•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Foisonnement littéraire à Noranda?

En avant-plan un livre ouvert, avec en arrière-plan une bibliothèque.

Les bibliothèques municipales de Trinité-des-Monts et du Bic seront rénovées.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Émilie Parent Bouchard

Publication de plusieurs jeunes plumes abitibiennes, multiplication des événements littéraires et des spectacles interdisciplinaires basés sur les œuvres d’auteurs d’ici et d’ailleurs, souffle nouveau aux Éditions du Quartz : y a-t-il un foisonnement littéraire à Noranda — et plus largement en Abitibi-Témiscamingue? Pistes de réponses avec des « littéraires » de la région à l’occasion de la tenue du 2e Cabaret des mots, une initiative qui vise à mettre en valeur les mots d’ici. 

Début décembre. Une vingtaine de personnes sont réunies au nouveau café-bar-librairie Livresse qui a pignon sur rue dans le Vieux-Noranda. Elles sont venues écouter témoignages et autres récits à l’occasion d’une soirée de lectures organisée par Le point d’appui, le centre d'aide et de prévention des agressions à caractère sexuel de Rouyn-Noranda. 

Un nouveau lieu de rassemblement...

Offrir un nouveau lieu de rencontre aux amateurs de littérature, mais aussi à M. et Mme Tout-le-Monde, c’était exactement l’objectif de la copropriétaire de Livresse, Julie St-Amour. C’était aussi d’offrir un lieu de diffusion, avec des rencontres d’auteurs, des lancements de livres, offrir un lieu pour réunir tout ce beau monde-là, explique-t-elle, un peu surprise par l’engouement suscité par l’ouverture du commerce. 

La petite clique de littéraires a déjà élu domicile à Livresse. Mais ils ne sont pas exclusivement le public cible, poursuit Julie St-Amour, qui insiste sur la volonté de démocratiser l’accès à la littérature, et aussi de faire de nouveaux adeptes, dès le plus jeune âge. Une salle est d’ailleurs dédiée aux enfants afin qu’ils puissent accompagner leurs parents dans l’aventure de la lecture. 

Effectivement, il y a la petite clique — que j’aime beaucoup! Mais oui, on espère éventuellement qu’il y aura plus de curieux, plus de gens qui vont être intéressés à rencontrer les auteurs. On travaille beaucoup pour faire venir des auteurs. C’est chouette, on est contents de tout ce qui se passe à Rouyn, mais on veut pousser plus loin. Il y a beaucoup de belles choses qui se font au Québec et on espère pouvoir rassembler plus de gens autour de ces auteurs-là et de la littérature en général, poursuit Julie St-Amour. 

Des gens discutent dans une librairie, en tenant des coupes de vin.

L'ouverture de la libraire-bar Livresse samedi.

Photo : Radio-Canada / Marc-Olivier Thibault

...et de conversion!

Samuel Archibald et Michèle Plomer se sont d’ailleurs déjà prêtés au jeu, pour le plus grand plaisir des amateurs de lettres. L’autrice en devenir Catherine Perreault, approchée par plus d’une maison d’édition depuis la publication de Savasana, finaliste du Prix du récit Radio-Canada en 2018, a d’ailleurs prêté sa voix à diverses occasions lors de soirées de lecture à Livresse. 

La littérature, c’est très intéressant pour partager certaines émotions, certains états d’âme aussi, mais d’une façon qui fait moins journal intime, qui est plus artistique. Je suis une grande lectrice aussi, donc je trouvais ça intéressant de lire des textes d’auteurs pour ensuite peut-être moi-même écrire mes propres textes et les partager, explique celle qui planche sur deux projets de roman. 

C’est la notion de partage qui est intéressante. Ça demande beaucoup d’humilité parce que c’est un peu nos tripes qu’on met sur la table. Mais c’est un exercice qui amène beaucoup de discussions. Les gens viennent nous dire ce qu’ils vivent. Ça ouvre des portes.

