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Oxfam veut faire reconnaître le travail « invisible » des femmes

Une femme du Yémen fouille dans une décharge.

Les femmes sont généralement beaucoup plus affectées par les inégalités économiques et sociales, dénonce Oxfam.

Photo : AFP / Getty Images / Essa Ahmed

Hugo Prévost

Dans un nouveau rapport publié à quelques jours du Forum économique mondial à Davos, Oxfam appelle les riches et les puissants à reconnaître la contribution souvent ignorée des femmes à la bonne marche du capitalisme.

Préparer les repas, faire le ménage, aller chercher de l'eau potable, soigner les enfants et les aînés : autant de tâches encore largement dévolues aux femmes, autant de piliers économiques sur lesquels s'appuient les nations industrialisées sans que l'apport de ces actrices économiques ne soit reconnu à sa juste valeur.

Les inégalités économiques échappent à tout contrôle, peut-on ainsi lire dans le document intitulé Celles qui comptent, qui précise que l'an dernier, les 2153 milliardaires que compte la planète possédaient plus de richesses que quelque 4,6 milliards de personnes.

Pire encore, écrivent les auteurs du rapport, la richesse combinée des 22 hommes les plus fortunés au monde est supérieure à celle de l'ensemble des femmes d'Afrique.

Cela fait six ans que nous publions un rapport sur l'accroissement des inégalités, et malheureusement, elles continuent à augmenter, note Denise Byrnes, directrice générale d'Oxfam-Québec.

Cette année, nous avons voulu nous concentrer sur celles qui paient davantage le prix [de ces inégalités]; ce sont les femmes et les filles. Le travail qu'elles effectuent au quotidien – prendre soin des enfants et des parents âgés, les travaux domestiques, elles vont aussi chercher de l'eau, tout ce qui touche au fonctionnement de la famille vient soutenir l'économie, ajoute-t-elle.

Dans le rapport, on précise que si les femmes n'effectuaient plus ces tâches, de grands pans de l'économie seraient paralysés.

Denise Byrnes. dg d'Oxfam-Québec

Selon Mme Byrnes, même lorsque ce genre de travail est rémunéré, par exemple en CHSLD, ces tâches sont généralement accomplies par des femmes, et les salaires sont souvent inadéquats, quand il n'est pas carrément sous le minimum [légal].

Les femmes et leur labeur mal rémunéré, voire carrément non rémunéré, soutiennent donc l'économie mondiale, plaide Oxfam dans son rapport. Par année, affirme-t-on, la valeur des travaux de soins non rémunérés effectués par les femmes de 15 ans et plus est estimée à 10 800 milliards de dollars, soit trois fois la valeur du secteur mondial des technologies.

Des changements en vue?

S'il est urgent de changer les choses, comme le soutiennent Oxfam et Denise Byrnes, les obstacles sont nombreux sur la route des femmes vers une reconnaissance de leur apport à l'économie mondiale.

En effet, ce sont non seulement les femmes qui sont les plus désavantagées par ce système économique inégalitaire, mais celui-ci est ainsi structuré que les hommes occupent la grande majorité des postes décisionnels, y compris dans les parlements de la planète et au sein des gouvernements.

De fait, 18 % des ministres et 24 % des parlementaires sont des femmes, souligne le rapport d'Oxfam, alors qu'elles représentent un peu plus de la moitié de la population mondiale.

Heureusement, précise Mme Byrnes, plusieurs grandes institutions, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ainsi que plusieurs milliardaires commencent à envisager les mêmes solutions que nous.

Parmi ces solutions, justement, le rapport propose de mettre fin aux inégalités économiques extrêmes, notamment en imposant une taxe supplémentaire de 0,5 % sur la fortune du 1 % le mieux nanti de la population. Sur une période de 10 ans, avance Oxfam, cette mesure permettrait de collecter autant d'argent que les investissements requis pour créer 117 millions dans l'éducation, la santé et l'accompagnement des aînés, et donc de combler les besoins dans ces domaines.

L'organisation prône également une lutte aux échappatoires et aux paradis fiscaux. Denise Byrnes, de son côté, rappelle en entrevue que le taux d'imposition des entreprises n'a eu de cesse de baisser depuis 40 ans, ce qui réduit d'autant les sommes dont disposent les gouvernements pour mettre en place des programmes sociaux destinés à tous, y compris aux plus vulnérables.

Le Québec, avec son programme de centres de la petite enfance (CPE), est l'un des exemples à suivre dans ce domaine, soutient Mme Byrnes.Les CPE ont permis aux femmes d'entrer massivement sur le marché du travail. On a le taux de mères sur le marché du travail le plus élevé en Amérique du Nord.

Une grogne qui augmente

Devant la multiplication des inégalités, devant l'incurie perçue ou avérée des dirigeants et des puissants, les populations en viennent éventuellement à se mettre en colère un peu partout sur la planète.

C'est ainsi le cas au Chili, où l'augmentation du prix des billets de métro a été la goutte qui a fait déborder le vase; les manifestations ont dégénéré en émeutes qui ont fait plus d'une vingtaine de morts.

Au Soudan, une grave crise économique et la hausse du prix du pain ont entraîné l'intervention de l'armée et la destitution du président Omal El-Béchir, au pouvoir depuis de nombreuses années.

Au Proche-Orient, le Liban est plongé dans une grave crise politique et économique depuis des mois, dont l'étincelle fut l'intention, par l'ancien gouvernement, d'imposer une taxe sur l'application de messagerie WhatsApp.

En France, également, le mouvement des gilets jaunes, entre autres provoqué par le désir du gouvernement d'augmenter les taxes sur le carburant, a été suivi par une vaste contestation du projet de réforme des retraites de l'État.

Bien entendu, Oxfam ne prône pas la désobéissance civile, ou encore moins la révolte populaire, mais c'est intéressant, parce qu'il y a quatre ans, on écrivait, dans notre rapport, que si on ne s'attaquait pas aux inégalités qui se creusent [...] cela allait créer des problèmes sociaux, des problèmes que nous voyons en ce moment, indique Mme Byrnes.

Je pense qu'il est temps que nous changions notre système économique. En ce moment, il profite de façon hallucinante à un petit groupe, mais cela ne peut pas tenir.

Denise Byrnes, dg d'Oxfam-Québec

Hausse des impôts payés par les plus riches, reconnaissance du travail « invisible » des femmes, investissements dans les programmes et services sociaux, lutte contre les inégalités, autant de moyens préconisés par Oxfam pour que le système économique actuel prenne du mieux.

Denise Byrnes dit espérer que l'« éveil » des riches et des puissants aux problèmes d'inégalités se poursuive, et que les différents gouvernements de la planète prennent le problème à bras-le-corps, surtout dans un contexte de changements climatiques, où ces inégalités devraient être exacerbées par l'impact des transformations environnementales sur les pays les plus pauvres.

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