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Une décontamination qui tourne au cauchemar pour une jeune investisseuse

Un employé en habit de protection retire des panneaux de gypse d'un mur.

Au Québec, aucune norme n’encadre les travaux de décontamination.

Photo : Radio-Canada

Nancy Desjardins

En mai 2018, Karine Genesse achète une reprise de finance à Saint-Lin-Laurentides. La résidence est évaluée à 250 000 $, mais elle la paie 170 000 $, sachant qu’elle est contaminée par des moisissures. Rapidement, elle demande des soumissions à quatre entreprises pour les travaux de décontamination.

C'est la première fois que je faisais affaire à un cas de contamination. Donc, c’est pour ça que j'ai essayé de faire le plus de soumissions possible, explique-t-elle.

La seule entreprise qui se déplace rapidement est nettoyage JP et fils, un franchisé de Qualinet propriété de Claude Jasmin. Ce dernier lui propose une décontamination complète du rez-de-chaussée et du sous-sol pour un montant de 3000 $.

Plan rapproché d'une jeune femme assise, dans une maison en rénovation.

Karine Genesse dit que les travaux de décontamination lui ont coûté 18 000 $. Elle songe à poursuivre l'entrepreneur aux petites créances.

Photo : Radio-Canada

Cinq jours après les travaux de décontamination, Karine Genesse constate que l’odeur de moisissures est toujours présente. Claude Jasmin revient inspecter la résidence. À sa sortie, il y a une forte d’odeur de lavande et de citron et il confirme par courriel que la décontamination est terminée.

Mme Genesse commence les travaux de rénovation, puisque l’objectif est de louer les deux appartements. Son employé et elle ressentent rapidement des symptômes. En faisant les travaux, je suis toujours fatiguée, toujours étourdie, je ne file pas, mon employé aussi d'ailleurs.

Sur les conseils d’un autre décontaminateur, elle enlève l’isolant collé sur le solage, ce qui n’a pas été fait lors de la décontamination par Qualinet. Un test de qualité de l’air lui donne raison : le sous-sol est toujours contaminé.

Des traces de moisissure sur une poutre.

Après la première visite de Qualinet, un test de qualité de l'air a confirmé que le sous-sol était toujours contaminé.

Photo : Karine Genesse

Qualinet accepte de reprendre son travail, à la fin juillet 2018. Les travaux terminés, Karine Genesse paie à nouveau une évaluation de la contamination, qui révèle qu'il y a toujours présence de moisissures.

Découragée, elle embauche l’entreprise spécialisée Fraka décontamination.

Il y a quelqu'un qui a fait une décontamination avec un produit pulvérisé, ce qui ne fonctionne pas vraiment, dit François Béliveau, propriétaire de Fraka décontamination.

Avant la reprise des travaux, l'entreprise exige un test de l’air et des prélèvements d’un biochimiste indépendant d’Enviro-option.

Il y a, à mon avis, surabondance d’usage de produits. Les moisissures, on doit les retirer par une méthode abrasive, affirme le fondateur d'Enviro-option, Patrick Champagne.

Sur la facture de Qualinet, on peut lire que les structures de bois et de béton ont été aspergées d’un biocide et d’un produit enzymatique à base d’eau de javel.

Réponse du porte-parole de Qualinet

Le franchisé de Qualinet Claude Jasmin a refusé de répondre à nos questions. C’est plutôt le porte-parole du groupe Qualinet, Marc Robichaud, qui a accepté notre invitation.

Quand on regarde les étapes du travail qui ont été faites, on peut parler de décontamination. La personne qui a rédigé la facture s’est trompée. Ça n’existe pas, de l’enzymatique. Ce qui a été utilisé c’est du chlore 12 % et, selon nos experts, le chlore 12 % règle le problème à sa racine, indique Marc Robichaud.

Pourtant, des traces de moisissures sont toujours visibles sur le bois sur certaines photos que nous lui avons montrées.

Il y a des moisissures qui semblent visibles, mais est-ce que ça veut dire que ça représente un danger quelconque? J’ignore la réponse, dit-il.

Les recommandations disent que l’on doit retirer les traces visibles de moisissures, puisque mêmes mortes elles peuvent avoir un impact chez la personne, souligne Patrick Champagne, d'Enviro-option.

Un an et demi après les travaux effectués par Claude Jasmin de Qualinet, Karine Genesse n’a toujours pas terminé les rénovations du sous-sol, faute d’argent. Cette aventure lui a coûté plus de 18 000 $. Elle songe maintenant à poursuivre l’entrepreneur à la Cour des petites créances.

Pour l’instant, aucune norme n’encadre les travaux de décontamination. Cependant, le bureau de normalisation du Québec travaille avec les différents intervenants concernés afin d’en publier une au printemps prochain.

Pour voir le reportage de Nancy Desjardins présenté à La facture, cliquez ici.

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