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Combien les grèves en éducation pourraient coûter au gouvernement ontarien

Vue de dos d'une jeune fille en train de réaliser des calculs mathématiques sur un tableau noir.

Le gouvernement Ford offre une indemnité aux parents pour couvrir une partie des frais de garde lors des débrayages.

Photo : iStock

Le gouvernement ontarien a annoncé le 15 janvier dernier vouloir dédommager les parents affectés par les grèves des syndicats enseignants, et ce à hauteur de 48 M$ par jour. La province gagne-t-elle pour autant en fonctionnant de la sorte? Nous avons fait les calculs.

Combien coûte l’augmentation demandée?

Selon une porte-parole du ministère de l’Éducation de l’Ontario, la demande des syndicats d’une augmentation de salaire de 2 % coûterait 1,5 milliard de dollars aux contribuables.

Ces chiffres du gouvernement concernent l’ensemble des professionnels de l’éducation, incluant le personnel de soutien, de tous les syndicats de la province. Le montant inclut aussi une hausse de 6 % des avantages sociaux, et il est évalué sur une période de trois ans. Le coût annuel serait donc, lui, d’environ 500 M$.

  • La vérification

J’arrive à des résultats qui sont très près de ceux annoncés par le gouvernement, affirme Nicolas-Guillaume Martineau, professeur d’économie au Collège Glendon de l’Université York, après avoir analysé les chiffres du Bureau de la responsabilité financière.

Il tempère toutefois. On présente ce chiffre comme représentatif des demandes des enseignants principalement. Or, les salaires et les bénéfices des enseignants ne représentent que 48 % des dépenses totales en rémunération des conseils scolaires.

Par ailleurs, M. Martineau rappelle que le gouvernement propose actuellement une augmentation de 1 %, soit la moitié de ce que demandent les syndicats. Il manque donc la moitié de 500 M$, soit 250 M$, pour accorder aux enseignants les augmentations salariales qu’ils demandent.

Combien rapporte la grève au gouvernement?

D’après les déclarations du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, si tous les syndicats d'enseignants retiraient leurs services en même temps, le gouvernement économiserait 60 M$ en salaires.

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce.

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

Toujours selon lui, les indemnisations pour les parents annoncées la semaine dernière pourraient, elles, totaliser jusqu’à 48 M$ par jour, si tous les syndicats débrayent.

En somme, selon les données avancées par M. Lecce, l’Ontario pourrait faire un gain net allant jusqu’à 12 M$ par jour de grève.

  • La vérification

L’ensemble des dépenses de rémunération (enseignants et non-enseignants) des conseils scolaires représentaient 21 milliards de dollars en 2018-2019 selon le Bureau de la responsabilité financière (BRF). Divisée par le nombre de jours dans une année, on obtient environ 57 M$, soit un résultat proche de ce qu’avance M. Lecce, rapporte Nicolas-Guillaume Martineau.

Un homme parle face caméra.

Nicolas-Guillaume Martineau, professeur d'économie au Collège Glendon de l'Université York

Photo : Maxime Beauchemin

Il précise cependant que cela concerne tous les professionnels de l’éducation, et pas uniquement les enseignants. La réalité pour les enseignants uniquement, en incluant les économies quant aux dépenses de pension, se situe sans doute entre 30 M$ par jour selon le BRF et 60 M$, comme évoqué par le ministre, complète-t-il.

L’autre problème avec ces chiffres, c’est qu’ils ne sont justes que dans des circonstances bien particulières de grève générale de tous les syndicats, ce qui n’est jamais arrivé depuis le début des négociations.

Pour que tous les syndicats soient en grève en même temps, il faudrait que le mouvement de mobilisation prenne beaucoup d’ampleur, ce qui ne semble pas être le cas aujourd’hui.

Nicolas-Guillaume Martineau, professeur d'économie au Collège Glendon de l'Université York

Plus ça va aller dans le conflit, plus la probabilité augmente, souligne cependant Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. Selon elle, si l’action des syndicats ne suffit pas à faire avancer les négociations, ils pourraient décider de faire front commun.

En somme, il serait rare de faire par jour une économie de 60 M$ de même qu’il serait rare de dépenser 48 M$ en indemnisations, car les conditions pour obtenir ces sommes risquent peu de se produire, selon les deux analystes.

Pourquoi le gouvernement pourrait quand même perdre beaucoup?

Le gouvernement dit faire des gains chaque jour de grève sur le postulat qu’il économise plus en ne payant pas les grévistes qu’il ne perd en distribuant une aide financière aux parents. Comme démontré ci-haut, un calcul rapide peut faire croire à un gain de 12 M$ si les conditions — peu probables — sont réunies.

Deux femmes tiennent des pancartes.

Des membres de la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l’Ontario aux piquets de grève à Chelmsford, dans le Grand Sudbury le 15 janvier 2020.

Photo : CBC/Erik Whitet

Mais il existe un cas inverse, selon l’économiste du Collège Glendon. Pour que les indemnités versées par le gouvernement aux parents soient maximales, il n’est pas nécessaire que tous les syndicats fassent réellement grève, contrairement à ce qu’avance le gouvernement.

En effet, les indemnités ne sont versées que pour les enfants de 12 ans et moins, soit jusqu’à la 7e année (à l’exception des enfants ayant des besoins spéciaux). Ainsi, pour que les indemnités versées soient potentiellement maximales, il suffirait que moins de 60 % des enseignants soient en grève, explique Nicolas-Guillaume Martineau.

Or, les économies salariales réalisées ne seraient alors que de l’ordre de 17 M$ par jour, ajoute-t-il. La province ne ferait plus des économies, mais elle perdrait 31 M$ par jour.

Et les 250 M$ dans tout ça?

En 21 jours de grève “optimale”, le gouvernement pourrait financer les 250 millions de dollars demandés, explique Geneviève Tellier. En effet, si le gouvernement économise 12 M$ par jour de grève générale de tous les syndicats, il aurait besoin de 21 jours pour épargner 250 M$.

Une femme prend des notes en consultant le document budgétaire.

La politologue Geneviève Tellier lors du huis clos du budget de l'Ontario 2019

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Dans le cas totalement opposé présenté par M. Martineau, un peu plus de 8 jours de grève générale des enseignants uniquement de l'élémentaire associés à une indemnisation maximale versée aux parents feraient dépenser à la province l’exact montant qu’elle refuse d’accorder aux augmentations salariales des syndicats.

Plus que des millions

Selon la politologue Geneviève Tellier, après avoir fait adopter une loi plafonnant les augmentations salariales à 1 % pour tout le secteur public, le gouvernement a grand intérêt à rester sur ses positions.

Si on plie avec les syndicats d’enseignants qui manifestent en ce moment, on est en train, premièrement, de contrevenir à sa loi, de dire qu’on n’est pas capable de la faire respecter, et deuxièmement, d’ouvrir la porte à toutes les négociations qui vont avoir lieu après.

Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa

Mais elle soulève toutefois un argument : 250 millions par année sur un budget total [de tout le gouvernement] de 165 milliards de dollars, c’est quand même très peu, c’est moins de 1 %.

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