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Des informations de l'UPAC sur l'ex-argentier du PLQ Marc Bibeau sont dévoilées

Marc Bibeau.

Marc Bibeau a été le grand argentier du Parti libéral du Québec à l'époque où son chef était Jean Charest.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

De nouveaux documents judiciaires lèvent le voile sur les informations amassées par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) contre l’ex-grand argentier du Parti libéral du Québec (PLQ) Marc Bibeau dans le cadre de l’enquête Mâchurer.

Il s’agit plus précisément de demandes d’ordonnance, de mandats généraux et de dénonciations révélant pourquoi l’UPAC a voulu effectuer une perquisition secrète dans les bureaux des entreprises de Marc Bibeau, situées à Saint-Eustache, en 2016.

L'enquête Mâchurer cherche à établir un lien entre du financement politique illégal et l’octroi de contrats publics par le gouvernement du Québec, alors dirigé par le PLQ de Jean Charest. Aucune accusation n'a été déposée dans ce dossier.

Les documents, obtenus à la suite de démarches judiciaires de La Presse, de The Gazette et de Québecor, étaient frappés d’un interdit de publication, puisque M. Bibeau contestait la décision de plusieurs tribunaux de les divulguer, en arguant que cela pourrait nuire à son droit à un procès juste et équitable.

Le refus de la Cour suprême d’entendre cette cause a sonné le glas de cette démarche.

Les documents indiquent que M. Bibeau, décrit par plusieurs témoins comme étant très proche de M. Charest, était visé dans le cadre d'une enquête pour fraude, abus de confiance et pour souscription illégale à une caisse électorale.

Dévoilement des mandats de perquisition de l’UPAC contre Marc Bibeau

Des informations en partie dévoilées à la commission Charbonneau

Les documents indiquent qu'outre Marc Bibeau, les principales personnes visées par les démarches de l'UPAC sont Violette Trépanier, ex-directrice du financement du PLQ, et Pierre Bibeau, ex-vice-président de Loto-Québec.

Ils contiennent par la suite des résumés des dépositions faites à l’UPAC par des personnes qui ont déjà témoigné devant la commission Charbonneau, dont des patrons de firmes de génie et des entrepreneurs en construction, et par d'autres qui n'ont pas été entendues.

Liste des personnes qui ont fait des déclarations à l'UPAC :

  • Violette Trépanier, ex-directrice du financement du PLQ
  • Robert Parent, ex-directeur général du PLQ
  • Serge Daigle, ex-coordonnateur du PLQ
  • Yves Cadotte, ex-vice-président et directeur général de SNC-Lavalin
  • Pierre Anctil, ex-PDG de SNC-Lavalin
  • Rosaire Sauriol, ex-vice-président de Dessau
  • Paul Lafleur, ex-président de BPR
  • George Dick, ex-président de RSW, alors sous-traitant pour Hydro-Québec
  • Claudio Vissa, ancien vice-président de RSW
  • Pierre Pomerleau, président-directeur général de Pomerleau Construction
  • Giuseppe Borsellino, ex-président de Construction Garnier
  • Kasimierz Olechnowicz ex-président de CIMA+
  • Luc Benoit, ex-PDG de Tecsult
  • Lino Zambito, ex-vice-président d'Infrabec

Plusieurs de ces personnes identifient Marc Bibeau comme le responsable du financement sectoriel au PLQ et disent avoir reçu des objectifs de financement pour leur entreprise.

On y rappelle que le nom de Marc Bibeau a été associé par d'ex-responsables du PLQ à la ligne 127 d'un document répertoriant les dons amassés dans les 125 circonscriptions du Québec. Une somme de 428 150 $ y avait été inscrite.

M. Parent a notamment affirmé aux policiers que cette ligne faisait référence à du financement sectoriel, soit des sommes récoltées auprès d'entreprises. De tels dons sont illégaux en vertu de la loi électorale.

