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Vapotage : les ventes des entreprises dégringolent

Un client passe à la caisse dans une boutique de vapotage d'Edmonton.

Des boutiques ferment leurs portes au Canada, et les autres tentent de résister.

Photo : Radio-Canada

Axel Tardieu

L'industrie du vapotage est lourdement touchée depuis qu'une multiplication des cas de maladies pulmonaires graves liées à cette pratique a été constatée aux États-Unis, faisant une cinquantaine de morts. Au Canada, 15 cas graves ont été signalés, dont un en Alberta. Depuis, près d'une dizaine de boutiques ont fermé leurs portes dans cette province.

Beaucoup de marchands affirment que la situation a été gonflée par les médias et causée par des produits à la qualité douteuse vendus sur le marché noir.

Les boutiques Redux Vapers, de Calgary, Sapor Vapes, d'Edmonton, et YMM Vape, de Fort McMurray, figurent toutes parmi la dizaine d'entreprises de vapotage en Alberta qui ont mis la clé sous la porte. Les ventes de tous les entrepreneurs du secteur ont baissé de 20 à 40 %.

Un des pionniers du secteur en Alberta, le propriétaire de Vape Horizon, a ouvert sa première boutique en 2014. Notre entrepôt était deux fois plus grand avant, mais nous avons dû déménager à cause des affaires qui vont mal, raconte le directeur de la distribution de l'entreprise, Heath Auyeung, avec un sourire gêné.

Au plus fort de ses activités en 2017, l'entreprise Vape Horizon avait trois boutiques à Edmonton, une autre à Vancouver et un hangar pour expédier des produits de vapotage à près de 200 magasins spécialisés du Canada.

Toutefois, depuis, la société est dans le rouge. Son président, Vince Lei, a fermé sa plus grande boutique le 31 octobre, a dû mettre à pied quatre employés, et a vu son chiffre d'affaires baisser de 40 %.

Plan moyen de Vince Lei assis à son bureau.

Vince Lei, président de Vape Horizon, est pessimiste face à l'avenir.

Photo : Radio-Canada

Depuis l'été, les magasins spécialisés avec qui on travaillait dans tout le Canada n'ont pas assez de fonds pour se constituer un stock et, donc, pour acheter nos produits, explique M. Lei.

Dans ses boutiques, les clients sont moins nombreux. Vince Lei estime avoir perdu plus de 300 000 $ en 2019. Nous sommes tristes et perdus face à cette dégringolade, avoue son bras droit, Heath Auyeung.

Même constat de la part de Saadiq Daya, président de l'entreprise VanGo Vapes, qui produit des liquides de vapotage depuis 2014. Installé en Colombie-Britannique, il collabore avec plus de 500 revendeurs au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ses ventes ont diminué de 40 % depuis la fin de l'été. Le Québec et la Nouvelle-Écosse sont les plus touchés, dit-il.

Besoin d'informer les clients

Dans le centre-ville d'Edmonton, le propriétaire de Liberty Vape, Jesse Northcott, tente, lui aussi, de survivre à cette crise. En octobre, ses ventes ont baissé de 30 % par rapport à l’année dernière.

Le public confond les produits de vapotage que l'on vend dans les boutiques spécialisées avec les cigarettes électroniques au cannabis qui peuvent être dangereuses, explique-t-il. Beaucoup de clients nous posent des questions sur la toxicité de nos produits. Nous devons passer beaucoup de temps à nous informer et à informer les clients.

Plan serré de Jesse Northcott dans sa boutique.

Jesse Northcott croit que la confusion du grand public sur la dangerosité des produits de vapotage nuit à ses affaires.

Photo : Radio-Canada

L’équipe de l'entreprise albertaine repense avec nostalgie aux premières années de l’industrie du vapotage. Au début, nous avions tous un sentiment positif, parce que c’est un secteur basé sur une réduction des risques sur la santé, en passant de la cigarette au vapotage. Mais, maintenant, la situation est confuse pour tous. Jesse Northcott espère remonter la pente assez tôt pour ne pas avoir à fermer une de ses deux boutiques d’Edmonton.

Des dizaines de licenciements

En cette période sombre, les entrepreneurs du secteur vont devoir avoir les reins solides pour ne pas être obligés de mettre fin à leurs activités, pense Terrence Rowland-Dow, propriétaire de Daawg’s Vape House. Ce militant de la première heure croit dur comme fer à la cigarette électronique comme moyen d'arrêter de fumer.

Voir l’industrie affaiblie le rend triste. J’ai licencié 12 personnes depuis septembre et réduit la superficie de mon usine, raconte-t-il. Les ventes ont baissé de 40 % dans ses quatre boutiques et celles de son usine ont fondu de 50 %. Heureusement, j’ai les reins assez solides pour ne pas envisager de fermer, assure-t-il.

Qu’est-il arrivé à cette industrie florissante dont la valeur sur le marché mondial était évaluée à 14 milliards de dollars américains en 2018, selon une étude de marché de l’entreprise The Business Research Company? C’est à cause de la mauvaise presse, martèle Terrence Rowland-Dow.

Plan serré de produits de vapotage sur une étagère.

En Alberta, les produits de vapotage sont en vente dans les dépanneurs et les magasins spécialisés.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Une huile de cannabis dangereuse

En septembre, les médias ont commencé à parler des derniers résultats du Centre américain de prévention et de contrôle des maladies (CDC). Les gros titres, liant le vapotage à une prolifération des cas de maladies pulmonaires graves aux États-Unis, se multipliaient.

Pourtant, huit patients atteints sur dix consommaient des cigarettes électroniques contenant de l'acétate de vitamine E, selon des rapports du CDC. Ce produit est généralement ajouté dans les concentrés de cannabis vendus illégalement. Les autorités de santé américaines n'écartent toutefois pas la possibilité que d'autres molécules aient joué un rôle.

Au début du mois de janvier, les autorités de santé publique américaines ont fait état de 2602 personnes atteintes de maladies liées au vapotage et de 57 morts. La moyenne d’âge des personnes mortes était de 51 ans. La plus jeune victime, 15 ans, venait du Texas.

Au Canada, 15 cas graves ont été signalés, dont un en Alberta. Au début du mois de janvier, Deena Hinshaw, la médecin hygiéniste en chef de l'Alberta, a rappelé qu’avec ou sans cannabis le vapotage n'est pas totalement inoffensif. Nous rappelons au public que les risques du vapotage pour la santé existent, à court et à long terme, a-t-elle dit.

Plan serré de la main et de la bouche d'une personne qui fume une cigarette électronique.

Une exposition régulière aux vapeurs des cigarettes électroniques perturbe la couche protectrice des poumons, selon une étude réalisée aux États-Unis.

Photo : La Presse canadienne / Nam Y. Huh

Darryl Tempest, directeur général de l'Association canadienne du vapotage, qui représente 300 professionnels du secteur, croit également que l'industrie est victime de la mauvaise presse.

La presse a largement relié les cas de maladies au vapotage en général, alors qu'il s'agissait en majorité de produits à base d'huile de cannabis achetés sur le marché noir américain, ce qui a semé la confusion auprès des consommateurs, affirme-t-il. Les consommateurs n’arrivent plus à s’y retrouver.

Au début du mois de janvier, l'Alberta a suspendu les ventes de cartouches de cannabis à vapoter, en attendant les conclusions d'une révision de sa loi sur le tabac.

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