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Les parrains de réfugiés dénoncent une surenchère financière

Obligés par le ministère de l’Immigration à faire appel à un messager, des parrains de réfugiés doivent payer jusqu’à 1000 $ pour simplement déposer leur dossier.

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Le ministère de l'Immigration à Montréal

Depuis 2016, le ministère de l’Immigration procède à des vérifications soutenues concernant des candidats postulant au Programme de l’expérience québécoise.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sylvain Thibault est furieux. Cet ancien responsable du parrainage privé à la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) vient d’annuler les services d’un coursier pour déposer un dossier de parrainage, lundi matin, dans les bureaux du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Inclusion (MIFI).

Hier, le prix était de 480 $. Là, on me dit 561 $. Seulement pour déposer une enveloppe! C’est hors de question, lâche celui qui souhaite parrainer, en compagnie d’un groupe d’amis, un père de famille congolais, ses sept enfants, ainsi que deux orphelins.

En réalité, selon les règles fixées par Québec, Sylvain Thibault ne va pas avoir le choix de débourser plusieurs centaines de dollars. Par souci d’équité, le ministère de l’Immigration exige que ces dossiers soient délivrés dans leurs locaux du Vieux-Montréal uniquement par un messager.

Une problématique supplémentaire pour ces parrains, qui doivent déjà faire face à une chaude concurrence pour pouvoir accueillir au Québec, dans plusieurs années, des réfugiés.

Alors que des milliers de demandes avaient été faites en 2016 et 2017 pour parrainer des réfugiés syriens, Québec avait décidé de suspendre ce programme de parrainage collectif jusqu’en septembre 2018. Le nombre de places avait alors été limité à 750, dont 100 seulement pour les groupes de 2 à 5 personnes.

À cette époque, près de 700 personnes avaient tenté de déposer un dossier dans cette catégorie et bon nombre d’entre elles avaient passé la nuit précédente dehors, devant les bureaux du MIFI. Un coursier prenait leur place dans les dernières heures pour remettre les documents demandés.

Qui peut parrainer?

Ce programme de parrainage collectif est ouvert aux organismes, mais aussi à des citoyens, qui peuvent se réunir (2 à 5 personnes) pour parrainer un réfugié. Le garant s'engage pour 12 mois à assumer le coût d'installation et d'établissement au Québec des personnes concernées, notamment le logement, la nourriture, les vêtements ou encore les soins de santé.

Un programme suspendu durant plusieurs mois

Depuis cette période, Québec avait à nouveau suspendu ce programme, afin de vider l’inventaire au niveau fédéral. Fin août, plus de 7000 dossiers étaient encore en attente de traitement pour être admis dans la province. Un chiffre en diminution depuis 2017.

Ça signifie qu’après le dépôt des dossiers, il peut y avoir jusqu’à trois ans d’attente pour que ces réfugiés puissent venir au Québec, explique Neal Santamaria, coordonnateur à la TCRI.

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a finalement décidé de rouvrir ce programme, avec un nombre de places similaires à ce qui était en vigueur fin 2018. Les dossiers pourront être déposés dès le 20 janvier, à l’ouverture des portes du MIFI, à 8 h 30.

Une mesure « pas équitable », déplore la TCRI

Cette fois-ci, les coursiers ont semble-t-il décidé de changer leurs pratiques. Pas question de relayer au dernier moment les demandeurs. Ils veulent faire la file, moyennant des frais élevés.

Radio-Canada a contacté une compagnie de courrier, afin de connaître les tarifs proposés. Un responsable a demandé 480 $ pour une telle mission. Les prix sont identiques pour deux autres compagnies qu’il possède également.

Avec cette somme, les coursiers feront la file dès samedi midi « pour être en première ligne » et se relayeront.

Des montants exigés de 700 $, 800 $, voire 1000 $ ont été également rapportés à Radio-Canada.

« C’est absurde et c’est déconnecté de la réalité. Ça crée une surenchère », confie Manon Leroux, une Montréalaise qui a déjà parrainé un couple de Syriens et qui aimerait, désormais, faire venir cinq autres membres de la famille.

Selon Sylvain Thibault, le MIFI doit impérativement « trouver une solution » et changer ses règles.

Cet argent devrait être pour les gens qu’on parraine, pas pour engraisser des gens qui vont déposer une enveloppe.

Sylvain Thibault

Cette mesure n’est d’ailleurs « absolument pas équitable », soutiennent unanimement ces demandeurs. « Tout le monde ne peut pas payer ces sommes », assure Neal Santamaria.

Des seuils en baisse

Le gouvernement Legault a décidé, depuis son arrivée au pouvoir, de revoir à la baisse les seuils d'immigration visant les réfugiés. Alors que plus de 9000 réfugiés ont été admis dans la province en 2017, Québec vise l'arrivée de 7200 à 7500 réfugiés en 2020, dont un maximum de 3350 réfugiés parrainés.

La nuit dehors

Quoi qu’il arrive, ces demandeurs prévoient passer plusieurs dizaines d’heures dehors, même s’ils font appel à un messager.

Il faudra probablement faire la file toute la nuit, peut-être un peu plus. On ne sait pas du tout combien de gens vont déposer un dossier, c’est une question pratiquement de vie ou de mort pour des gens.

Manon Leroux

Sylvain Thibault envisage quant à lui, avec ses amis, de monter un mini-camp de réfugiés, dès vendredi soir. On veut en profiter pour sensibiliser les gens, soutient-il.

Avec la collaboration d’Anne-Louise Despatie

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