de fréquence d’inspections de son service par les sinistres majeurs qui ont frappé la région. Que ce soit les inondations de 2017 et 2019 ou la tornade de 2018, il affirme que son équipe a dû revoir ses objectifs puisqu’elle était occupée à aider les citoyens.

Un homme en entrevue.

Anthony Savard est le chef à la prévention Service de sécurité incendie de Gatineau.

Photo : Radio-Canada

Le chef à la prévention reconnaît que les suivis de dossiers pour les CHSLD ne sont pas toujours effectués et documentés selon les procédures. Je vous dirais que des fois ça va vite, il pourrait y en avoir des fois qui ne sont pas écrites, admet-il.

Il explique que le CISSS de l’Outaouais, qui est le gestionnaire des CHSLD, emploie des techniciens en prévention des incendies qui effectuent d’autres vérifications annuellement et que ces bâtiments sont munis de gicleurs. C’est donc pourquoi, selon lui, son équipe de douze préventionnistes a choisi de prioriser les résidences pour personnes âgées privées, vu le temps qu’il restait pour faire les inspections.

Fréquence d’inspection des CHSLD par les Services de sécurité incendie ailleurs au Québec

TROIS-RIVIÈRES : 1 an

LAVAL : 1 an

LÉVIS : 2 ans

LONGUEUIL : 5 ans

QUÉBEC : 5 ans

Des associations d’aînés exigent des inspections plus fréquentes

La situation inquiète des associations d’aînés de la région. Elles exigent des actions immédiates afin d’assurer la sécurité des aînés hébergés dans les CHSLD. Pour la Table de concertation des aînés et des retraités de l’Outaouais (TCARO), le retard dans les inspections du Service de sécurité incendie est alarmant et inacceptable.

Même s’il pense que la clientèle hébergée en CHSLD à Gatineau est en sécurité, le directeur général de la TCARO considère que le Service de sécurité incendie devrait impérativement respecter la fréquence d’inspection déterminée par ses propres normes municipales.

Marc Desjardins ne comprend pas comment, avec 12 préventionnistes en poste, le Service de sécurité incendie de Gatineau a pu manquer de temps dans les 10 dernières années pour inspecter un total de huit CHSLD tous les trois ans sur le territoire.

Si on le fait aux cinq ans, aux sept ans, je ne pense pas qu’on s’assure d’avoir les meilleures installations ou le meilleur environnement physique pour nos aînés vulnérables.

Marc Desjardins, directeur général de la TCARO

Je ne pense pas qu’il n’y ait aucun argument qui peut motiver ça. Les inondations, c’est un facteur pendant une période déterminée, mais de là à tout mettre là-dessus… Non, lance-t-il.

Un homme en entrevue.

Marc Desjardins est directeur général de la Table de concertation des aînés et des retraités de l'Outaouais.

Photo : Radio-Canada

La Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ) en Outaouais désire également des inspections plus fréquentes de la part du Service de sécurité incendie de Gatineau.

Il va falloir que ça change; en tout cas, nous, on va s’en mêler, je peux vous l’assurer. Imaginez les proches, qu’est-ce qu’ils vont en penser de ça?

Pauline Leblanc, présidente de la FADOQ Outaouais

Le CISSS de l’Outaouais réalise ses propres inspections annuellement

Le gestionnaire des CHSLD de Gatineau — le CISSS de l’Outaouais — affirme n’être pas du tout inquiet pour la sécurité des aînés hébergés dans ses centres.

Son directeur des services techniques et de la logistique, Stéphane Pleau, explique que des inspections annuelles des systèmes d’alarme incendie et des gicleurs sont effectuées pour chaque CHSLD par ses propres techniciens en prévention incendie.

C’est notre responsabilité première, on est bien sûr assistés, supportés par le Service de sécurité incendie, mais nous, on a un protocole beaucoup plus serré que ça pour faire nos inspections, précise M. Pleau. Il ajoute que son équipe travaille en étroite collaboration avec le Service de sécurité incendie, bien davantage qu'en ce qui a trait aux inspections et aux documents officiels.

Nous, on sait que nos installations sont sécuritaires et, honnêtement, on n’a pas besoin d’un bout de papier pour savoir ça.

Stéphane Pleau, directeur des services techniques et de la logistique du CISSS de l’Outaouais

En plus des inspections annuelles, des chefs d’installation matérielles du CISSS de l’Outaouais effectuent des tournées visuelles régulières dans les CHSLD pour s’assurer, par exemple, que les portes coupe-feu sont bien fermées et qu’il n’y a pas d’encombrement dans les corridors.

De son côté, le Service de sécurité incendie de Gatineau est en rédaction de son prochain schéma de couverture de risques, qui devrait être déposé au printemps. La fréquence d’inspection des CHSLD, actuellement tous les trois ans, pourrait être revue. L’analyse est toujours en cours.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Prévention et sécurité