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Règles « barbares » et soudoiement : des parrains de réfugiés en colère

Confusion et chaos régnaient devant le bureau du ministère de l’Immigration, où des centaines de personnes voulaient déposer une demande de parrainage.

Une femme arrive devant le bureau d'Immigration Québec équipée d'une couverture.

De nombreuses personnes ont dormi plusieurs nuits dans les bureaux du ministère de l'Immigration pour tenter de parrainer un réfugié.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les yeux tirés, Philip sort des locaux du ministère de l’Immigration l’air soulagé. Il est tout juste 9 h, ce lundi. Depuis jeudi matin, ce coursier patientait dans ce même bâtiment, sur une chaise, pour être certain de pouvoir déposer la vingtaine de demandes dont il avait la charge.

Objectif accompli. Philip, qui souhaite parrainer également un cousin syrien réfugié au Liban, a été le premier à pouvoir rencontrer un agent, et donc délivrer ces précieux documents. J’avais la pression, reconnaît-il, avant de clamer son envie d’aller dormir.

C'est notre héros, confie, soulagée, une des personnes qui comptait sur son aide pour déposer son propre dossier.

Philip, un coursier, répond aux questions

À la fois coursier et parrain potentiel, Philip est arrivé jeudi pour être certain d'être le premier à déposer une vingtaine de demandes de parrainage.

Photo : Radio-Canada

Ce sourire contraste néanmoins avec la colère, l’inquiétude et l’angoisse vécues par de nombreux parrains potentiels, qui quittent petit à petit, dans la matinée, l’immeuble situé dans le Vieux-Montréal, avec des chaises de camping, sacs de couchage ou couvertures dans les mains.

Après être resté flou, le ministère de l’Immigration avait fini par ouvrir ses portes, vendredi, pour ne pas laisser les gens faire la file à l’extérieur, dans le froid et la neige, comme cela était d’abord envisagé. Des salles d’attente ont ainsi été aménagées et les demandeurs se voyaient attribuer un numéro de chaise.

C’est le pire bazar que j’ai vu, déplore l’un d’entre eux. Arrivé vendredi en fin d’après-midi, il s’est retrouvé en 11e position et craint d’avoir attendu pour rien. Je ne suis pas optimiste du tout. On va croiser les doigts, glisse-t-il.

À l'instar de ce dernier, plusieurs parrains ont souhaité conserver leur anonymat, pour que leurs témoignages ne nuisent pas au traitement de leur dossier.

On parle de la vie des gens, de personnes vulnérables qui ont fui la guerre. C’était mon cas il y a 20 ans. On veut que nos familles nous rejoignent.

Une personne souhaitant parrainer des réfugiés
Une femme demande de l'aide à un gardien au bureau Immigration Québec à Montréal.

Les demandes de parrainage ont créé de l'incertitude et du stress auprès des personnes qui se sont déplacées dans les locaux du ministère de l'Immigration, dans le Vieux-Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cent dossiers de parrainage acceptés pour les particuliers

Ce stress est causé par le faible nombre de places accordées par Québec. Victime de son succès, ce programme de parrainage avait dans un premier temps été suspendu par le précédent gouvernement libéral.

Lors de sa réouverture en septembre 2018, les quotas avaient été revus à la baisse, afin de réduire l’inventaire accumulé sur les bureaux d’Ottawa. Ces mêmes chiffres ont été reconduits par le ministre caquiste Simon Jolin-Barrette.

Au total, 750 dossiers sont acceptés, dont 100 pour les particuliers, qui peuvent se réunir dans un groupe comprenant 2 à 5 personnes. Québec oblige aussi les demandeurs, par « souci d’équité », à faire appel à un coursier pour déposer cette demande en main propre. Les tarifs oscillent de 400 $ à 1000 $, selon ce qui a été rapporté à Radio-Canada.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un homme se penche sur des boîtes de documents.

Cafouillage dans le parrainage des réfugiés

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Aucune limite de nombre de dossiers déposés n’a été fixée pour ces messagers, qui défilaient devant l’immeuble lundi matin. Radio-Canada a par exemple constaté que certains arrivaient avec des boîtes remplies de dizaines de demandes. Ils relayaient leur collègue, installé dans les locaux du ministère.

Dès 8 h 30, à l’ouverture des portes du ministère de l’Immigration, les dossiers étaient acceptés selon le principe du « premier arrivé, premier servi ».

Un « marché noir » dénoncé

Des tentatives de « corruption » ont également été constatées, ont rapporté plusieurs demandeurs qui étaient sur place. Des coursiers auraient même tenté d’intimider des personnes mieux placées qu’eux pour prendre leur place.

Une enveloppe destinée au ministère de l'Immigration

Au total, 750 places ont été accordées dans ce programme de parrainage, dont 100 pour les citoyens.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Arrivée vendredi soir, une femme affirme avoir vu des places se vendre « pour quelques milliers de dollars ».

Ils ont créé un marché noir. C’est très mal fait, ce n’est pas digne d’êtres humains. Le ministre a fait une grave erreur, j’espère qu’il va réfléchir un tout petit peu.

Une personne ayant déposé un dossier de parrainage

Ça n’a pas d’allure, ce sont des règles barbares, clame une autre demandeuse, bonnet du Canadien de Montréal sur la tête et café entre les mains, pour tenter de se réchauffer, après avoir donné son dossier à un messager.

Les compagnies de coursiers, on peut le dénoncer, mais à la base, c’est la faute du ministère. On exploite la détresse humaine et tout est conçu pour faire ressortir le pire de l’être humain.

Une marraine potentielle

Tout le monde était dégoûté à l’intérieur, soutient Sylvain Thibault, qui veut parrainer des Congolais réfugiés en Ouganda. Selon ce dernier, un coursier aurait jeté à la poubelle ses dossiers, pour les remplacer par d’autres, contre 3000 $.

Face au nombre important de personnes à l’intérieur, des agents de sécurité ont même refusé l’entrée à des parrains potentiels, qui ont dû repartir bredouilles, les larmes aux yeux, leur dossier entre les mains.

D’autres souhaitaient surveiller leur messager, mais ont également été refoulés à l’entrée, malgré leurs supplications.

Un homme explique quelque chose à un agent de sécurité en pointant devant lui.

Les agents de sécurité ont empêché des parrains potentiels d'entrer dans les locaux du ministère de l'Immigration lundi matin, car il y avait déjà trop de personnes sur place.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des « bâtons dans les roues » des parrains

Vivement critiquée, cette procédure minerait l’attrait de ce programme et enverrait un mauvais message à de futurs parrains, croit Sylvain Thibault.

On met des bâtons dans les roues à des personnes voulant aider des réfugiés qui ne vivront pas aux crochets de la société. Ce sont de futurs travailleurs, avance-t-il.

On met en compétition des gens qui, au départ, ont tous de bonnes intentions. C’est déplorable!

Clotilde, membre d’un groupe œuvrant avec des églises

J’espère que le ministre va nous écouter et changer ces règles, reprend un parrain, avant de rentrer se coucher.

La fin d'une longue fin de semaine? Certes, « mais ce n'est pas fini », soutient Sylvain Thibault. Après « le stress » lié à l'attente d'une réponse du ministère de l’Immigration, qui fera assurément beaucoup de déçus, débutera l'attente, ajoute-t-il.

Les réfugiés parrainés pourraient patienter entre deux et trois ans avant de pouvoir venir au Québec.

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