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Des élèves de Saint-Honoré au cœur d’un documentaire sur la cyberintimidation

Un jeune garçon regarde son téléphone cellulaire.

Photo : iStock

Mélyssa Gagnon

Des élèves du Séminaire des Pères Maristes de Québec et une classe de sixième année de l’école primaire La Source de Saint-Honoré, au Saguenay, ont uni leurs forces pour développer un projet télévisuel qui permettra de sensibiliser les enfants et leurs parents aux conséquences désastreuses de la cyberintimidation.

L’initiative, chapeautée par le Centre Cyber-aide de Québec, donnera lieu à la création d’un docufiction, qui pourrait éventuellement être diffusé dans toutes les écoles de la province.

Le sextage et la textopornographie sont deux néologismes utilisés de plus en plus fréquemment dans le langage québécois. Ils résument des formes de cyberintimidation découlant du partage de photos et de vidéos osées par messagerie texte ou par l’entremise des réseaux sociaux.

Des élèves assis dans la bibliothèque de l'école La Source.

Les jeunes de l'école La Source ont livré des témoignages au sujet de leur utilisation des réseaux sociaux et ont échangé sur les moyens à prendre pour dénoncer la cyberintimidation.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Des données de 2018 colligées par des chercheurs de l'Université Laval démontrent que près de 13 % des adolescents ont reçu une demande d'envoi de photos inappropriées au moins une fois et 77 % d'entre eux ont décliné la demande. Cependant, près du quart ont accepté. Des enfants de moins de 12 ans envoient ce type de matériel à des jeunes qu'ils connaissent, mais aussi à des inconnus.

Cette pratique est devenue un phénomène que tentent d’éradiquer les milieux scolaires, avec l’appui de Cyber-aide. L’organisme national met en place des outils de prévention à l’hypersexualisation, à la cyberdépendance et à la cybercriminalité.

Personnellement, j’ai déjà reçu une image comme ça. Puis, je regrette, mais je n’en ai parlé absolument à personne, révèle Zack Bougie, un élève de sixième année de l’école La Source.

Je connais une situation où quelqu’un a déjà vécu ça et ça a mené à de graves conséquences, renchérit sa camarade Stessy Casey.

Monica Bouchard derrière son bureau.

L'éducatrice spécialisée Monica Bouchard est la bougie d'allumage du projet, qui a réuni des élèves de sixième année de Saint-Honoré et des jeunes de quatrième secondaire du Séminaire des Pères Maristes de Québec.

Photo : Radio-Canada

Les parents savent pertinemment que l’échange de matériel inapproprié sur la toile est à la fois grave et illégal. Leurs enfants, qui se retrouvent parfois avec un appareil électronique entre les mains dès l’âge de 8 ans, l’ignorent toutefois la plupart du temps.

Depuis quelques années, on doit faire face à ce phénomène-là de plus en plus dans nos classes. Même si ça se passe souvent en dehors des heures d’école […]. Quand l’enfant se fait envoyer des messageries désagréables via les réseaux sociaux, ça a un impact le lendemain lorsqu’il revient à l’école parce que c’est le même jeune de l’école qui a été désagréable avec lui et là il le rencontre dans les corridors de l’école ou le voit dans sa classe, témoigne l’éducatrice spécialisée à l'école La Source, Monica Bouchard.

Empa-TIC

Le Centre Cyber-aide a développé un outil, Empa-TIC, qui a pour but de sensibiliser parents et personnel scolaire aux conséquences vécues par les victimes de cyberintimidation. La semaine dernière, les élèves de sixième année de l’école La Source ont eu droit à un atelier de sensibilisation et ont rempli un questionnaire de façon anonyme.

Leurs témoignages serviront à la portion documentaire du projet réalisé par le Centre Cyber-aide, avec la collaboration des jeunes de quatrième secondaire du Séminaire des Pères Maristes. Ils tourneront aussi une minifiction dans le cadre de leur cours de cinéma.

Élèves du primaire possédant un appareil pouvant recevoir et envoyer des textos

2013 : 61 %

2015 : 76 %

2017 : 79 %

Source : Portrait de la violence dans les établissements d’enseignement du Québec, Rapport du groupe SÉVEQ , 2018

On y verra une jeune victime dont les parents sauront comment intervenir en cas de réception de photos, de vidéos ou de commentaires désobligeants. Le document sera diffusé par l’entremise du compte YouTube du Centre Cyber-aide au printemps.

Parfois, les enfants n’osent pas en parler à leurs parents ou ne savent pas quoi faire quand ils en reçoivent, alors on a décidé de prendre des petits de sixième année qui, quand ils vont avoir un cellulaire et si jamais ils en reçoivent, vont savoir quoi faire.

