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« Plusieurs » faillites à prévoir dans l’industrie du cannabis en 2020

Des plantes de cannabis dans une serre.

Des initiés de l'industrie du cannabis anticipent « plusieurs » faillites d’ici la fin de l’année.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Après un boom dans l’industrie du cannabis au Canada, l’heure est au ménage : des initiés du secteur estiment que « plusieurs » entreprises disparaîtront d’ici la fin de l’année.

Déjà deux entreprises canadiennes, AgMedica et Wayland, se sont mises à l’abri de leurs créanciers le mois dernier.

D’autres cherchent également une porte de sortie, en espérant être rachetés par leurs concurrents. Certains producteurs, en quête de liquidité, proposent de vendre leurs équipements et leurs serres.

Il y aura certainement d’autres faillites. Des banques nous ont approchés pour acquérir au rabais leurs actifs dévalorisés.

Greg Engel, chef de la direction, Organigram

Mais dans le contexte actuel où l’accès au capital est limité, ces propositions ne sont très souvent pas attrayantes, affirme Greg Engel, chef de la direction d’Organigram, un producteur de cannabis de Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Des plantes de cannabis étalées sur plusieurs étagères.

Des employés travaillent dans l'usine de cannabis d'Organigram, située à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Rishi Malkani, associé responsable du secteur du cannabis chez Deloitte Canada, estime que plus d’une douzaine d’entreprises se retrouveront à court d’argent dans les six à douze prochains mois, sans vouloir donner d’exemples précis.

Des audits teintés de subjectivité et le battage médiatique par plusieurs joueurs dans l’industrie ont eu pour effet de refroidir bon nombre d'investisseurs, selon lui.

Les investisseurs sont beaucoup plus critiques. La majorité des entreprises de cannabis canadiennes ne sont toujours pas rentables et plusieurs d'entre elles ont déjà brûlé leurs réserves d'argent, explique-t-il.

Rishi Malkani devant un fond vert.

Rishi Malkani, associé responsable du secteur du cannabis chez Deloitte Canada.

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

Nous voyons maintenant les gestionnaires solides se distinguer des compagnies dont la valeur ne découlait que de l’hystérie, affirme M. Engel. Son entreprise, Organigram, fonctionne toujours à perte, mais a plus que doublé ses revenus au premier trimestre de 2020, selon les états financiers présentés la semaine dernière.

2019, année terrible pour le cannabis

La surproduction, la baisse des prix et le déploiement très lent des magasins, notamment en Ontario, ont contribué à de faibles revenus pour la plupart des producteurs de cannabis autorisés l’an dernier.

Il existe en ce moment dans le marché canadien quelque 200 entreprises de cannabis qui se sont partagé des ventes annuelles d’environ un milliard de dollars.

Même les plus grands producteurs comme Canopy Growth et Hexo, qui desservent notamment la SQDC et la Société ontarienne du cannabis, sont dans le rouge, avec des pertes qui se sont creusées au dernier trimestre de 2019.

Ce que ça prend, c'est plus de magasins pour satisfaire la demande. On parle encore de lignées, des files d'attente, affirme Sébastien St-Louis, cofondateur et PDG d’Hexo, qui a ses installations à Gatineau et dans la région d’Ottawa.

Je parle de centaines de magasins, même de milliers, au Canada.

Sébastien St-Louis, président-directeur général, Hexo Corp
Sébastien St-Louis devant des bureaux et des images de plantes de cannabis affichées sur le mur.

Sébastien St-Louis, cofondateur et président-directeur général du producteur de cannabis Hexo.

Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle

Malgré sa dégringolade boursière et ses résultats financiers qui laissaient à désirer, le PDG d'Hexo vise la rentabilité cette année, bien que des éléments hors de son contrôle risquent de lui mettre des bâtons dans les roues.

Jordan Sinclair, de Canopy Growth à Smiths Falls, en Ontario, fonde ses espoirs sur la décision du gouvernement de Doug Ford d’ouvrir le marché de la vente au détail dans la province. Nous amorçons 2020 sur une note positive, alors que le gouvernement ontarien adopte une approche de marché libre et se défait du système de loterie, affirme le directeur des communications.

Toute l’industrie a poussé un soupir de soulagement après cette annonce, dit-il.

Des carrés de chocolat au sel de mer et infusés de cannabis disposés dans un bol blanc.

Du chocolat infusé au cannabis est fabriqué par Canopy Growth dans l'ancienne usine Hershey à Smiths Falls, en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Plusieurs producteurs espèrent que les produits de cannabis comestibles serviront de bouée de sauvetage au marché légal, bien que plusieurs provinces aient retardé leur vente après ladite légalisation 2.0 en octobre dernier.

De son côté, l’expert Rishi Malkani se dit prudemment optimiste.

Les attentes des investisseurs sont élevées. Il faudra livrer la marchandise, dit-il.

Encore faudra-t-il surmonter une vague de recours collectifs aux États-Unis qui visent notamment Canopy Growth, Hexo et la compagnie Aurora Cannabis d'Edmonton, un processus qui pourrait s'avérer coûteux et s'étirer sur plusieurs années.

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