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analyse

Jean Charest : entre politique et justice

Jean Charest

Jean Charest (archives)

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

À première vue, la publication des mandats de perquisition de l'enquête Mâchurer est tombée à un bien mauvais moment pour Jean Charest. Elle ressasse les vieilles histoires de financement du Parti libéral du Québec (PLQ) au moment où il songe sérieusement à se porter candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada.

Penser que ces informations allaient refroidir ses ambitions politiques est toutefois bien mal le connaître, selon d'anciens collaborateurs. La sortie publique de son avocat vendredi en est une démonstration aussi inédite qu'éloquente.

Cessez votre enquête. La phrase lancée par Michel Massicotte comme un ordre à l'Unité permanente anticorruption (UPAC) laisse croire que l'ancien premier ministre est beaucoup plus en train de se préparer pour la bataille qu'en train de se rouler en boule dans un coin.

Depuis le début de l'enquête Mâchurer sur le financement du Parti libéral du Québec, le clan Charest s'était contenté de communiqués laconiques pour commenter l'actualité. C'est ce qui donne toute sa force à la sortie de l'avocat Massicotte.

En entrevue, c'est l'avocat qui parlait, mais c'est Jean Charest qu'on entendait. C'était Jean Charest qui prépare la prochaine étape, Jean Charest qui déploie sa stratégie en vue d'une candidature.

Il n'y a strictement rien qui relie M. Charest à quelque acte illégal.

Michel Massicotte, avocat de Jean Charest

Objectivement, après lecture des déclarations sous serment, rien ne démontre non plus que le chef libéral savait qu'il y avait du financement illégal, même si tout le monde convient que la pression était forte pour trouver de l'argent.

Casseroles juridiques ou politiques?

Sur le front juridique, la réplique de Jean Charest se défend, même si elle ne dissipera jamais les doutes de ceux qui le détestent. Mais l'enjeu n'est pas que juridique. Il est aussi et probablement plus politique dans le contexte de sa réflexion sur un retour en politique.

La politique est une affaire de perception. Celle qui se dégage des déclarations sous serment en est une de financement sous pression, parfois illégal, où des gens d'affaires pouvaient se sentir intimidés et avaient l'impression qu'il fallait donner de l'argent au PLQ pour avoir des contrats.

Est-ce vrai? Est-ce faux? Les adversaires politiques ne se tracasseront pas avec ce genre de questions. S'ils sentent qu'ils peuvent en tirer un avantage, ils attaqueront. Ça, Jean Charest le sait. Il devra surtout mesurer quelle impression les informations laissent dans l'esprit des militants conservateurs d'abord, et dans l'opinion publique ensuite. Si elle est mauvaise, il devra se demander comment il peut la changer pour gagner d'abord la course conservatrice, puis les élections générales.

C'est un immense défi qu'il lui faudra commencer à relever dès les premiers mots qu'il prononcera s'il se lance.

Peut-être que Robert Bourassa l'inspirera. Dans le livre Robert Bourassa et nous, Jean Masson raconte qu'en 1978, M. Bourassa lui demande quelles sont ses chances de redevenir premier ministre. M. Masson lui répond : Très honnêtement, 1 ou 2 %. Robert Bourassa réplique : Je crois que mes chances sont de 5 % et ça me suffit pour que j'y consacre toutes mes énergies.

Sept ans plus tard, il était de nouveau premier ministre.

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