Cathy Tétreault, directrice générale, Cyber-aide

Les jeunes savent-ils quoi faire ou vers qui se tourner s’ils reçoivent des images ou des messages indésirables?

Cathy Tétreault devant un rayon de livres dans une bibliothèque.

Cathy Tétreault est directrice du centre Cyber-aide.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Selon le sondage mené par Cathy Tétreault à Saint-Honoré, les enfants ont souvent le réflexe d’en discuter avec maman en premier lieu. Le deuxième confident de choix demeure papa.

Ce qui est prioritaire, quand on fait de la prévention au sexting et à la cyberintimidation, c’est qu’il y ait des visites de policiers qui viennent donner des ateliers de prévention dans les écoles. Là, les élèves vont recevoir l’information de leurs parents, de l’école et du policier et ça fait un tout, poursuit la directrice générale, qui en appelle à une présence accrue des policiers communautaires dans les écoles pour agir en amont et écouter les jeunes.

Bougie d’allumage

Sans la curiosité de l’éducatrice spécialisée Monica Bouchard, inspirée par une conférence de Cathy Tétreault, les élèves de l’école La Source n’auraient probablement pas été choisis pour le documentaire, un projet soutenu par le ministère de la Famille et qui rayonnera dans le réseau scolaire québécois.  

Je me suis demandé si, comme elle provenait de Québec, Mme Tétreault faisait parfois des projets avec des gens dans les régions un peu plus éloignées. Je l’ai contactée et elle m’a dit qu’elle n’avait jamais fait ça, mais qu’elle allait penser à quelque chose.

Monica Bouchard, éducatrice spécialisée

Les élèves du Séminaire des Pères Maristes sont venus passer deux jours à Saint-Honoré pour recueillir les témoignages des écoliers de La Source. Le rôle de mentors qu’ils ont joué auprès de leurs jeunes protégés se poursuivra dans le temps, puisque l’outil qu’ils développeront servira à les placer à l’abri des internautes malveillants.

Le groupe devant un rayon de livres dans la bibliothèque de l'école La Source de Saint-Honoré.

Édouard Guérette et Jade Huard, deux élèves de quatrième secondaire du profil créatif au Séminaire des Pères Maristes, vont travailler au projet de documentaire sur la cyberintimidation piloté par leurs enseignants Anne-Marie Gosselin et Maxime Lehoux.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

On trouvait que ça pouvait nous rejoindre vraiment beaucoup ce projet-là, avec les élèves qu’on a, une cohorte de quatrième secondaire qui est super motivée et qui est assez mature pour faire ce genre de projet, note Maxime Lehoux, enseignant en cinéma au Séminaire des Pères Maristes.

Il a vu juste, puisque son groupe s’est lancé corps et âme dans le projet.

Nous, on aurait aimé ça avoir cette aide-là quand on était jeunes. Je pense que c’est vraiment intéressant.

Jade Huard, élève du Séminaire des Pères Maristes

Je n’ai jamais été victime de cyberintimidation, mais il y en a eu beaucoup autour de moi, dans mon entourage. C’est pour ça que c’est important pour moi de développer un bon outil qui va vraiment sensibiliser tout le monde à ce très grave problème-là, affirme son camarade de classe Édouard Guérette.

Les élèves de l’école La Source ont tiré profit de l’expérience et sont en voie de devenir des ambassadeurs du cybercivisme.

J’aime beaucoup faire ça parce que si on subit de la cyberintimidation, on va savoir comment faire pour régler ça. Ce que je ferais, c’est que je dénoncerais. J’essaierais le plus possible d’empêcher ça et de protéger la personne concernée.

Elliot Gagnon, élève de l'école La Source

Cathy Tétreault invite les parents à réfléchir aux notions qu’il est nécessaire d’inculquer à leur progéniture le moment venu d’ouvrir la porte aux écrans.

Une caméra avec des intervenants en arrière-plan.

Le documentaire d'une vingtaine de minutes comportera un volet mini-fiction et sera diffusé sur YouTube au printemps. Il s'agit d'une première au Québec.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Il faut, en tant que parent, se dire : "Si je donne accès à un cellulaire, à un iPod, à une tablette à mon enfant, voici ce qu’il doit savoir". Et c’est ça que je ne suis pas certaine que tous les parents sachent, remarque-t-elle.

Avec l’adoption du projet de Loi 56 pour contrer la violence et l’intimidation à l’école, les jeunes victimes de cyberintimidation peuvent maintenant dénoncer de façon tout à fait anonyme. Le Centre Cyber-aide les invite d’ailleurs à agir rapidement en parlant à un adulte de confiance.

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Saguenay–Lac-St-Jean

Éducation