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À Shannon, un goût d'injustice demeure dans le dossier de l'eau contaminée

Kerry Ann King dans sa cuisine, avec des lunettes, le visage encadré par une chevelure blonde.

Kerry Ann King ne touchera pas droit d'indemnités, puisqu'elle était mineure au moment de la crise.

Photo : Radio-Canada / Hans Campbell

Sébastien Tanguay

Les résidents de Shannon ont gagné une bataille judiciaire; plusieurs estiment maintenant qu’il faut poursuivre et gagner la guerre… Le jugement de la Cour d’appel rendu vendredi constitue certes une victoire pour les habitants affectés par l’eau contaminée, mais certains se sentent toujours abandonnés.

C’est une très petite victoire, déplore Kerry Ann King.

Cette native de Shannon a perdu ses deux parents, en 1996 et 1998, d’une même cause : le cancer.

À Shannon, un goût d'injustice demeure dans le dossier de l'eau contaminée

Certes, la décision de la Cour d’appel rend une justice posthume à sa mère et à son père en les rendant éligibles aux demandes d’indemnisation.

Elle qui a vécu sous le même toit que ses parents pendant 18 ans n’a cependant droit à rien.

La Cour lui refuse tout dédommagement, même si elle s’est abreuvée à la même eau qui a peut-être tué ses parents.

Son tort : avoir été une enfant au moment de la crise.

Qu'est-ce qui va m'arriver? Je sais que j'ai eu du TCE dans mon corps. Mon frère a eu le cancer de la thyroïde. Lui, quels seront ses recours?

Kerry Ann King, résidente de Shannon

La Cour d’appel a statué que les personnes qui étaient mineures au moment des faits n’ont droit à aucune indemnité.

Questions sans réponse

Pourquoi ceux qui avaient moins de 18 ans ne sont pas reconnus dans le recours? Ils subissent aussi des effets sur la santé, dénonce le maire de Shannon, Mike-James Noonan.

Plusieurs questionnements persistent après ce jugement, affirme l’élu.

Mike-James Noonan, le maire de Shannon, devant le panneau de l'hôtel de ville, portant tuque noire et lunettes.

Le maire de Shannon, Mike-James Noonan, partage l'incompréhension de ses concitoyens suivant la décision de la Cour d'appel.

Photo : Radio-Canada / Hans Campbell

Parmi eux : l’absence de reconnaissance par les tribunaux du lien entre l’écoulement de trichloréthylène (TCE) dans la nappe phréatique et les nombreux cas de cancer apparus depuis à Shannon.

Des gens ne sont plus parmi nous en raison de cette eau contaminée, poursuit Mike-James Noonan, pour qui la lumière doit encore être faite dans cette affaire.

C'est une erreur de ne pas avoir confirmé la causalité : la science est là, renchérit Kerry Ann King.

Pour les résidents affectés, c'est triste. Ma sœur m'a contactée et m'a dit : ça fait pitié, c'est injuste.

Kerry Ann King, résidente de Shannon

D'autres recours envisagés

Les plaignants n’excluent pas de saisir d’autres recours pour obtenir justice. Leur cause, toutefois, ne sera plus portée par celui qui les a défendus en cour pendant 18 ans.

Pour l’avocat Charles Veilleux, le jugement de la Cour d’appel est un aboutissement heureux. C’est le parachèvement de 18 ans de travail, confie-t-il. La page est tournée dans mon cas, ce sera maintenant à d’autres de porter ce dossier.

Charles Veilleux à son bureau, les mains croisés.

L'avocat Charles Veilleux a porté le combat des citoyens de Shannon pendant plus de 18 ans.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Capovilla

Avant la décision de la Cour d’appel rendue vendredi, les requérants avaient droit à un montant maximal de 15 000 $. Maintenant, la somme consentie s’élève à 63 000 $.

Pour y être éligibles, les plaignants devaient avoir résidé dans un secteur nommé le triangle rouge entre le 21 décembre 2000 et le 31 décembre 2001.

La Cour d’appel a élargi la période d’admissibilité de 1995 jusqu’à 2006, dans certains cas.

Le nouveau jugement prévoit que les parents indemnisés ont désormais droit à un montant forfaitaire pour leurs enfants.

Kerry Ann King et son frère n’auront, eux, droit à rien.

Leurs parents sont morts bien avant de pouvoir toucher l’indemnité à laquelle ils auraient maintenant eu droit.

Avec les informations d'Audrey Paris et de Hadi Hassin

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