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La course à obstacles du vaccin contre l'Ebola

Un homme se fait vacciner.

Malgré un vaccin expérimental contre l'Ebola, les travailleurs humanitaires se butent à un sentiment de méfiance dans la population.

Photo : Associated Press / Al-hadji Kudra Maliro

Radio-Canada

Les scientifiques canadiens ont fait face à un budget limité du fédéral et à l’indifférence du secteur privé pour mettre au point le vaccin contre l’Ebola, qui aurait pu arriver bien avant. C’est ce que révèle une étude (Nouvelle fenêtre) publiée jeudi dans le Journal of Law and the Biosciences de l'Université d'Oxford.

Le professeur de droit Matthew Herder, de l’Université Dalhousie, l’a coécrite à partir de centaines de documents obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l’information du Canada.

Non seulement le secteur privé a été inutile au développement du vaccin, mais il l’a même possiblement ralenti, écrit-il dans son analyse.

C’est seulement lorsque l’épidémie a éclaté en 2014 qu’il a fait l’objet d’intérêt public, déplore Matthew Herder.

Pour étudier les débuts de la recherche sur le vaccin, il faut remonter deux décennies.

À cette époque, le monde n'avait pas encore connu la forte épidémie de la maladie mortelle qui a commencé en 2014, lorsque le virus a ravagé l’Afrique de l’Ouest en causant la mort de 11 000«  personnes.

Selon les documents acquis par Matthew Herder, il y avait tout de même un certain intérêt commercial à créer un vaccin contre l’Ebola dans les années 2000, qui s’est accentué quelques années avant l’épidémie majeure.

Les scientifiques du Laboratoire national de microbiologie (LNM), situé à Winnipeg, ont donc persisté dans leur travail d'élaboration du vaccin, malgré les fonds limités. Ils sont allés jusqu'à élaborer eux-mêmes de 1000 à 2000 doses pour les essais cliniques.

En 2006, l'entreprise américaine BioProtection Systems (qui est ensuite devenue NewLink Genetics) s’est proposée pour commercialiser le traitement.

« Il y a très peu de preuves dans les documents que la compagnie ait fait autre chose que participer aux réunions », affirme toutefois Matthew Herder, qui a analysé une copie du contrat entre l’Agence de la santé publique du Canada et l’entreprise.

NewLink Genetics n’a pas répondu aux demandes d’entrevues de CBC/Radio-Canada.

La persévérance d’une chercheuse

Les documents obtenus par Matthew Herder montrent qu’en 2010 les chercheurs du LNM songeaient à laisser tomber le projet en raison du manque de fonds et du départ de certains chercheurs du laboratoire.

Judie Alimonti, chercheuse à contrat au LNM, a alors joué un rôle essentiel, selon Matthew Herder, en reprenant le projet en main.

Sans sa persévérance, le vaccin n’aurait peut-être jamais été élaboré, dit-il.

Malgré ses efforts pour mettre au point le vaccin, son contrat n’a pas été renouvelé. Judie Alimonti a quitté le LNM en 2015 et a succombé à un cancer deux ans plus tard.

Pendant l'épidémie de 2014, le vaccin était « prêt sur une étagère »

Selon un article (Nouvelle fenêtre) du New York Times de 2014 mentionné dans l’étude de Matthew Herder, le vaccin a été prouvé qu'il était efficace à 100 % sur des animaux dès 2004.

Le Canada a alors envoyé 800 doses du vaccin expérimental en Afrique et a poursuivi son soutien aux essais cliniques.

Plus de 120 millions de dollars ont été investis par le gouvernement fédéral, les États-Unis et l’Organisation mondiale de la santé pour soutenir les essais cliniques pendant cette période, d’après les documents.

Pendant ce temps, la compagnie NewLink a vendu le brevet du vaccin au laboratoire pharmaceutique américain Merck pour 50 millions de dollars.

C’est le secteur public, et non Merck, qui a financé les essais cliniques pendant l’épidémie en Afrique de l’Ouest, tout en fournissant l'expertise technique, les ressources humaines et infrastructures nécessaires.

Matthew Herder, professeur de droit de l’Université Dalhousie, coauteur de l'étude

Dans un courriel à CBC/Radio-Canada, la porte-parole de Merck, Elise Giasson, explique qu'après l'acquisition des brevets de NewLink, en 2014, les deux entreprises ont mené « une première phase supplémentaire d'essais cliniques, ainsi que les deuxième et troisième phases ».

Le vaccin, désormais appelé Ervebo, a été approuvé pour la vente commerciale par la Food and Drug Administration et l'Agence européenne des médicaments au cours des deux derniers mois.

Pour Matthew Herder, cet événement clef aurait dû arriver bien avant.

Avec les informations de Kelly Crowe

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