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Pour aider les Inuit à faire face à la violence, la police doit briser la glace

Un poing serré au premier plan et une femme assise, tête baissée, en arrière plan.

Les femmes inuit sont plus touchées par la violence que la moyenne des femmes canadiennes, selon l'étude.

Photo : Pixabay / Alexandra Fotos

Afin de lutter contre la violence faite aux femmes inuit, il est nécessaire que les agents de police de la région Inuit Nunangat se rapprochent de ces communautés autochtones, soutient un rapport (Nouvelle fenêtre) publié jeudi par l’organisation nationale Pauktuutit Inuit Women of Canada.

Pour en arriver à cette conclusion, l’organisme a mené une étude avec l’Université du Manitoba dans les quatre secteurs de la région Inuit Nunangat : la région désignée des Inuvialuit, le Nunavut, le Nunatsiavut et le Nunavik.

Carte du nord du Canada où sont situées les quatre régions du secteur Inuit Nunangat.

Cette carte représente les quatre régions inuit du Canada : la région désignée des Inuvialuit, dans les Territoires du Nord-Ouest, le territoire du Nunavut, le Nunavik, dans le Nord-du-Québec, et le Nunatsiavut, dans le nord du Labrador.

Photo : Inuit Tapiriit Kanatami

Au total, 45 femmes inuit et 40 fournisseurs de services, dont des policiers, ont été interrogés. L’étude portait sur les violences subies par les femmes dans cette région et sur les défis rencontrés lors des interventions policières.

Résultat : des barrières systémiques séparent les forces de l'ordre des femmes inuit, ce qui complique notamment le processus de plainte lorsqu'il y a des agressions.

Les policiers sont des forces [qui arrivent de] l'extérieur, mais il faut qu’ils changent de pratique et prennent part à la communauté, lance Elizabeth Comack, professeure en sociologie et en criminologie à l’Université du Manitoba, une des chercheuses responsables de l'étude.

À l’écart des communautés

La plupart des policiers admettent leur manque de connaissance des populations inuit, affirme Rebecca Kudloo, la présidente de l'organisme Pauktuutit Inuit Women of Canada.

Elle dit avoir été agréablement surprise de l’ouverture et de l’aide des agents, qu’il s’agisse des chefs de polices ou de membres réguliers.

Les policiers ont peu été entraînés pour faire tomber ces barrières culturelles avec des victimes de violences.

Rebecca Kudloo, présidente, Pauktuutit Inuit Women of Canada

Les ressources humaines et les formations manquent également à l’appel, selon les policiers.

Parmi les 150 agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au Nunavut, 3 % sont Inuit, une situation problématique, selon l’organisme Pauktuutit.

Elizabeth Comack ajoute que la langue est une barrière très importante. Elle prend l’exemple du Nunavik, où les policiers parlent le français et où les femmes inuit ont l’inuktitut comme première langue. La communication entre les deux groupes se fait en anglais.

Essayer d’expliquer ce qu’il se passe dans une autre langue, c’est difficile. Raconter une agression sexuelle dans une seconde langue, c’est un défi considérable pour ces femmes.

Elizabeth Comack, professeure en sociologie et en criminologie, Université du Manitoba

Les femmes inuit, particulièrement sujettes aux violences

Elizabeth Comack étudie depuis près d’une décennie les problématiques liées aux populations autochtones. Selon elle, les femmes inuit sont sous-représentées dans les recherches.

Je pense que la plupart des Canadiens ont une mauvaise compréhension de ce qu’il se passe dans le Nord.

Elizabeth Comack, professeure en sociologie et en criminologie, Université du Manitoba

Au Nunavut, une femme court pourtant 13 fois plus de risques de subir des violences que la moyenne des Canadiennes, souligne l’étude.

C’est choquant, affirme la chercheuse en sociologie, qui dit avoir beaucoup appris en collaborant à cette étude. Elle espère que les recommandations qui ont été faites pourront améliorer le sort de ces femmes.

Des recommandations

L’étude, financée par un programme de Sécurité publique Canada, avait pour but d'élaborer des recommandations pour mettre en place un plan d’action.

Quinze recommandations ont été publiées dans le rapport pour aider les policiers à prendre part à la communauté, en position de collaborateurs alliés .

Parmi ces recommandations figurent une meilleure formation sur l’histoire et la culture inuit, ainsi que sur les dialectes locaux, la présence de femmes policières lors du processus de collecte des déclarations d’agressions et une ouverture des postes civils aux Inuit.

On encourage les forces de police à travers le pays à intégrer des formations culturelles, élaborées et données par des Inuit, précise Rebecca Kudloo.

Dans la foulée de la publication du Rapport d’enquête national sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, Elizabeth Comack a bon espoir que ces recommandations seront entendues et aideront à améliorer la situation.

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