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Malgré l’aide sociale, il passe l’hiver sans électricité ni eau courante

Un homme en manteau sourit à la caméra devant une maison mal en point.

Laurent Bourque vit seul dans sa maison, sans électricité ni eau courante.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

Rose St-Pierre

Laurent Bourque est gravement malade, incapable de travailler, et ne possède qu'une maison mal isolée. Il ne peut payer sa facture d'électricité et traverse l'hiver seul, sans chauffage ni eau courante.

Franchement, c’est épeurant. J’ai peur pour ma vie et ma santé, lance Laurent Bourque devant sa petite maison de Collette, dans le comté de Kent, au Nouveau-Brunswick.

En avril dernier, sa pompe à eau a fait des siennes et sa facture d’électricité a grimpé à 3000 $. Puisqu'il était incapable de payer, Énergie Nouveau-Brunswick a coupé son alimentation électrique.

Avec un income [revenu] de 581 $ par mois, environ, où est-ce que tu vas trouver 3000 $?

Laurent Bourque, prestataire de l'aide sociale

Pour l’instant, Laurent Bourque passe la majorité de ses journées sous les couvertures de son lit, près de son chien.

C’est l’hiver et je n'ai pas de pouvoir [électricité], je n'ai pas d’eau courante. Il fait frette, là.

La nuit, il dit se réveiller en panique, en hypothermie malgré un chauffage d'appoint alimenté par sa génératrice. Les soirées froides ne l’aident pas à soigner sa santé. L’homme de 64 ans a eu trois cancers et a survécu à une crise cardiaque.

Un homme portant un manteau verse du pétrole dans une petite génératrice à l'extérieur.

Laurent Bourque compte sur une petite génératrice pour alimenter sa maison en électricité lors des grands froids.

Photo : Radio-Canada / Guy R. Leblanc

L'impasse

Incapable de travailler, il vit de sa prestation d’aide sociale du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Malgré sa difficulté à marcher, les risques de crises d’angine et son arthrite sévère, le gouvernement le considère apte au travail.

Je ne suis pas disabled [inapte] autant qu’ils voudraient que je sois.

Son petit revenu ne lui permet pas de suivre les conseils de son médecin, qui lui suggère de manger des produits frais.

Je ramasse des cannes de viande préparée, des sandwichs au fromage et des hot-dogs, admet-il en riant.

Même si Laurent Bourque est propriétaire de sa petite maison, on lui conseille de ne pas vendre sa propriété.

Si je suis sur le welfare [bien-être social] pis que si je vends ma maison, y allons prendre l’argent de ma maison et déduire ça de mon chèque pour le montant d’argent que j’ai eu.

Laurent Bourque

Les services sociaux lui proposent plutôt de déménager dans un refuge.

Ma conscience ne me laissait pas faire ça. Il y a du monde qui n’ont pas de maison et ils n’ont pas de couverture. Enlever un lit à quelqu’un, même avec ma santé… Je ne pourrais pas enlever un lit d’une personne qui n'a pas de toit, pas de couverture, pas de chaleur. Puis ici, j’ai mon petit chien que je ne veux pas laisser à quelqu’un d’autre.

Face à l’impasse, Laurent Bourque lance un cri du cœur. Il souhaite transmettre un message au premier ministre Blaine Higgs.

Pour un mois, vis comme moi je vis. T’es tout seul, tu n'as pas personne d’autre qui va te donner de l’argent puis, il faut que tu vis avec ce que tu as là. Ensuite, coupe ton électrique pour ce mois-là pendant que c’est l’hiver.

Laurent Bourque

Voué à la pauvreté

Le député du comté de Kent, Kevin Arsenault, qui siège dans l’opposition, a bien essayé de lui venir en aide.

Il y a beaucoup de craques dans le système du Développement social et malheureusement, Laurent tombe dans une craque, explique le député du Parti vert.

Un homme donne une entrevue à la caméra.

Le député provincial pour Kent-Nord, Kevin Arseneault

Photo : Radio-Canada / Pierre Richard

Selon l’élu, qui représente l’un des comtés les plus pauvres de la province, l’aide sociale du gouvernement ne permet pas aux personnes dans le besoin de vivre dans la dignité.

On cherche l’argent chez les gens qui n’en ont pas et on ignore complètement les endroits où on en a, croit-il.

Malgré son sourire et sa bonne humeur, Laurent Bourque est pessimiste quant à son avenir. Comme c’est là, je n'ai plus d’espoir.

Je ne suis pas le seul qui a peur dans la province, il y en a qui a des situations beaucoup plus pires que moi… Ça, ici, c’est le Canada.

Laurent Bourque

Au moment de la publication de cet article, le ministère du Développement social du Nouveau-Brunswick n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevue.

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