M. Daigle a aussi déclaré aux policiers que M. Bibeau s'occupait de financement sectoriel, en compagnie de Violette Trépanier, et que le parti pouvait ainsi amasser 3 à 4 millions pour une période de 4 ans.

Une activité pour la communauté italienne

Les documents indiquent qu'un disque dur remis à la police par Robert Parent a permis de découvrir des documents intitulés activité communauté italienne.

Ils laissent entendre que 28 personnes ont à tout le moins été invitées à cette activité, qui a eu lieu le 6 mai 2004 au Sheraton Laval.

On y retrouve notamment les noms de Tony Accurso, de deux Giuseppe Borsellino (Garnier Construction et Groupe Petra), de Vincent Chiara et de Lino Saputo Jr.

Les documents ne permettent pas de comprendre pourquoi cet élément a été soumis à un juge, une bonne partie de l'information étant caviardée.

Parmi les autres déclarations rapportées dans les documents, rapportons celles de :

  • Pierre Anctil, qui soutient que le PDG de SNC-Lavalin Jacques Lamarre lui a expliqué en 2005 que son poste de vice-président venait avec le financement des partis politiques;
  • George Dick, de RSW, qui soutient que Marc Bibeau l'a informé en 2002 que des firmes intéressées par des contrats à Hydro-Québec versaient entre 60 000 $ et 80 000 $ au PLQ, et qu'il serait en mesure d'influencer l'octroi de contrats par Hydro-Québec. Il dit avoir refusé et avoir considéré qu'il s'agissait de trafic d'influence. Le patron d'Hydro-Québec a nié que le bureau du premier ministre pouvait intervenir dans des contrats;
  • Claudio Vissa, aussi de RSW, qui a déclaré aux policiers que Marc Bibeau et Jean Charest étaient « comme des frères ». Il a assimilé des démarches de M. Bibeau auprès de lui et de M. Dick à de l'intimidation;
  • Luc Benoît, de Tecsult, qui raconte que Marc Bibeau l'a rencontré le 13 janvier 2005 au Hilton de Dorval et qu'il lui a alors suggéré de faire traîner les négociations, le temps qu'il convainque le ministre de changer de position concernant le métro de Laval;
  • Lino Zambito, qui affirme que Marc Bibeau lui a déclaré en septembre 2009 qu'il « fait partie des cinq personnes qui se trouvent dans la War Room pour décider qui occupera les postes de ministres ». M. Zambito relate aussi qu'un projet à lui qui bloquait à Boisbriand a bougé après que M. Bibeau eut contacté le chef de cabinet de M. Charest, Dan Gagnier.

Aucun entrepreneur n'a déclaré aux policiers avoir reçu des contrats en échange de dons politiques. Ils soutiennent plutôt qu'ils le faisaient à des fins de réseautage.

Aucune de ces affirmations n'a encore été démontrée devant un tribunal.

Des allégations non vérifiées et du ouï-dire, selon l'avocat de Bibeau

Marc Bibeau n’a jamais été accusé dans le cadre de cette enquête, qui serait toujours ouverte, selon ce qu’a révélé il y a quelques jours Le Journal de Montréal.

Dans une déclaration transmise aux médias après la décision de la Cour suprême, son avocat, Léon Moubayed, soutient qu’il avait saisi la Cour suprême pour préserver ses droits et sa réputation contre une médiatisation d’allégations non vérifiées et basées sur du ouï-dire.

M. Bibeau tient à réaffirmer son intégrité et maintient qu’il continuera à faire valoir ses droits. Son engagement politique s’est toujours fait librement, bénévolement, par conviction personnelle et en conformité avec les lois, ajoute-t-il.

Les multiples démarches juridiques de Marc Bibeau sont l’une des principales raisons qui expliquent pourquoi l’enquête Mâchurer, révélée par Radio-Canada dès novembre 2014, n’a toujours pas abouti.

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