•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

L’omnipotence de Vladimir Poutine

Vladimir Poutine parle derrière un lutrin, plusieurs drapeaux russes se trouvent derrière lui.

Le président Vladimir Poutine s'adresse aux membres de l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie, le 15 janvier.

Photo : sputnik/afp via getty images / Alexey Nikolsky

La démission surprise du premier ministre Dimitri Medvedev et de son gouvernement mercredi en Russie, ainsi que les changements annoncés par Vladimir Poutine à la Constitution du pays, prépare le terrain pour sa succession. Et les ambitions personnelles de Poutine ne font plus de doute : demeurer le numéro 1.

C'est comme si rien ne s’était passé à Moscou.

Jeudi matin, les députés de la Douma ont repris leurs travaux pour débattre plus ou moins calmement des compétences de celui qui a été choisi par Poutine pour remplacer Medvedev.

Le vote a suivi : Mikhaïl Michoustine est confirmé nouveau premier ministre de la très puissante Fédération de Russie.

Mikhaïl qui? C’est essentiellement ce que se demandaient en grande majorité les Russes quand sa nomination a été annoncée, mercredi.

Plan rapproché de Mikhaïl Michoustine pendant son discours.

Mikhaïl Michoustine, qui a été nommé premier ministre de la Russie après la démission surprise de Dimitri Medvedev, prononce son premier discours devant la Douma, le 16 janvier 2020.

Photo : Reuters

Il est bel et bien un illustre inconnu du grand public. Ce n’est que jeudi matin, d'ailleurs, qu’une page lui a été consacrée sur le site Wikipédia.

Or, aujourd’hui, tout le monde sait qu’il a été responsable du département des impôts pendant 10 ans, qu’il a deux enfants et qu'il adore jouer au hockey, comme son patron Poutine.

Il va sans dire qu’il ne représente aucune menace à l’autorité de Poutine et qu’il n’a pas de grande ambition politique, du moins en apparence.

Dans une entrevue enregistrée il y a neuf ans, le journaliste Vladimir Pozner lui demande, du tac au tac : qui est son idole? Steve Jobs! Son animal préféré? Le perroquet! Et quels seraient ses trois vœux les plus chers au monde s’ils pouvaient être exaucés?

La santé pour ma famille, accomplir la réforme fiscale en Russie (c’est fait) et régler les problèmes du pays, en commençant par la pauvreté.

Cela explique peut-être, et en petite partie, pourquoi Poutine l’a choisi, lui, donnant ainsi au peuple russe l’image de grands changements, et une volonté d’assouvir ses plus grands maux économiques et sociaux.

Quoique le Moscow Times révélait jeudi matin que Mikhaïl Michoustine est propriétaire d’une résidence de 9 millions de dollars en banlieue de Moscou, et que sa femme a mystérieusement accumulé un revenu de 12 millions de dollars au cours des neuf dernières années.

Les prochaines semaines diront de quel bois M. Michoustine se chauffe et qui sera l’équipe qui formera son gouvernement.

Mais la question demeure entière : que faut-il comprendre de son arrivée au poste de premier ministre et des changements que Poutine entend apporter à la Constitution du pays?

Monsieur Poutine adore surprendre et il dévoile son stratagème morceau par morceau. Personne ne sait véritablement ce qu’il a en tête et ce qu’il prépare en coulisse, ne serait-ce qu’il veut demeurer l’homme le plus puissant du pays une fois qu’il aura quitté la présidence.

Maria Lipman, analyste politique indépendante

Que prépare Vladimir Poutine?

La galerie se doutait bien que Vladimir Poutine envisageait des changements à la Constitution qui, dans sa forme actuelle, l’oblige à tirer sa référence en 2024 et à démissionner pour de bon du poste de président.

Mais la direction que le chef du Kremlin a choisie a surpris tout le monde. C’est LA grande nouvelle qui risque d’avoir un impact énorme sur l’équilibre des forces en Russie.

Selon les règles actuelles, le président détient la quasi-totalité des pouvoirs, mais Poutine propose désormais de les diluer.

Je suggère de changer cet ordre et de confier à la Douma le pouvoir de nommer, et non pas juste d'accepter un candidat au poste de premier ministre. Puis de nommer les vice-présidents et ministres sur proposition du premier ministre.

Vladimir Poutine, président de Russie

En donnant plus de pouvoir aux deux chambres du Parlement – la Douma et le Conseil de la fédération –, Vladimir Poutine s’assure d’affaiblir le rôle de son successeur, explique Maria Lipman.

Cela veut dire que Poutine va bel et bien démissionner en 2024, et quelqu’un d’autre sera président de la Russie. Mais cette personne ne sera jamais aussi puissante que lui l’a été et le demeurera après 2024 avec le rôle qu’il s’inventera, soutient Mme Lipman.

Mais quel serait le rôle officiel de Vladimir Poutine au-delà de sa présidence? Rien n’est encore clair, mais plusieurs scénarios sont possibles, selon Abbas Gallyamov, consultant politique et ancien concepteur des discours de M. Poutine.

Il n’ira pas loin, puisque Poutine n’a jamais laissé entendre à qui que ce soit qu’il comptait renoncer au pouvoir. La dernière fois qu’il a quitté la présidence pour la céder à Medvedev, il était tout près (occupant le rôle de premier ministre) et il s’est assuré de bien contrôler Medvedev et les destinées du pays, affirme M. Gallyamov.

Poutine en tant que chef, mais dans quel poste?

Bien malins sont ceux qui peuvent prédire exactement comment Vladimir Poutine s’imposera et dans quel poste d’ici quatre ans. Mais parmi les hypothèses évoquées par plusieurs observateurs, il serait possible de le voir revenir dans le rôle de premier ministre. D’autant plus que, si les réformes qu’il propose sont adoptées, le premier ministre aurait en 2024 plus de pouvoir qu’il n'en a actuellement.

Mais il ne faut pas non plus écarter un scénario selon lequel Poutine serait nommé à la tête du Conseil de la fédération, explique Abbas Gallyamov.

C’est un poste qui, à son avis, pourrait permettre à Vladimir Poutine de rester aux commandes des principaux instruments gouvernementaux. Vraiment, dit-il, c’est lui qui risque de décider où il veut s’installer.

Peu importe le fauteuil qu’il se choisira, certains évoquent déjà la notion de « père de la nation » en parlant du futur rôle de Poutine, comme une espèce de leader national téflon, à l’épreuve de toute accusation.

Monsieur Poutine a surtout besoin de pouvoirs politiques pour assurer sa protection. Il s’est fait tant d’ennemis, des gens très puissants en Europe et aux États-Unis, qu'il ne peut ignorer les risques d’éventuelles représailles.

Abbas Gallyamov, consultant politique et ancien concepteur des discours de Vladimir Poutine

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Europe

International