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Deux ans après l'arrestation de Bruce McArthur, les plaies sont toujours vives

L'affaire a exacerbé la relation déjà houleuse entre la communauté LGBTQ et la police. Deux ans après, celle-ci s'est-elle améliorée?

Karen Fraser et Ron Smith, les propriétaires de la maison au 53 Mallory Crescent.

Karen Fraser et Ron Smith, les propriétaires de la maison au 53 Mallory Crescent.

Photo :  CBC / Angelina King

Natasha MacDonald-Dupuis

La police de Toronto a soutenu pendant près de 10 ans qu'il n'y avait pas de tueur en série dans le village gai. Le 18 janvier 2018, elle change de son de cloche. Un dénommé Bruce McArthur est arrêté.

C'était l'horreur et la consternation au sein de la communauté LGBTQ, qui implorait la police d'enquêter sur des cas de disparition dans le quartier gai depuis plusieurs années.

Après l'arrestation de Bruce McArthur, un scénario effarant s'est lentement et douloureusement dessiné. De semaine en semaine, de plus en plus de restes humains sont délicatement extirpés du sol. Certains étaient enfouis depuis 2011.

On voit une illustration judiciaire de l'assassin Bruce McArthur en train d'écouter le réquisitoire de la Couronne sur la détermination de sa peine.

L'assassin Bruce McArthur écoute le réquisitoire de la Couronne sur la détermination de sa peine.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Les enquêteurs ont travaillé jour et nuit pour résoudre cet immense casse-tête.

Enfin, le constat final est tombé. Pendant plus de huit ans, l'ex-jardinier Bruce McArthur a tué, démembré et enfoui les corps de huit hommes gais, notamment dans des bacs à fleurs. Sous le nez de ses proches, de ses clients et même de la police.

Ça n'aurait jamais dû s'étirer aussi longtemps. Les policiers n'ont fait leur travail qu'après la mort de huit hommes.

Nicole Borthwick, amie de trois victimes de Bruce McArthur

Au terme de son procès, Bruce McArthur a été condamné en février 2019 à la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans, à l'âge de 91 ans. Des proches des victimes, dont Nicole Borthwick, étaient déçus.

Ça nous empêche de tourner réellement la page, dit-elle. Selon elle, l'homme de 68 ans aurait dû écoper de huit peines consécutives, pour chaque homme qui a perdu la vie.

Une femme parle a plusieurs micros.

Nicole Borthwick, une amie de trois victimes de Bruce McArthur, s'était insurgée à l'extérieur du palais de justice après sa condamnation.

Photo : Radio-Canada

Nicole Borthwick estime que le lien de confiance est toujours brisé entre la police et la communauté LGBTQ, parce qu'elle n'en a pas fait assez pour protéger le public du tueur en série.

Elle concède toutefois que la police de Toronto a admis certains torts et fait beaucoup d'efforts depuis pour se rapprocher de la communauté.

Je ne peux porter ce deuil avec moi toute ma vie. Je dois tenter d'avancer, car il reste tellement de luttes pour la communauté LGBTQ, dit-elle.

Un sentiment de sécurité « brisé »

Pour le pasteur de l'Église communautaire métropolitaine, Jeff Rock, qui est gai, la plaie est encore vive. Ça a vraiment détruit le sentiment de sécurité que nous procurait le village gai.

L'arrestation de Bruce McArthur n'a fait que confirmer ce qu'on savait déjà depuis longtemps. Les huit vies qui ont été perdues, c'était pour la plupart des gens connus dans la communauté.

Jeff Rock, pasteur gai

Avec le recul, l'homme de foi voit toutefois des lueurs d'espoir. La tragédie a forcé le public à entretenir une conversation franche sur l'homophobie et le racisme.

Un jeune prêtre.

Le pasteur de l'église communautaire métropolitaine, Jeff Rock.

Photo : CBC

La plupart des victimes de Bruce McArthur étaient originaires du Moyen-Orient et d'Asie du Sud. Certains n'étaient pas ouvertement gais, souligne-t-il.

Ça a permis d'exposer l'homophobie qui règne dans certaines communautés, mais aussi le racisme en général. De nombreux acteurs ont en effet dénoncé le racisme, tant au niveau de la police qu'au sein même de la communauté.

Malgré les critiques entourant le travail de la police dans l'affaire Bruce McArthur, le gouvernement de Doug Ford a refusé de tenir une enquête publique sur le tueur en série et les ratés possibles dans l'investigation des policiers.

Le pasteur Rock dit travailler avec la police de Toronto pour organiser des consultations publiques afin d'améliorer la relation entre le public et la police.

Une cérémonie à la mémoire des victimes

Une cérémonie s'est tenue samedi matin à Toronto pour rappeler le triste anniversaire de l'arrestation de Bruce McArthur.

La propriétaire de la maison du quartier Leaside où les huit victimes ont été retrouvées, Karen Fraser, a organisé ce rassemblement pour ne pas oublier et pour que tous ceux qui ont été touchés par la tragédie puissent souligner ce jour ensemble. Ça ne sera jamais fini, c'est une de ces choses qui marquent les gens, a-t-elle déclaré.

Ils veulent un endroit où mettre leurs sentiments lorsqu'ils se remémorent. Et nous ne voulons pas non plus que les familles pensent que tout le monde a juste oublié ce qui s'est passé. Il doit y avoir un moment pour de telles tragédies, explique-t-elle.

Des musiciens ont bravé la neige pour commémorer l'arrestation du tueur en série Bruce McArthur.

Des musiciens ont bravé la neige pour commémorer l'arrestation du tueur en série Bruce McArthur devant la maison où ses victimes ont été retrouvées.

Photo : CBC / Angelina King

Une vingtaine de personnes ont participé à cette cérémonie au cours de laquelle les noms des huit victimes ont été lus.

« Nous sommes un. Nous sommes la façon dont nous nous traitons lorsque la journée est terminée », peut-on lire sur en anglais sur la porte du garage de la maison où ont été retrouvées les victimes.

Un artiste local a peint des paroles de la chanson Nothing More du groupe The Alternate Routes : « Nous sommes un. Nous sommes la façon dont nous nous traitons lorsque la journée est terminée », peut-on lire sur en anglais sur la porte du garage de la maison où ont été retrouvées les victimes.

Photo : CBC / Aneglina King

Mme Fraser espère qu’une plaque commémorative sera installée de l'autre côté de la rue, devant sa maison, soulignant que des personnes continuent de venir se recueillir à la mémoire des victimes.

Pour les communautés LGBTQ, la communauté trans, il n'y a pas beaucoup de monuments commémoratifs pour les gens qui sont morts tragiquement à cause de la haine, à cause des systèmes qui ne prêtent pas attention, a renchéri Haran Vijayanathan, directeur général de l'Alliance d'Asie du Sud pour la prévention du sida (ASAAP).

Donc une plaque, ça permet de reconnaître les individus et de transformer l'espace en quelque chose de plus positif, un endroit où les gens peuvent venir chercher refuge et réfléchir s'ils en ont besoin.

Haran Vijayanathan, directeur général de l'Alliance d'Asie du Sud pour la prévention du sida
Haran Vijayanathan sous la neige dehors.

Haran Vijayanathan est directeur général de l'Alliance d'Asie du Sud pour la prévention du sida (ASAAP).

Photo : Radio-Canada

Une plaque serait un rappel permanent que cette tragédie s'est produite et peut potentiellement se reproduire si nous n'apportons pas de changement, estime-t-il.

Avec des informations de Myriam Eddahia

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