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Syrie : « Ils ont effacé les rêves de mes enfants », dénonce un rapport de l'ONU

Ils se tiennent à une corde.

Des enfants qui ont fui la ville de Raqqa se tiennent près de leur tente dans la province de Ras-al-Aïn, en Syrie.

Photo : Reuters / Rodi Said

La Commission indépendante d'enquête de l'ONU sur la Syrie dénonce dans un rapport accablant de 25 pages les multiples violations perpétrées par toutes les parties du conflit sur des millions d'enfants.

Intitulé « Ils ont effacé les rêves de mes enfants », ce document à l'initiative du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, est le fruit d'une enquête sur les violations du droit international commises sur les enfants en République arabe syrienne, depuis mars 2011.

Je suis consterné par le mépris flagrant des lois de la guerre et de la Convention relative aux droits de l'enfant, par toutes les parties impliquées dans le conflit, déplore Paulo Pinheiro, président de la Commission d'enquête.

Ils ont été privés de leur enfance. C'est une tragédie qui va durer des années!

Paulo Pinheiro

Au moment de la rédaction du rapport, environ cinq millions d'enfants avaient besoin d'une forme d'aide humanitaire, alors même que près d'un demi-million d'entre eux se trouvaient dans des zones difficilement accessibles.

Ces enfants, en raison de leur exposition répétée à l'insécurité et à différentes formes de violence, portent les stigmates traumatiques de la brutalité de la guerre.

Certains témoignages, recueillis par la Commission, brossent le tableau saisissant de ce qui a été, et continue d'être. Parmi eux, celui d'une mère, Rif Damas, qui a décrit à la Commission de quelle façon sa fille de 10 ans a rédigé son testament croyant mourir de faim.

L'un des enfants est dans les bras de la femme, au centre de la  photo.

Une femme et trois enfants à l'extérieur d'une tente d'un camp de réfugiés à Ain Issa, en Syrie.

Photo : Reuters / Erik de Castro

Impunité dans l'hostilité : une myriade de violations

Avec la récurrence des opérations aériennes et des offensives terrestres, les pertes civiles n'ont cessé d'augmenter à mesure que le conflit prenait de l'ampleur.

Un grand nombre enfants ont été tués par l'utilisation d'armes à sous-munitions, de bombes thermobariques, de munitions improvisées et d'armes chimiques, souvent lancées contre des infrastructures civiles, comme les écoles et les hôpitaux.

À l'instar des forces gouvernementales syriennes qui ont mené, le 26 octobre 2016 à Haas, une série de frappes aériennes visant un complexe d'écoles et tuant au total 36 civils, dont 21 enfants. Un médecin a également indiqué qu'au moins un enfant était blessé chaque jour par des tireurs d'élite, en octobre 2013, à Alep.

À cette violence armée s'ajoute indubitablement la violence sexuelle, utilisée comme un outil pour inspirer la peur, humilier et punir – ou dans le cas des groupes terroristes comme l'élément de l'ordre social qu'ils imposent.

La Commission rapporte qu'en 2013, une jeune étudiante a été violée à un poste de contrôle, car son frère s'était joint aux combattants de l'opposition. Dans un autre cas, la fille de neuf ans d'un homme soupçonné d'être une membre d'un groupe armé a été violée, en même temps que tous ses proches.

Les femmes et les filles semblent alors être prises pour cible sur la base de leur sexe, et seraient ainsi soumises à une violation sexuelle qui plus est sexiste – le plus souvent accompagnée de vengeance, de sectarisme ou d'exploitation.

L'officier a pris deux filles, a maintenu leur visage sur le bureau et les a violées à tour de rôle. Elles ont essayé de résister, mais elles n'ont rien pu faire. L'officier m'a alors dit : "Vous voyez ce que je leur fais, je vais faire ça à votre femme et votre fille."

Détenu masculin, Service de la sécurité politique de Damas

Les enfants ont également été utilisés dans une variété de rôles non armés, notamment comme cuisiniers, porteurs et informateurs, tandis que d'autres ont servi comme monnaie d'échange contre des prisonniers.

