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Les hommes plus frappés par le déclin du secteur manufacturier, selon une étude

Des travailleurs procèdent à l'assemblage d'un véhicule à l'usine de GM à Ingersoll.

Des travailleurs procèdent à l'assemblage d'un véhicule à l'usine de GM à Ingersoll (archives).

Photo : La Presse canadienne / Dave Chidley

Radio-Canada

Une nouvelle étude de Statistique Canada montre que le ralentissement du secteur manufacturier depuis le début des années 2000 a entraîné une augmentation du taux de chômage des hommes au Canada, en particulier dans le Sud de l’Ontario. 

Selon les données révélées, le pourcentage d'hommes canadiens âgés de 21 à 55 ans qui occupaient un emploi à temps plein a diminué de façon marquée passant de 63,5 % en 2000 à 58,6 % en 2015.

Cette baisse est d’autant plus importante en Ontario, en particulier dans les régions de Windsor, Oshawa, St-Catharines, Niagara et Kitchener-Cambridge-Waterloo. Là, les taux ont perdu 8 à 10 points de pourcentage en 15 ans. 

Jusqu’à récemment le secteur de la fabrication était une importante source d’emploi pour les hommes moins scolarisés notamment, expliquent les auteurs de l’étude.

Pour Mike Moffat, professeur d'économe à la Ivey Business School de London, ces chiffres sont révélateurs.

Nous connaissons tous depuis un certain temps l'effet du déplacement de l'emploi sur les collectivités locales, mais l'ampleur et l'importance de ce phénomène confirment l'ampleur du problème que représente la perte de tous ces emplois manufacturiers, précise-t-il.

Une diminution des salaires

Les données de Statistique Canada indiquent par ailleurs que le déclin du secteur manufacturier a également mené à une réduction salariale, en particulier pour les hommes moins scolarisés.

Entre 2000 et 2015, la baisse de la part de la population employée dans le secteur manufacturier a ainsi entraîné une diminution d'au moins 6,9 % des salaires hebdomadaires réels des hommes dans les régions touchées. Le salaire des Canadiens ayant un diplôme d'études secondaires ou moins a quant à lui baisser d'au moins 7,3 %.

Louis Durand, professeur en relations industrielles à l’Université Laurentienne, explique qu'il est en effet difficile pour les travailleurs peu scolarisés d'aller vers d’autres emplois.

C’est surtout compliqué pour eux de trouver des emplois comparables avec les mêmes conditions salariales, constate-t-il. Donc ça appauvrit une communauté en termes financiers et ça crée énormément de problèmes sociaux.

Dans tout le Sud de l'Ontario, il y a moins de gens qui travaillent et moins de gens qui paient des impôts, et cela est particulièrement problématique au niveau municipal, note M. Moffatt.

Les femmes moins touchées par ce déclin

Fait surprenant, les résultats de Statistique Canada indiquent qu'il n'y a par ailleurs aucune preuve que le déclin de l'emploi dans le secteur manufacturier a eu un effet sur l'emploi à temps plein des femmes.

Même constat du côté des salaires, il y a peu de preuves que les salaires des femmes aient été affectés par le ralentissement du secteur manufacturier.

Louis Durand ne s'étonne pas de cette conclusion puisque les emplois perdus concernent, selon lui, surtout le secteur automobile. Mike Moffatt contredit pour sa part cette analyse. Selon une étude, à paraître, qu'il a lui-même menée, la baisse du niveau d'emploi et des salaires est tout aussi marquante chez les femmes que chez les hommes.

Nous pensons souvent que le secteur manufacturier est dominé par les hommes, mais en fait, certaines des sous-industries qui ont connu les plus grands déclins sont celles de la fabrication de vêtements, dont plus de 50 % de la main-d'œuvre est composée de femmes, souligne le chercheur.

L'éducation pour enrayer le phénomène

Si cette étude met surtout des chiffres sur un phénomène connu, il est maintenant nécessaire d'agir, s'accordent les experts.

Pour Louis Durand, c'est dans l'éducation et la formation que réside la clé pour faire face à cet enjeu.

Il n'y a aucune autre solution que l'encouragement à la scolarisation parce que des emplois qui procurent un bon salaire avec une scolarisation faible, on va voir cela de moins en moins dans l'ensemble des secteurs, soutient-il.

Avec l'automatisation, on a besoin de moins de travailleurs sur le plancher de production, mais de plus de travailleurs plus scolarisés parce qu'ils doivent être en mesure de bien utiliser la technologie.

Louis Durand, professeur en relations industrielles à l’Université Laurentienne

Il constate toutefois que le système d'éducation est lent à réagir pour s'adapter à la réalité des besoins du marché de l'emploi alors qu'on assiste à la fois à une augmentation du chômage et à une pénurie de main-d'oeuvre.

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Windsor

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