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Apple refuse encore de déverrouiller l’iPhone d’un tireur, provoquant les foudres de Trump

Donald Trump parle sur son téléphone cellulaire.

Donald Trump reproche à Apple de refuser de déverrouiller les téléphones utilisés par des tueurs, des trafiquants ou d'autres éléments criminels violents.

Photo : La Maison-Blanche

Agence France-Presse

Un tweet rageur du président américain, et voilà le géant Apple et Donald Trump lancés dans une nouvelle querelle sur la question de l'accès aux données chiffrées des téléphones intelligents de la marque à la pomme dans des enquêtes criminelles.

Le président s'en est directement pris mardi soir sur Twitter au fabricant de l'iPhone.

Nous aidons tout le temps Apple sur la question du COMMERCE et sur bien d'autres problèmes et pourtant ils refusent de déverrouiller les téléphones utilisés par des tueurs, des trafiquants ou d'autres éléments criminels violents, peste Donald Trump, sommant l'entreprise d'aider son grand pays, MAINTENANT.

Une attaque qui a eu lieu en décembre à la base aéronavale de Pensacola, en Floride, est à l’origine de ce différend. Trois marins y ont été tués par un aviateur saoudien en formation, motivé par l'idéologie djihadiste, selon le ministre américain de la Justice, Bill Barr.

Une photo de carte d'identité du suspect de l'attaque à la base aéronavale de Pensacola, en Floride, en décembre 2019. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le suspect de l'attaque à la base aéronavale de Pensacola, Mohammed Saeed Alshamrani

Photo : via reuters / Handout .

Le gouvernement américain réclame depuis au géant californien l'accès aux deux iPhone du tireur que les enquêteurs ne parviennent pas à débloquer.

Selon Bill Barr, Apple n'a pas fourni d'aide significative à la police dans cette entreprise.

Apple balaie ces accusations du revers de la main, mais reste fermement opposé à toute obligation légale de déverrouiller les téléphones de sa clientèle, y compris dans le cadre d'une enquête criminelle.

Nos réponses à leurs nombreuses demandes depuis l'attaque ont été opportunes et complètes, a indiqué l’entreprise dans un communiqué, ajoutant qu'elle continue de collaborer avec les autorités.

San Bernardino

Cette prise de bec relance l'épineux débat du chiffrement des données, qui divise les gens en faveur d'une protection absolue de la propriété privée et ceux qui y voient un obstacle dans des enquêtes criminelles.

Ce n’est pas la première fois qu’Apple s’attire les foudres des autorités américaines parce qu’il refuse de déverrouiller le téléphone d’un tueur. Une situation semblable s’était produite en 2015 après la tuerie de San Bernardino, en Californie, qui avait fait 14 morts.

Le permis de conduire de Syed Rizwan Farook.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'auteur de la fusillade de San Bernardino en 2015, Syed Rizwan Farook

Photo : Reuters / Handout .

Le bras de fer s'était achevé en 2016, lorsque le gouvernement avait dépensé, selon la presse, un million de dollars pour qu'une société tierce développe un outil capable de contourner le chiffrement.

Un débat épineux

Le débat ne porte pas seulement sur Apple. L'an dernier, les gouvernements américain, britannique et australien avaient notamment demandé à Facebook de ne pas chiffrer l'ensemble de ses plateformes sans garantir un accès aux forces de l'ordre en cas de crimes graves.

Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, avait alors rappelé que la protection de la confidentialité des échanges sur les messageries permettait de protéger les journalistes dans les pays sans liberté de la presse, les manifestants de Hong Kong et les dissidents en général.

Même son de cloche chez Apple, qui estime qu'il n'y a pas de raison de créer une porte dérobée juste pour les bonnes personnes. Mieux connue sous son appellation anglophone backdoor, une porte dérobée donne un accès secret à un logiciel dans le but de récupérer ses données.

Les portes dérobées peuvent être exploitées par des entités qui menacent notre sécurité nationale et la sécurité des données de nos utilisateurs et utilisatrices, plaide Apple.

Tim Cook, PDG d'Apple, lève le doigt pendant qu'il parle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le PDG d'Apple, Tim Cook, s'est porté à la défense de la politique de chiffrement de son entreprise à plusieurs reprises.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Selon Jennifer Granick, de l'Union américaine pour les libertés civiles, les demandes du gouvernement sont dangereuses et inconstitutionnelles, et pourraient affaiblir la sécurité de millions d'iPhone.

Un chiffrement fort permet à des minorités victimes d'un génocide comme les Ouïghours en Chine ou à des journalistes enquêtant sur les puissants cartels mexicains de communiquer de manière sûre, ajoute-t-elle.

La militante estime que si Apple laisse le FBI accéder à ce genre de données, il ne pourra pas empêcher des gouvernements étrangers autoritaires de faire de même.

C’est une position que ne partage pas James Lewis, expert en cybersécurité du Center for Strategic and International Studies, qui estime qu'il est possible de donner un accès aux autorités sans sacrifier totalement le chiffrement.

Il propose notamment un chiffrement des données qui ne soit pas de bout en bout, c'est-à-dire qu'il permettrait à un tiers d'avoir accès, sous la surveillance de l'autorité appropriée.

Selon lui, cette nouvelle bataille Apple-gouvernement devrait cependant se terminer comme en 2015, avec une société tierce capable de déverrouiller le téléphone de l'assaillant de la base de Pensacola.

C'est la même chose qu’on a vue pour San Bernardino, mais ce sera plus dur, car Apple a dû réparer la faille qui avait fonctionné dans cette affaire, analyse l’expert en cybersécurité.

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