Les plus tenaces ont été déployés sur le champ de bataille dans des rôles de combattants, comme l'explique un homme associé à un groupe armé, à Dar'a : Les plus jeunes sont très bons. Ils se battent avec enthousiasme et sont intrépides [...] Ceux âgés de 14 à 17 ans sont en première ligne.

Néanmoins, la Commission rapporte que les enfants auraient été recrutés puis enrôlés de force après avoir été témoins d'actes de violence infligés à leur entourage, par des parties belligérantes.

Certains d'entre eux ont même été contraints de jouer le rôle d'exécuteur, et d'infliger à leur tour des tortures à d'autres détenus. Une personne interrogée, détenue en 2014 et placée à la Direction de la sécurité de Qamishli, a décrit comment un garçon de 16 ans a été contraint d'électrocuter les organes génitaux d'un autre détenu, mentionne le rapport.

Des enfants font la queue pour monter dans un toboggan.

À ce jour, plus de 2,1 millions de filles et de garçons en Syrie ont cessé de fréquenter régulièrement l'école.

Photo : Reuters / Bassam Khabieh

Une éducation belliqueuse

Les attaques répétées contre les édifices scolaires auxquelles s'agrègent l'effondrement complet du système éducatif, ont réduit considérablement les perspectives d'avenir pour les enfants.

L'éducation ininterrompue est un vrai problème. Il y a des adolescents de 15 ou 16 ans qui sont analphabètes, rapporte un habitant d'Idlib.

Tout récemment, la Commission a reçu des informations selon lesquelles 70 écoles auraient été détruites lors des hostilités à Idlib, privant plus de 200 000 élèves de l'enseignement scolaire. D'autres bâtiments similaires ont été vandalisés et utilisés à des fins militaires comme des casernes, des bases temporaires ou des sites de lancement.

Depuis le début du conflit, des enseignants ont également été enlevés, blessés et tués pour appartenance présumée à des groupes armés. Cela a conduit à un vide éducatif systémique.

À ce jour, plus de 2,1 millions de filles et de garçons en Syrie ont cessé de fréquenter régulièrement l'école, alors même que certaines classes comptent 120 enfants d'âges et de niveaux scolaires différents.

Entre rapatriement et déchéance de nationalité

Parmi les recommandations proposées au gouvernement, la Commission exhorte les pays d'origine des combattants étrangers de prendre des mesures immédiates pour simplifier l'enregistrement de leurs ressortissants nés en Syrie, dans le but ultime de les rapatrier le plus rapidement possible – eux et les personnes qui s'occupent d'eux – et compte tenu du principe de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les pays d'origine devraient également s'abstenir de priver les parents de leur nationalité compte tenu de l'impact sur les enfants.

La commissaire Hanny Megally, qui a participé au rapport, s'est d'ailleurs insurgée de l'utilisation viciée du droit international [humanitaire et des droits de l'homme] : Les États ont des obligations bien définies de protéger les enfants, y compris contre l'apatridie. Ne pas respecter ces principes fondamentaux constituerait une dérogation claire à cette obligation.

Comme le souligne le Conseil de sécurité de l'ONU dans sa résolution 1261, les parties à un conflit armé doivent prendre les mesures possibles pour réduire au minimum les souffrances des enfants. Il semblerait toutefois que le droit des enfants – dans sa globalité et son effectivité – ait été refusé, de manière flagrante, par l'ensemble des acteurs du conflit syrien.

Les résultats de ce rapport sont donc préjudiciables à la survie et au développement des enfants, et les exposent à des formes supplémentaires de violence et d'exploitation : Cela affectera gravement un certain nombre de générations ce qui aura des répercussions sur leur capacité à exercer leurs droits et à contribuer positivement aux communautés et aux sociétés à l'avenir.

Les informations contenues dans le rapport « Ils ont effacé les rêves de mes enfants » sont basées sur environ 5000 entretiens réalisés entre 2011 et octobre 2019 avec des enfants syriens ainsi qu'avec des témoins oculaires, des survivants, des parents de survivants, des professionnels de la santé, des membres des groupes armés, des avocats et des membres des communautés touchées.

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