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Mine à La Corne : la SESAT réclame une nouvelle étude des impacts potentiels sur l’eau

La mine North American Lithium de La Corne.

La mine North American Lithium de La Corne

Photo : North American Lithium

Thomas Deshaies

Alors que la mine North American Lithium à La Corne pourrait passer aux mains de nouveaux propriétaires, la Société de l’eau souterraine de l’Abitibi-Témiscamingue (SESAT) espère que ceux-ci s’engageront à réévaluer les impacts environnementaux de la mine de lithium.

L’étude hydrogéologique, qui a pour objectif de déterminer les impacts potentiels de la mine sur l’eau, a été produite à partir d’un plan de minage qui ne correspond plus à la réalité, selon la SESAT. Le tonnage planifié de la fosse dans d’étude approfondie est 45% plus important que le tonnage du projet ayant fait l’objet de la demande d’autorisation (et de l’étude hydrogéologique), affirme le directeur général de la Société de l’eau souterraine de l’Abitibi-Témiscamingue, Olivier Pitre. Donc, l’étude n’est nettement plus à jour et sous-estimait nettement les impacts, explique-t-il.

L’étude hydrogéologique est complètement dépassée.

Olivier Pitre, directeur de la SESAT

M. Pitre affirme avoir obtenu un engagement de North American lithium en février 2019 pour une mise à jour de l’étude hydrogéologique.

Celle-ci n’a toutefois pas encore été complétée, selon le directeur général par intérim de la mine, Marcel Jolicoeur. Ce n’est pas tout qui a été fait, mais c’est un peu normal avec ce qui se passe présentement [difficultés financières] parce que ça demande des déboursées considérables, explique-t-il. Rappelons que la mine a été placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers en mai 2019.

Un tableau tiré d'une étude scientifique.

Cet extrait du rapport de la SESAT montre les différences entre les configurations projetées de la fosse entre les études de faisabilité de 2011 et 2013.

Photo : Société de l'eau souterraine de l'Abitibi-Témiscamingue

« Risque accru d’impact sur l’aquifère de la moraine Harricana »

La SESAT estime que la configuration de la fosse telle qu’elle fut présentée en 2018 dans le cadre de l’évaluation du projet par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale représente un risque accru d’impact sur l’aquifère de la moraine Harricana.

La proximité de la fosse avec la moraine, une formation géologique qui est considérée comme ayant un bon potentiel d’approvisionnement en eau, préoccupe le Comité citoyen de protection de l’esker. C’est une catastrophe environnementale sur le plan des innombrables déversements qu’il y a eu sur le site, mais également au niveau de l’enjeu de la protection des eaux souterraines, c’est un des projets les plus consternants qu’on peut relever, croit leur porte-parole, Rodrigue Turgeon.

Il n’y a pas de danger pour l’environnement, mais on va faire le nécessaire, ou les prochains propriétaires vont le faire, pour être capables d’opérer dans les règles de l’art.

Marcel Jolicoeur, directeur général par intérim de North American lithium

Marcel Jolicoeur réfute tout possible risque environnemental. Il n’y a pas de danger de quelque façon que ce soit avec l’eau, on n’est pas dans la même situation que d’autres. On n'est pas sur les eskers du tout, du tout, souligne-t-il.

Le professeur du Groupe de recherche sur l’eau souterraine de l’UQAT, Éric Rosa, confirme que la moraine Harricana a un potentiel d’approvisionnement en eau potable élevé. Il y a de grands segments où on est susceptible de retrouver une quantité d’eau souterraine en volume, explique-t-il.

Dans le secteur immédiat de la mine de La Corne, les données ne permettent toutefois pas d’avoir un portait clair de la situation. Les cartes suggèrent que le potentiel d’aquifère à proximité du site est relativement faible, mais ce sont des données à l’échelle de la région, affirme M. Rosa, qui estime qu’une étude hydrogéologique est donc d’autant plus pertinente.

D’autres impacts potentiels à considérer

Selon Olivier Pitre, la mise à jour de l’étude hydrogéologique n’est pas uniquement justifiée par la proximité de la moraine Harricana. La zone d’impact de la mine sur le niveau de la nappe phréatique dans les environs sera beaucoup plus importante, ce qui pourrait avoir des impacts, notamment sur des puits, estime M. Pitre. Un secteur de la fosse envisagé n’aurait pas non plus été considéré dans l’étude hydrogéologique, selon M. Pitre. Une bonne partie de l’augmentation du tonnage s’est faite par une extension au sud-est, mais ce secteur-là n’était pas vraiment dans l’étude. Il n’a pas été caractérisé, étudié, précise M. Pitre.

Pression sur le gouvernement et le prochain promoteur

Alors que la période pour déposer des offres de rachat a été reportée d’un mois, soit au 21 février prochain, le Comité citoyen de protection de l’esker compte se saisir de l’occasion pour obtenir des engagements des promoteurs et des gouvernements. Mais on se rend compte que ce n’est pas nécessairement au promoteur que les pressions doivent être mises pour être plus efficace, mais au gouvernement. On est dans une situation de grand laisser-aller, estime M. Turgeon.

Je m’attendrais à ce qu’un promoteur prenne l’engagement, mais aussi que le cadre légal prévoie cette situation et que cette mise à jour majeure ne soit pas faite de façon discrétionnaire.

Olivier Pitre, directeur de la SESAT

Olivier Pitre considère surprenant que la mise à jour de l’étude hydrogéologique n’ait pas été imposée par les autorités gouvernementales. C’est extrêmement surprenant que cette mise à jour relève du bon vouloir du promoteur, commente-t-il.

Le ministère de l’Environnement du Québec et le ministère fédéral responsable du dossier n’avaient pas encore répondu favorablement à notre demande d’entrevue au moment de mettre en ligne cet article. La période pour déposer des offres pour l’acquisition de la mine North American lithium a été prolongée jusqu’au 21 février prochain.

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Abitibi–Témiscamingue

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