Catherine Perreault

Selon elle, l’ouverture de Livresse a incontestablement eu un effet sur le public, tant chez les avertis que chez les néophytes. Des gens de tous les milieux se rejoignent pour entendre des textes d’auteurs, c’est un gain pour Rouyn-Noranda. Je pense qu’on est présentement dans un espèce d’élan littéraire vraiment intéressant, s'enthousiasme-t-elle. Tous les projets littéraires qu’on entend, qu’on voit, ça me motive à poursuivre et de moi aussi peut-être un jour présenter un livre ou un roman achevé.

Une femme vêtue d'un chandail de couleur ocre lit des extraits d'un livre qu'elle tient dans ses mains.

L'«autrice en devenir» Catherine Perreault lors d'une soirée de lecture au café-bar-librairie Livresse.

Photo : Gracieuseté - Livresse

Catherine Perreault ajoute que l’arrivée à la direction littéraire des Éditions du Quartz de Marie Noëlle Blais, coautrice de Vivre cent ans qui a travaillé à la librairie du Québec à Paris et chroniqué à l’émission littéraire La librairie francophone diffusée à Radio-Canada, amène aussi un souffle nouveau dans la région. 

Poursuivre la professionnalisation des auteurs

Je me réjouis de voir que beaucoup de choses se passent simultanément. Je trouve qu’il y a de l’émulation en ce moment. Les littéraires sont peut-être moins nombreux à Rouyn, mais c’est une bande très soudée, toujours partante pour monter des projets. J’utilise beaucoup le mot "effervescence", confirme Marie Noëlle Blais, qui entend d’ailleurs ouvrir les horizons du Quartz, mais aussi contribuer à la professionnalisation de talents émergents.

Ce que je veux faire avec le Quartz, c’est décloisonner un peu les publications. Je veux continuer à publier des auteurs d’ici, mais je veux aller chercher des auteurs d’ailleurs pour que ces auteurs se rencontrent, se parlent, se lisent. On veut que les écrits voyagent. Pour que les auteurs d’ici soient davantage lus ailleurs, peut-être que de faire venir des pairs, c’est une bonne façon pour sortir un peu de la région, avance-t-elle. Dans 20 ans, on pourra peut-être regarder derrière et se dire que les années 2010-2020, c’était un nouveau boom littéraire. Le sentiment que j’ai, c’est qu’il se passe quelque chose, une nouvelle génération.

Elle demeure d’ailleurs à l’affût de perles encore cachées, comme Catherine Perreault, mais aussi la professeure de littérature du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue Gabrielle Demers. L’argument imparable pour les convaincre? Le contrat de distribution en vigueur avec Dimedia, le meilleur distributeur de livres de la province, à son avis. Mais aussi le travail à échelle humaine.

Maintenant, je peux aller dire à un auteur que je trouve talentueux : ‘’Viens travailler avec moi, je vais te chouchouter, j’ai ce temps-là, je vais pouvoir me concentrer sur toi et tu vas être dans toutes les librairies du Québec’’, illustre-t-elle. C’est peut-être ce qui manquait au Quartz. Jean-Guy Côté [son prédécesseur] a lancé la machine. Mon mandat est de poursuivre. Et qu’on forme une écurie, des auteurs qui sont attachés à la maison, qui restent que ça forme une petite équipée et que ce soit reconnu comme tel ailleurs au Québec.

Marie Noëlle Blais est libraire, éditrice et chroniqueuse. Elle collabore régulièrement à l’émission littéraire hebdomadaire "La librairie francophone" animée par Emmanuel Khérad et diffusée sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première.

La libraire, auteure et chroniqueuse Marie-Noëlle Blais

Photo : Justine Latour

À la croisée des arts

Elle pense d’ailleurs que le fait de mêler la littérature à d’autres formes d’expression artistique contribue aussi à convertir de nouveaux adeptes. Elle pense notamment aux films de Dominic Leclerc mettant en vedette Alexandre Castonguay — Alex marche à l’amour et Les Chiens-Loups, respectivement basés sur un poème de Gaston Miron et une fable de Jean de La Fontaine. Mais aussi à la pièce Courir l’Amérique, basée sur les Remarquables oubliés de Serge Bouchard et coécrite par Alexandre Castonguay, qui doit prendre l’affiche début mars au Quat’sous. Ainsi qu’au spectacle sur l’œuvre de la dramaturge Jeanne-Mance Delisle que prépare Sonia Cotten. 

