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Emprunter des livres en français, c'est un luxe, pas un droit

Un montage photo montrant de droit à gauche, le journaliste Kevin Sweet, la ministre Mélanie Joly, et des étagères avec des livres.

Pour le journaliste Kevin Sweet, le taux d'emprunt des livres en français dans les bibliothèques torontoises est préoccupant.

Photo : Radio-Canada

Kevin Sweet

BILLET - La Bibliothèque publique de Toronto allait retirer 26 000 livres en français de sa collection jusqu’à ce que Mélanie Joly, la ministre fédérale aux Langues officielles, et le maire de la Ville Reine, John Tory, n’interviennent pour faire annuler la décision. La dirigeante du réseau des bibliothèques a finalement fait marche arrière en s’excusant et le budget d’acquisition de livres en français a été doublé. Tout ça en moins d’une semaine. Fin de l’histoire, vous direz? Pas tout à fait : il y a encore un chiffre qui cloche.

Les dirigeants de la bibliothèque citaient une chute de 47 % de la consommation des livres francophones et multilingues au cours des dernières années pour justifier leur décision initiale. Cette semaine, la dirigeante du réseau, Vickery Bowles, a revu ce chiffre à la baisse, mentionnant plutôt une chute d’environ 24 %.

Cette statistique demeure tout de même préoccupante : 1 personne sur 4 n’emprunte plus de livres en français. Pourquoi?

Est-ce seulement la bibliothèque qui est à blâmer pour la baisse d’intérêt pour sa collection? Ou est-ce que les lecteurs francophones hors Québec n’auraient-ils pas, eux aussi, un examen de conscience à effectuer?

Kevin Sweet

Parmi les commentaires générés par la nouvelle, il y a eu ceux de la propriétaire d’une librairie francophone - l’une des deux qui restent dans la grande région de Toronto - qui évoquait une certaine « apathie » chez les lecteurs et lectrices francophones. Pour qu’une libraire se positionne ainsi aussi publiquement, au risque d’aliéner sa clientèle, il doit certainement y avoir un problème.

Et elle doit bien en savoir quelque chose puisqu’elle porte son magasin à bout de bras depuis trois ou quatre ans, dans un contexte où de plus en plus de libraires mettent la clé sous la porte, ce qui rend cette chute d’emprunts à la bibliothèque d’autant plus étonnante.

On aurait pu croire que la clientèle aurait migré vers les organismes publics pour s’approvisionner en lecture en français, non?

Apparemment, ce n’est pas le cas.

Il faut dire que la situation de Toronto est assez particulière. C’est une grande ville multiculturelle. On peut donc deviner que la communauté pakistanaise n’a pas non plus l’embarras du choix quand vient le temps d’emprunter des livres en urdu.

Le fait est qu'à Toronto, cette langue est plus parlée que le français, tout comme le sont le punjabi et le mandarin. Car le français en tant que tel ne figure pas dans le palmarès des langues étant les plus parlées dans la Ville Reine, selon Statistique Canada. Le poids démographique des francophones augmente toutefois lorsqu'ils se disent bilingues quand ils sont sondés sur la question. Mais empruntent-ils des livres en français pour autant, ou sont-ils plus portés à emprunter des livres en anglais?

D'aucuns feront probablement valoir que le Canada est un pays bilingue, avec des lois pour protéger nos deux langues officielles et que les francophones ont droit à des services, comme l’emprunt de livres en français, dans des institutions publiques telles les bibliothèques.

Mais encore faut-il que les lecteurs francophones réalisent qu’en contexte minoritaire, l’accès à ces ressources, alors qu’il n’y a presque plus de librairies, c’est bien plus qu’un droit… Ces ressources sont des denrées rares, voire du luxe.

Kevin Sweet

Ce luxe ne coûte presque rien, en plus, car l’abonnement aux bibliothèques est souvent gratuit.

Vous croyez que les livres en français sont parfois trop chers? La bibliothèque s’avère la meilleure option pour faire des économies. En plus, les listes d’attentes pour les livres en français sont beaucoup moins longues que celles pour les livres en anglais (à l’extérieur du Québec, on s’entend) et vous pouvez même faire transférer votre commande à la succursale la plus près de chez vous.

Dans la région d’Ottawa-Gatineau, on est doublement choyé avec des réseaux de bibliothèques des deux côtés de la rivière. En plus, il existe la Carte Géniale, qui permet d’emprunter des livres dans les institutions d’Ottawa et de Gatineau, en plus d’autres bibliothèques comme celle de l’Université du Québec en Outaouais.

Ça, c’est du service!

Toutefois, si les gens n’utilisent pas des services comme celui-là, ils permettent aux autorités de les remettre en question, voire de les faire disparaître, comme ça a failli être le cas à Toronto.

Kevin Sweet

Mais cette histoire-ci a une fin heureuse : la collection sera maintenant rafraîchie et mise à jour avec 20 000 titres supplémentaires, incluant un plus grand nombre de nouveautés.

Mais les gens vont-ils les emprunter?

Vous avez sûrement déjà entendu la fameuse question existentielle de l’arbre qui tombe sans témoin? S’il n’y a personne pour l’entendre, est-ce que sa chute a un son?

On pourrait se poser le même genre de question, ici : si les livres en français restent en place, que leur nombre est même augmenté, mais que personne ne les emprunte, en avons-nous besoin?

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