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Deuxième jour de violence à Beyrouth, près de 90 blessés

Des manifestants retenus par le jet d'un canon à eau.

Les autorités ont utilisé des canons à eau contre les manifestants.

Photo : The Associated Press / Hassan Ammar

Agence France-Presse

Dimanche, les forces antiémeutes ont tiré à Beyrouth des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants antigouvernementaux qui leur jetaient des pierres, au deuxième jour d'affrontements violents qui ont fait 90 blessés dans le pays en crise.

Samedi, 377 personnes ont été blessées dans les deux camps lors d'accrochages d'une violence inédite depuis le début le 17 octobre du mouvement de contestation contre une classe politique jugée corrompue et incapable de sortir le Liban du marasme économique.

Pour le deuxième soir consécutif, des centaines de manifestants se sont rassemblés dans le centre-ville à l'entrée d'une avenue menant au parlement, près de la place des Martyrs, épicentre de la contestation.

Aux cris de Révolution, Révolution, ils ont jeté des pierres et des pétards sur un barrage des forces antiémeutes bloquant l'avenue. Les policiers ont répliqué avec des balles en caoutchouc, un canon à eau et des gaz lacrymogènes, selon une correspondante de l'AFP sur place.

La Croix-Rouge libanaise a fait état de 90 blessés, dont 38 qui ont été transportés vers des hôpitaux.

La télévision locale Al-Jadeed a annoncé que son caméraman avait été blessé à la main par une balle en caoutchouc. Un autre journaliste figure parmi les blessés, selon l'agence officielle ANI.

En trois mois de contestation, la colère n'a fait que grandir parmi les manifestants, qui fustigent l'inertie des dirigeants : la crise économique s'aggrave avec des licenciements en masse, des restrictions bancaires extrêmes et une forte dépréciation de la livre libanaise face au dollar.

On en a marre des hommes politiques. Après trois mois de révolution, ils nous prouvent qu'ils ne changent pas, qu'ils n'écoutent pas, qu'ils n'apportent rien.

Mazen, 34 ans

Sur Twitter, les forces de sécurité ont appelé les manifestants à ne pas attaquer la police.

Un manifestant marche à travers des jets d'eau projetés par les policiers sur une foule devant le parlement.

Les policiers ont tenté de disperser la foule devant le parlement en utilisant des canons à eau.

Photo : Getty Images / Anwar Amro

Samedi, les forces de l'ordre ont aussi tiré des balles en caoutchouc et eu recours aux canons à eau dans le centre-ville, après que des manifestants ont lancé des pierres et des poteaux de signalisation sur elles.

Une télévision locale et des internautes ont partagé des témoignages de familles dont les enfants, parfois âgés de 18 ans, ont été touchés samedi à l’œil par des balles en caoutchouc.

Il n'y avait aucune justification pour le recours brutal à la force par la police antiémeute.

Human Rights Watch

L'organisme a accusé les policiers d'avoir tiré des balles en caoutchouc dans les yeux. L'ONG a appelé les autorités à mettre fin à cette culture de l'impunité pour les abus policiers.

Face à cette escalade, le président Michel Aoun a convoqué lundi une réunion de sécurité en présence des ministres de la Défense et de l'Intérieur, a annoncé ANI.

Selon un Comité des avocats pour la défense des manifestants, une quarantaine de manifestants ont été interpellés samedi avant d'être relâchés et la majorité ont été victimes de violences excessives, certains affichant des blessures à la tête, au visage ou aux organes génitaux.

Les avocats ont constaté dans les hôpitaux des blessures causées par des balles en caoutchouc au visage ou à la tête, a-t-il ajouté.

Alors que le mouvement de contestation était globalement pacifique au départ, les affrontements se sont multipliés ces derniers jours entre forces de l'ordre et manifestants, qui ont attaqué les vitrines de banques qui cristallisent une grande partie de la colère populaire.

Des gens marchent en levant le poing.

Des Libanais se sont réunis jeudi à Beyrouth pour manifester contre le gouvernement et la banque centrale.

Photo : Associated Press / Hussein Malla

Deux manifestants sont morts depuis le 17 octobre, mais en marge des protestations : le premier a péri en octobre après une dispute avec un autre civil, le second a été tué par balle après une altercation avec des militaires.

Les manifestants réclament un gouvernement de technocrates, alors que la classe dirigeante est quasi inchangée depuis des décennies, une amélioration des services publics quasiment absents et la fin du chômage et de la corruption.

Après la démission fin octobre du premier ministre Saad Hariri, sous la pression de la rue, Hassan Diab a été désigné pour le remplacer le 19 décembre, mais il n'a toujours pas formé son gouvernement, les différents partis cherchant à garantir leur représentation au sein de la future équipe.

Il y a une voie pour calmer la tempête populaire, a tweeté M. Hariri. Formez un gouvernement et ouvrez la porte à des solutions politiques et économiques.

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