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Les Iraniens sont « en colère » contre les mensonges des autorités

L'ayatollah Khamenei devrait commenter la situation vendredi, à l'occasion de la grande prière musulmane hebdomadaire à Téhéran. Il s'agira d'une première en sept ans.

Des dizaines d'étudiants, masqués pour la plupart, crient des slogans ou brandissent un poing en l'air.

Selon l'AFP, environ 200 étudiants ont manifesté devant l'Université de Téhéran pour dénoncer les mensonges des autorités au sujet du vol PS752.

Photo : Getty Images / AFP/ATTA KENARE

Radio-Canada

Le ministre iranien des Affaires étrangères admet que la République islamique est secouée par des manifestations engendrées par les mensonges des autorités dans les jours qui ont suivi la tragédie du vol PS752 d'Ukraine International Airlines (UIA), abattu par un, voire deux missiles iraniens.

Au cours des derniers jours, il y a eu des gens dans les rues de Téhéran manifestant contre le fait qu’on leur a menti pendant deux jours, a reconnu jeudi Mohammad Javad Zarif à l’occasion de la conférence de politique internationale Raisina Dialogue, qui se tient à New Delhi, en Inde.

Nos forces armées ont été assez braves pour assumer leur responsabilité assez tôt. Mais les gens sont en colère même avec ces deux jours. Ce sont les attentes que les gens ont envers ce gouvernement. Le gouvernement aurait dû dévoiler cette information.

Mohammad Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères de l'Iran

Pourquoi est-ce arrivé? Parce que nous sommes dans une crise, et dans une crise les gens font des erreurs, des erreurs impardonnables, a tenté de justifier le chef de la diplomatie de la République islamique.

Il n'en a pas moins imputé aussi la tragédie aux tensions créées par les États-Unis, en référence au fait que l'avion de l'UIA a été abattu après que les Iraniens ont lancé des missiles balistiques en direction de bases américaines en Irak, en représailles à l'assassinat du général Qassem Soleimani.

M. Zarif soutient que le président Hassan Rohani et lui n’ont appris que vendredi que le Boeing de l'UIA avait en fait été abattu par des forces iraniennes deux jours plus tôt.

Pour les Iraniens et le reste du monde, l’information n’a cependant été dévoilée publiquement que samedi, soit trois jours après la catastrophe qui a fait 176 morts, dont 57 Canadiens.

Le général de brigade Amir Ali Hajizadeh, commandant de la division aérospatiale du Corps des Gardiens de la révolution a alors imputé l’erreur à un opérateur de missile qui aurait fait feu sans pouvoir obtenir la confirmation d'un ordre de tir en raison d'un brouillage des télécommunications.

M. Zarif, assis dans un fauteuil, parle dans un micro.

Mohammad Javad Zarif participe à une discussion dans le cadre de la conférence de politique internationale Raisina Dialogue, à New Delhi.

Photo : La Presse canadienne / AP/Manish Swarup

Ces commentaires de M. Zarif mettent en évidence que le gouvernement iranien ne contrôle pas toute la structure du pouvoir en Iran. Les Gardiens de la révolution, les forces armées les mieux équipées du pays, relèvent du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, et non pas du gouvernement du président Rohani.

L'ayatollah Khamenei, véritable chef d'État de l'Iran, pourrait se prononcer sur la situation vendredi, puisqu'il dirigera la grande prière musulmane hebdomadaire à Téhéran, a rapporté mercredi l'agence officielle IRNA.

Le guide suprême est officiellement l'imam de la prière de Téhéran, mais délègue habituellement sa tâche à d'autres. La dernière fois qu'il a dirigé la prière du vendredi à la mosquée Mosalla remonte au 3 février 2012, à l'occasion du 33e anniversaire de la Révolution islamique et en pleine crise internationale autour de la question du nucléaire iranien.

Rohani reconnaît aussi une crise de confiance

Le président Rohani a aussi reconnu implicitement que la catastrophe aérienne a provoqué une crise de confiance envers les autorités, lors d’une allocution prononcée en Conseil des ministres et retransmise, de manière exceptionnelle, en direct par la télévision d'État.

Les gens veulent s'assurer que les autorités les traitent avec sincérité, intégrité et confiance, a-t-il dit, avant d’y aller d’un plaidoyer en faveur de l'unité nationale. Le peuple est notre maître [...] et nous sommes ses serviteurs, a-t-il ajouté.

Les forces armées doivent expliquer ce qui s'est passé entre l'accident du vol PS752 et le moment où sa vraie cause a été annoncée, pour que les gens comprennent [que celles-ci] ne voulaient rien cacher, a encore dit M. Rohani. S'il y a eu un délai [dans la transmission de l'information], qu'ils présentent des excuses.

Les médias iraniens ont également reconnu au cours des derniers jours le malaise dans la population iranienne, en rendant compte de manière tout à fait inhabituelle des slogans hostiles au système politique en place, scandés dans les manifestations étudiantes qui ont eu lieu chaque jour à Téhéran depuis samedi.

Une femme brandit une pancarte au milieu d'une foule.

« À bas la tyrannie islamique en Iran », peut-on lire sur cette pancarte brandie par une femme lors d'une vigile en mémoire des victimes du vol PS752, mardi soir, à Vancouver, en Colombie-Britannique.

Photo : Reuters / Jesse Winter

M. Rohani a par ailleurs profité de l’occasion pour demander un changement dans le mode de gouvernance de son pays, en lançant un appel à davantage de pluralisme et de transparence, afin de parvenir à une réconciliation nationale.

Les élections législatives prévues le 21 février doivent être la première étape, a-t-il ajouté. Pour ce scrutin, le peuple veut de la diversité, a-t-il dit, dans ce qui semblait un message destiné au Conseil des Gardiens, l’organisme chargé d’approuver les candidatures.

Permettez à tous les partis et groupes de se présenter aux urnes. Assurément, vous n'avez rien à y perdre.

Hassan Rohani, président de l'Iran

Le président Rohani y est tout de même allé d’une charge contre les Occidentaux, États-Unis en tête, auxquels il reproche d'alimenter l'insécurité au Moyen-Orient par une succession d'erreurs, comme l'assassinat du général Soleimani, les interventions militaires en Irak, au Yémen et en Libye, les sanctions américaines contre le pétrole iranien, etc.

L'insécurité dans cette région sensible et importante se fera au détriment du monde entier, a-t-il averti. Aujourd'hui, en raison de toutes ces erreurs, le soldat américain n'est pas en sécurité, demain ce pourrait être au tour du soldat européen, a-t-il avancé.

L'Iran, a-t-il répété, veut le retrait des forces étrangères de la région. Pas par la guerre, mais à la suite d'une décision sage, qui sera aussi dans votre intérêt, a-t-il lancé aux Occidentaux.

Avec les informations de Associated Press, Washington Post, et Agence Fars

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