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Claude Castonguay, le « père » de l’assurance maladie, est décédé

Il a aidé à bâtir l’assurance maladie québécoise et a siégé à de multiples commissions et comités gouvernementaux. Il aura été un visionnaire et un critique du système de santé du Québec.

Claude Castonguay, ancien ministre libéral

Claude Castonguay était un ancien ministre libéral.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Claude Castonguay, père de l’assurance maladie québécoise, est décédé à l’âge de 91 ans après un combat contre le cancer.

Né le 8 mai 1929 à Québec, Claude Castonguay étudie à la Faculté des sciences de l’Université Laval de 1948 à 1950. Il étudie ensuite pendant une année à la Faculté des sciences actuarielles de l’Université du Manitoba, devenant l’un des deux premiers francophones actuaires. Il est d'ailleurs fait compagnon de la Society of Actuaries de Chicago en 1958.

Au début des années 1950, il enseigne à l’Université Laval et travaille auprès de la compagnie d'assurance l’Industrielle.

Au milieu de la décennie suivante, il contacte le premier ministre Jean Lesage pour lui proposer de collaborer à la mise sur pied du Régime de rentes du Québec. Ce dernier accepte et Claude Castonguay rejoint un groupe de travail qui soumettra un rapport au cabinet.

J’ai travaillé d’arrache-pied. J’étais très seul. Je ne disposais pas des moyens informatiques qui permettent aujourd’hui de réaliser des calculs très complexes, a-t-il raconté à Pierre Maisonneuve dans le livre Claude Castonguay, un artisan du Québec moderne.

Le 1er janvier 1966, le Régime de rentes du Québec est officiellement mis sur pied après d'âpres négociations avec Ottawa.

La même année, le gouvernement de Daniel Johnson nomme M. Castonguay président de la Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social, dont le rapport sera publié en 1970.

La commission Castonguay-Nepveu propose notamment la mise en place d’un revenu général d’allocations sociales pour les Québécois les moins fortunés et, surtout, la création d’un régime d’assurance maladie obligatoire et universel.

L’assurance maladie apparaît non plus seulement comme un mécanisme de redistribution des revenus, ou comme un moyen de réduire l’insécurité économique causée par la maladie, mais comme une véritable politique de la santé, stipulait le rapport.

Des écarts énormes existaient, racontait M. Castonguay, toujours à Pierre Maisonneuve. Dans certaines parties de Montréal, les taux de mortalité infantile étaient très élevés, les gens n'avaient accès à aucun service de qualité. Pas très loin de là, on trouvait ce qui se faisait de mieux au monde comme médecine dans les hôpitaux affiliés à l'Université de Montréal et à l'Université McGill.

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L’ancien ministre de la Santé Claude Castonguay n’est plus

Vie politique foisonnante

En juin 1969, le gouvernement de l’Union nationale met sur pied la Régie de l’assurance maladie du Québec et soumet un projet de loi en mars 1970.

Le parti perd les élections en avril de la même année, et ce sont les libéraux de Robert Bourassa, avec Claude Castonguay comme ministre de la Santé, de la Famille et du Bien-être social, qui adoptent le régime d’assurance maladie du Québec.

Photographie en noir et blanc de Claude Castonguay.

Claude Castonguay lors d'une tournée du Québec à titre de ministre en 1970

Photo : BAnQ / Fonds Ministère des Communications

Le passage de ce dernier à la vie politique a été inspiré par deux personnalités québécoises pour des raisons opposées : Maurice Duplessis et Jean Lesage.

J’ai vu en lui l’image d’un homme ancré dans le passé, bloquant le progrès, racontait-il à propos du premier. J’ai réagi très fortement à tout ce qui était associé à Duplessis, à toute cette époque.

[Jean Lesage] a beaucoup transformé la fonction publique québécoise en s’entourant de personnes compétentes. Il avait une certaine classe dans tout ce qu’il faisait, dans ses discours, dans son comportement en général. Il était pour moi un modèle.

Claude Castonguay occupe son poste jusqu’en décembre 1970. Il devient ensuite ministre des Affaires sociales jusqu’aux élections de 1973, auxquelles il ne se présente pas.

J’avais fait l’essentiel, ce que je croyais que j’avais à faire et j’ai laissé à d’autres le soin de poursuivre, explique-t-il au micro de Francine Plourde, en 1998, pour l’émission Par les temps qui courent.

