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Pourquoi les Gaspésiens paient-ils leur essence plus cher que les autres?

Un pistolet à essence dans une voiture.

L’écart des prix à la pompe entre la Gaspésie et le reste du Québec s’est accentué en 2019, selon la Régie de l'énergie.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Deschenes

On apprenait récemment que les Gaspésiens paient leur essence plus cher que les autres automobilistes ailleurs au Québec. Cette situation, dénoncée par plusieurs élus, pourrait s'expliquer par le volume d'essence vendu par les stations-service de la région.

Selon un rapport de la Régie de l'énergie, entre octobre 2018 et 2019, la Gaspésie a été une fois sur trois la région du Québec où le prix de l’essence était le plus élevé.

Si la Régie précise que cet écart ne peut être expliqué par l'éloignement de la région, elle souligne toutefois que les détaillants gaspésiens vendent en moyenne 1,2 million de litres d'essence par an, tandis que les détaillants du reste de la province vendent en moyenne 2,9 millions de litres annuellement.

Ce facteur pourrait expliquer l'écart des prix, selon le conseiller en communication chez CAA Québec, Pierre-Olivier Fortin.

Lorsqu'on est sur un coin de rue passant, là où il passe des milliers de véhicules à Montréal ou à Québec, on a du volume. Les coûts d'exploitation vont être beaucoup moins élevés que si on a une station-service dans un village où on a quelques dizaines de clients à tous les jours, souligne-t-il.

On aime ça avoir une station-service qui a des bonnes heures d'ouverture, c'est pratique, mais ça va faire en sorte que les coûts d'exploitation de ces stations-service-là vont être plus élevés, donc on va payer généralement notre essence plus cher.

Pierre-Olivier Fortin, conseiller en communication chez CAA Québec

L'Association des distributeurs d'énergie du Québec (ADEQ) abonde dans le même sens.

La présidente-directrice générale de l'ADEQ, Sonia Marcotte, avance qu'il peut aussi être plus difficile pour les petits détaillants de profiter des fluctuations du prix à la rampe en commandant de l'essence dès que le prix baisse, puisqu'ils mettent plus de temps à vider leur réservoir.

Une petite station-service à La Martre, en Haute-Gaspésie.

La Régie de l'énergie souligne que la majorité des détaillants gaspésiens sont indépendants et vendent un plus faible volume qu'ailleurs au Québec. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

De plus, le fait que la majorité des détaillants de la Gaspésie sont indépendants permet de croire qu'ils disposent de moins de moyens financiers pour absorber leurs coûts d'exploitation. Cela peut également expliquer en partie pourquoi la marge bénéficiaire des détaillants est plus élevée dans la région.

Or, il n'est pas toujours possible pour un détaillant indépendant de choisir la marge qu'il fera dans une journée.

Aucun des détaillants indépendants contactés par Radio-Canada n'a voulu accorder une entrevue sur le sujet. Deux d'entre eux ont toutefois accepté de nous parler de leur situation.

Filgo, l'opérateur des stations Shell en Gaspésie, nous a adressés à l'ADEQ pour toute question.
Couche-Tard, propriétaire des stations Esso, et Suncor, propriétaire de Petro-Canada, n'ont pas donné suite à nos demandes.

Certains détaillants indépendants affiliés à une grande enseigne, comme Esso, reçoivent tous les matins le prix à afficher à la pompe.

Un détaillant indépendant de Gaspé, affilié à l'enseigne Shell, indique fixer lui-même le prix pour la journée, mais précise qu'il se colle au prix des stations-service avoisinantes pour attirer sa clientèle. C'est aussi ce que rapporte un autre détaillant indépendant, situé dans la Baie-des-Chaleurs sous l'enseigne Crevier.

Ces deux détaillants affirment que leur marge bénéficiaire se situe généralement entre 4 et 6 cents le litre. Il leur arrive toutefois, pour afficher un prix équivalent aux autres stations, de ne retirer aucune marge.

Bref, même lorsque les affaires vont bien, elles restent difficiles, selon ces détaillants.

Un panneau indique le prix de l'essence ordinaire et le prix du diesel.

Plus le volume vendu est faible, plus un détaillant aura de la difficulté à choisir le moment où il s'approvisionne en essence.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Prenons l'exemple du détaillant de la Baie-des-Chaleurs.

Dans une très bonne journée, il estime vendre environ 2000 litres d'essence. Avec une marge bénéficiaire de 4 cents, il lui reviendra environ 80 $ ou un peu moins, si les clients ont payé par carte de crédit. Il doit maintenant payer son permis, les taxes municipales, et bien sûr, ses employés, en plus d'entretenir son équipement.

Ce détaillant affirme survivre uniquement grâce aux services de mécanique qu'il offre également. L'essence? Ce n'est pas rentable.

Même son de cloche du côté du détaillant de Gaspé.

Tous les deux affirment d'ailleurs qu'ils préféreraient que le prix à la pompe soit déterminé pour la semaine, et qu'il soit fixe pour tous les détaillants.

Or, une telle mesure serait difficilement applicable, selon M. Fortin, et ne réglerait pas nécessairement leurs problèmes.

La marge correcte pour arriver est différente d'une station-service à l'autre et d'une région à l'autre. Par exemple, une station-service qui a un peu plus de volume pour être capable d'aller chercher une entente avec la raffinerie pour payer son essence moins cher, mais pas l'autre d'à côté, souligne-t-il.

Un prix fixe ferait également en sorte que les consommateurs paient leur essence plus cher, selon M. Fortin.

Si on fixe le prix, on empêche les stations-service de charger plus cher, mais on les empêche aussi de charger moins cher. Quand on a des guerres de prix, on voit que c'est bénéfique pour les consommateurs.

Pierre-Olivier Fortin, conseiller en communication chez CAA Québec

En l'absence d'une solution viable, la situation est fortement dénoncée par plusieurs élus.

L'automne dernier, le maire de Gaspé, Daniel Côté, a déposé une plainte au Bureau de la concurrence du Canada. Sa démarche a été appuyée par plus d'une quinzaine de municipalités de la région.

Le Bureau de la concurrence confirme avoir reçu une plainte, mais ne peut confirmer si une enquête est en cours, puisqu'elles sont menées de manière confidentielle.

Par courriel, le Bureau précise cependant que le fait de vendre de l’essence à un prix élevé ne constitue pas en soi une preuve d’activité illégale. Le Bureau n’a pas l’autorité de réglementer les prix. Le Bureau doit obtenir des preuves indéniables démontrant une entente illégale entre concurrents.

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Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

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