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L’apprentissage en ligne au cœur des inquiétudes de l’AEFO

Portrait de Rémi Sabourin à Queen's Park.

Rémi Sabourin, président de l'AEFO

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Rozenn Nicolle

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) entame aujourd’hui une grève du zèle. Le syndicat dit notamment protester contre l’obligation, pour les élèves, de suivre des cours en ligne, et l’absence d’information sur la forme que ce système d’apprentissage pourrait prendre.

À l’AEFO, on n’a rien contre les programmes d’apprentissage électronique, c’est même un besoin dans les régions éloignées, assure immédiatement Rémi Sabourin. S’il reconnaît bien l'utilité des cours en ligne dans le milieu éducatif, le président du syndicat des enseignants franco-ontariens exprime toutefois son inquiétude quant à la vision du ministère à ce propos.

Lorsqu’on parle d’obliger les élèves, c’est là que les choses se corsent.

Rémi Sabourin, président, AEFO

En mars 2019, le gouvernement ontarien a décidé d’imposer quatre cours en ligne aux élèves du secondaire. En novembre, il a reculé et coupé ce chiffre de moitié, en signe de bonne foi, selon le ministre Stephen Lecce.

Le ministre est de profil.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Mais en plus du caractère obligatoire, c’est désormais la qualité de cette forme d’enseignement qui inquiète l’AEFO. Le système d'éducation francophone a développé un système d’apprentissage électronique unique à l’échelle provinciale, le Consortium d’apprentissage virtuel de langue française de l’Ontario (CAVLFO).

Les cours y sont donnés par des enseignants membres de l’AEFO en « prêt de service ». Les élèves qui s’y inscrivent le font sur une base volontaire, parfois pour suivre un cours qui n’est pas offert en classe, ajoute M. Sabourin. Ils sont suivis par l’enseignant donnant la formation en ligne, par une personne responsable de l’encadrement dans leur école et par une équipe « de la réussite » composée de plusieurs membres du corps pédagogique de leur école.

Pas de garantie

Selon le syndicat, aucune garantie n’a été donnée par le gouvernement que le même suivi des élèves sera conservé, ou que des enseignants de l’AEFO donneront ces cours.

Rémi Sabourin affirme avoir posé la question et le gouvernement ne lui a pas confirmé et n’a pas mis par écrit que les enseignants de son syndicat resteront les seuls à pouvoir offrir l’apprentissage électronique. Ça ouvre la porte à la privatisation de ces services, s’inquiète-t-il.

Dans un courriel, le ministère de l’Éducation répond qu’il travaille à développer sa stratégie de mise en oeuvre des cours en ligne, mais assure qu’ils seront donnés par des enseignants ontariens certifiés.

Nous restons déterminés à créer un système d’apprentissage en ligne de calibre mondial pour renforcer les compétences des élèves ontariens dans l’économie moderne, a écrit une porte-parole du ministère de l’Éducation de l’Ontario.

Questionné sur la possibilité de privatiser certains services, le ministère n’a pas apporté de précision.

Qualité et équité

Selon Emmanuel Duplàa, vice-doyen aux programmes d’études de la Faculté d’éducation à l’Université d’Ottawa, le plus gros problème que générerait une privatisation de certains services, comme la correction d’examens ou la préparation de cours, est qu’on perdrait le rapport humain nécessaire à un enseignement de qualité.

Si vous voulez aller vers le privé, vous augmentez la tendance d’avoir un questionnaire à choix multiple avec des réponses standardisées.

Emmanuel Duplàa, vice-doyen aux programmes d'études, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa

Si on veut faire une économie de coût, on finit avec une éducation de surface, dit le professeur spécialisé dans les technologies de l'information et de la communication (TIC) pour l'apprentissage.

Par ailleurs, l’apprentissage en ligne pose aussi un problème d’équité, selon Beyhan Farhadi, qui a consacré sa thèse à l’étude de l'apprentissage en ligne en Ontario. Elle souligne entre autres que pour les cours en ligne, la réussite se remarque principalement parmi les élèves qui ont de bons résultats à l’école. Elle ajoute que ces cours sont suivis de façon volontaire et que les jeunes sont bien encadrés.

Lorsqu’on commence à parler de privatisation, on commence à parler de dollars et de sous, l’équité prend le bord, renchérit Rémi Sabourin, persuadé que les réformes du gouvernement creuseront les inégalités à l’école.

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Toronto

Éducation