Cette fin de participation à la vie politique n'est qu’apparente; M. Castonguay fait par la suite partie de multiples commissions et comités qui conseillent le gouvernement : le Comité de direction pour la révision conjointe du système de sécurité sociale entre 1973 et 1975, le Groupe de travail sur l'urbanisation du gouvernement du Québec de 1974 à 1976 et le Comité d'experts sur l'assurance médicaments en 1995 et en 1996, pour n’en nommer que quelques-uns.

Il aura aussi été membre du conseil d’administration de la Caisse de dépôt et placement du Québec de 1973 à 1978.

Entre septembre 1990 et décembre 1992, Brian Mulroney le nomme sénateur conservateur dans Stadacona.

Claude Castonguay et Philippe Couillard.

Claude Castonguay en compagnie de Philippe Couillard, après avoir reçu l'Ordre national du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Mathieu Belanger

Critique vocal

S’il n’est plus directement actif au sein du gouvernement du Québec, M. Castonguay n'a jamais hésité à émettre certaines critiques envers les gouvernements successifs et envers les titulaires du ministère de la Santé.

Il l'a fait jusqu'à tout récemment. Dans une lettre ouverte publiée le 1er novembre 2020 dans La Presse+, il admettait s'être rendu à l'évidence que son âge l'avait rattrapé. J’ai perdu une grande partie de mon énergie et mon équilibre est de plus en plus chambranlant. À tel point que je ne me sens plus en mesure de générer l’effort que requiert la rédaction de chroniques périodiques, écrivait-il.

Dès 1998, toujours à l’émission Par les temps qui courent, M. Castonguay se fait critique du système de santé qu’il a contribué à bâtir.

Notre système de santé est devenu victime de son succès et est devenu une sorte de vache sacrée où tout changement est vu avec méfiance, juge-t-il, qualifiant le système de très bureaucratisé et le considérant comme ayant besoin de changements profonds.

On le voit, le gouvernement n'a plus de marge de manœuvre, expliquait-il en 2006. Les dépenses de santé augmentent plus vite que les revenus […], les budgets de la santé grugent sur les budgets des autres ministères constamment. […] Il faut trouver une nouvelle source de financement.

En 2008, il fournit un rapport au gouvernement du Québec sur la réforme du financement du système de santé. Dans ce document, M. Castonguay rejette la notion de ticket modérateur pour contrôler le nombre de visites à l’hôpital par citoyen, idée qu’il avait aussi balayée du revers de la main en 1970, mais avec laquelle il avait publiquement jonglé en 2006 devant les difficultés de financement du système.

Claude Castonguay lors d'une conférence de presse à Québec.

Claude Castonguay en 2008, à l'époque où il présidait un groupe de travail sur le financement du système de santé.

Photo : Reuters / Mathieu Belanger

M. Castonguay qualifiait alors le système public de santé de gouffre financier.

Lors du conflit étudiant de 2012, Claude Castonguay avait demandé au gouvernement de faire preuve d’ouverture et de nommer un médiateur pour gérer la crise.

En 2014, il avait exigé la démission d’Yves Bolduc, qui était au cœur d’une affaire de prime reçue à titre de médecin alors qu’il était député dans l’opposition.

En 2018, il était sorti avec fracas contre l’entente avec les médecins spécialistes conclue par le gouvernement de Philippe Couillard.

Je n’en reviens pas d’entendre le premier ministre dire des âneries semblables, avait-il déclaré à propos des estimations de M. Couillard, qui affirmait que les Québécois économiseraient 3 milliards de dollars.

Il avait dans la même entrevue réclamé la démission du ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette.

Lors de l’élection provinciale de 2018, M. Castonguay avait invité les chefs à se lancer dans un « débat d’idées » plutôt que dans « des avalanches de promesses ».

Je ne voyais pas M. Lesage annoncer que les prix de stationnement seraient inférieurs. Je ne voyais pas Robert Bourassa discuter de la qualité des repas des jeunes dans les écoles.

Claude Castonguay en 2018

Claude Castonguay a été décoré de l’Ordre du Canada en 1974 et fait officier puis grand officier de l’Ordre national du Québec respectivement en 1991 et en 2014.

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