•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Être « de couleur » : l'éternel retour des exclusions

Un acteur et une cinéaste sourient à la caméra.

L'acteur Nkem Owoh et la cinéaste Genevieve Nnaji, du film Lionheart, lors du Festival international du film de Toronto en septembre 2018.

Photo : Getty Images / Gareth Cattermole

Jean-Marie Yambayamba

Pas facile d'être de couleur... J'ai eu envie de parler d'un défi récurrent que pose la diversité raciale, à la lumière des événements qui attirent mon attention ces jours-ci. J'éprouve des sentiments contrastés : à la fierté des progrès faits se mêlent la gêne, voire la honte, l'impression de l'éternel retour d'exclusions supposées dépassées. J'y vais avec quelques exemples.

Absence et méfiance

Comme chaque année, la question de la représentation et de la réconciliation raciales revient hanter les Oscars qui auront lieu le 9 février. L'actrice et chanteuse britannique Cynthia Erivo, la vedette du film Harriet, est la seule personne de couleur en lice dans les nominations lors de cet événement qui célèbre ses 92 ans, cette année.

Décidément, malgré les dénonciations entendues et partagées antérieurement, l'industrie américaine du film peine à faire oublier ses démons qui éclipsent les artistes de couleur, pourtant bien présents dans d'innombrables oeuvres cinématographiques.

La couleur de la peau en cause?

C'est aussi la tentation d'une telle exclusion que certains retiennent parmi des explications possibles de la récente décision du prince Harry avec son épouse, Meghan Markle, de s'affranchir quelque peu de la monarchie britannique.

J'étais gêné de lire dans un article de Lisa Respers France, publié le 10 janvier 2020 sur le site Internet de CNN, ce titre qui en dit long : Coming or going, Meghan gets the blame - and it's because of her race. Qu'ils partent ou reviennent, le blâme va à Meghan et c'est à cause de sa race.

La journaliste explique que des Britanniques ont du mal à accepter (Nouvelle fenêtre) cette actrice, de mère noire et de père blanc, comme l'une des leurs, et surtout comme membre de la famille royale.

Photo : Reuters / POOL New

Réalité au goût du jour

Faut-il s'étonner de cette impression qu'une personne de couleur demeure une étrangère, peu importe son intégration? Nous en sommes malheureusement souvent des témoins et des prétextes ne manquent pas pour habiller cette réalité au goût du jour.

J'en ai trouvé un autre exemple avec la course à la direction du Parti libéral du Québec. L'humoriste et animateur québécois d'origine sénégalaise, Boucar Diouf, a récemment commenté les réactions au sujet de la couleur de la peau de la candidate Dominique Anglade, née de parents québécois d'origine haïtienne.

Dans un texte publié le 7 décembre 2019 dans Le Droit, un quotidien distribué dans l'Outaouais et dans l'est de l'Ontario, l'humoriste dénonce ce qu'il appelle le racisme par procuration des Anti-Anglade. Il décrit la situation en ces termes :

En murmurant dans l'ombre que Dominique Anglade ne pourrait pas percer en région parce qu'elle est légèrement plus bronzée que la moyenne nationale, certains militants libéraux sont tombés dans le racisme par procuration.

Boucar Diouf

Pourquoi donc la couleur de la peau d'Anglade serait-elle un obstacle à ce qu'elle perce dans les régions? Bonne question dans une province où le souverainiste Parti québécois s'est donné comme président, en novembre dernier, Dieudonné Ella Oyono, un Gabonais arrivé au Canada en 2001. Il faut se l'avouer : une telle ouverture n'est pas possible sans l'audace d'apprécier la différence raciale.

Gros plan de Dominique Anglade.

La députée de Saint-Henri-Sainte-Anne, Dominique Anglade, s'est officiellement portée candidate à la chefferie du Parti libéral du Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des progrès

Cette audace, je l'ai aussi observée lors des dernières compétitions de beauté féminine qui ont été très éloquentes, en 2019. Pour la première fois depuis les débuts de ces concours dans les années 1920, des femmes noires ont raflé les couronnes de Miss Monde, Miss Univers, Miss É.-U., Miss Teen É.-U. et Miss America. Pourquoi ne pas le souligner?

Pourquoi aussi ne pas célébrer une autre bonne nouvelle qui vient du Festival de film de Canne. Cette année (12-23 mai 2020), c'est l'écrivain, directeur, acteur et producteur noir américain Spike Lee qui aura l'honneur de présider le jury de l'événement. Une première en 73 ans d'histoire!

Pourquoi aussi ne pas applaudir la décision de la Ligue nationale de hockey après la sortie de l'ex-joueur Akim Aliu, accusant son ancien entraîneur et ex-entraîneur-chef des Flames de Calgary, Bill Peters, d'actes racistes? Le code de conduite de la LNH exige maintenant un comportement approprié de la part des dirigeants et des employés pour prévenir le racisme.

Spike Lee portant la statuette de l'oscar

Spike Lee lors de la cérémonie des Oscars en février 2019

Photo : Reuters / Mario Anzuoni

Demeurer vigilant

Ces événements sont tout simplement rafraîchissants, particulièrement partout où la carte raciale est exploitée pour justifier des exclusions qu'on n'avoue que du bout de lèvres.

Un sondage récent effectué du 17 avril au 6 mai 2019 sur les relations raciales au Canada en 2019, par Environics Institute for Survey Research, montre qu'un Canadien sur cinq affirme être confronté au racisme régulièrement ou de temps en temps. Un peu plus de la moitié des Noirs et des Autochtones soutiennent avoir été dans ce cas.

Ce sondage non probabiliste (et donc, pour lequel la marge d'erreur ne s'applique pas) a été publié en décembre. Ses 3111 répondants, âgés de 18 ans et plus, ont été choisis en fonction de leur province, leur âge, leur genre et des principales représentations raciales au Canada. Ils se sont prononcé sur des questions reliées aux expériences, aux attitudes et aux perceptions sur les relations raciales au pays.

C'est, me semble-t-il, une bonne façon de rappeler que des efforts restent à faire pour améliorer ces relations, quels qu'en soient l'endroit ou les circonstances!

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Alberta

Art de vivre