On a envie de se permettre un peu plus de liberté dans les formes. C’est quelque chose qu’on voit beaucoup au Québec et qu’on voit moins en France, notamment. On se permet tout. Et c’est vrai que le côté multidisciplinaire, ça permet de mixer des beaux terrains de jeux. Je trouve ça personnellement super intéressant que des artistes se permettent cette liberté, dit-elle. 

Connue pour sa poésie sans compromis, Sonia Cotten abonde dans le même sens. Il y a une pluralité des démarches artistiques en lien avec la littérature. Ça fait une dizaine d’années que c’est en place, mais grâce au décloisonnement des demandes de subventions, la façon dont on réfléchit les arts dans leur interdisciplinarité, on voit qu’il est important d’ajouter des couches de compréhension pour le public.

La littérature, le mot, l’œuvre littéraire est devenue un matériau tangible, concret, avec lequel on peut jouer comme avec de la pâte à modeler, qu’on peut transformer, étirer, détourner de son sens premier. La notion 2D des lectures publiques — un lecteur, un livre et/ou de la musique — est complètement transformée. On est dans le 3D, l’intertextualité, dans le métatexte, l’explosion des pratiques artistiques.

Sonia Cotten
La poète Sonia Cotten

La poète Sonia Cotten

Photo : Nathalie Toulouse

Un phénomène unique?

Mais est-ce que le bouillonnement littéraire observé à Noranda et plus largement en Abitibi-Témiscamingue constitue un phénomène unique au Québec? Interrogé à ce sujet, le professeur de littérature au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue Tommy Allen, qui a vu passer les Antoine Charbonneau-Demers, Gabrielle Izaguirré-Falardeau et autres Virginie Blanchette-Doucet, demeure prudent. 

Est-ce que c’est un phénomène réel auquel on est en train d’assister ou est-ce que ce sont des manifestations qui coïncident, mais qui ne vont pas nécessairement amener à une dynamisation du milieu littéraire régional? C’est le temps qui va nous dire, je pense. Dans 5, 10 ans, on va peut-être être en mesure de dire qu'il se passait quelque chose. Ou au contraire, on dira que c’était tout le Québec, ou même l’Amérique du Nord, nuance-t-il, qualifiant tout de même le moment d’excitant.

Pour que des voix émergent, pour que des personnes s’autorisent à écrire, il faut qu’on ait le sentiment que c’est possible. De voir une Gabrielle Izaguirré-Falardeau ou un Antoine Charbonneau-Demers publiés, de voir un Cabaret des mots, des Julie Renault, etc., on se dit que ça se peut! Et que peut-être des gens vont trouver le courage ou la motivation nécessaire pour s’y mettre aussi. Est-ce que c’est l’œuf ou la poule? Chose certaine, tout ça est très positif, conclut-il, précisant que le Cégep travaille aussi à éveiller les flammes.

Peut-être que la jeunesse va inventer une nouvelle façon, un nouveau rapport à l’écrit et aux mots. Je suis hésitant à me prononcer par rapport à ce qui s’en vient. Mais c’est sûr que ça va être un endroit où on peut découvrir c’est quoi être un être humain. Sentir, notre rapport par rapport à ces grandes questions-là que sont la vie, l’amour, la mort. C’est comme ça qu’on apprivoise l’existence.

Tommy Allen, professeur de littérature au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue
L'autrice Michèle Plomer lors d'une soirée dédiée à son œuvre au café-bar-librairie Livresse.

L'autrice Michèle Plomer lors d'une soirée dédiée à son œuvre au café-bar-librairie Livresse.

Photo : Gracieuseté - Livresse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Abitibi–Témiscamingue

Livres