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Cliniques d'hiver : la ministre de la Santé blâme les médecins

La Clinique médicale du Grand Tremblant a cessé de participer au programme des cliniques d'hiver cette année en raison des pénalités auxquelles cela l'exposait.

Photo : Radio-Canada

Julien McEvoy

La ministre de la Santé du Québec n’est pas satisfaite de la réponse des médecins dans le cadre de son programme de cliniques d’hiver, mais Danielle McCann a tout faux, lui répondent des professionnels de la santé, pour qui le fonctionnement du système est vicié.

Officiellement, ce programme ajoute 20 000 heures de consultation dans plus de 55 cliniques. Québec l’a mis sur pied afin de permettre à ceux qui n’ont pas de médecin de famille – les patients orphelins – et qui souffrent de symptômes de grippe ou de gastro de consulter un médecin. Le but secondaire : désengorger les urgences.

Seulement voilà, les rendez-vous sont très difficiles à obtenir par ce programme, comme le révélait un reportage de Radio-Canada publié samedi, que la ministre McCann n’a pas voulu commenter. Son cabinet s’est contenté d’indiquer par communiqué qu’il prenait la situation au sérieux.

Mme McCann est finalement sortie de son mutisme mardi et s’est dite déçue du manque de service en première ligne. Il y a encore des gens qui vont à l’urgence toute l’année. S’ils avaient une réponse facile et accessible en première ligne, ils iraient. Le citoyen aime bien mieux aller dans sa clinique, ou voir son pharmacien ou l’infirmière praticienne, a-t-elle déclaré en entrevue.

Cliniques d’hiver au Québec : une fausse solution?

Bref, la ministre a été claire : le manque de participation des médecins au programme est un problème, et bon nombre d'entre eux devraient prendre plus de patients.

Elle a visé tout particulièrement la grande région de Montréal, où les besoins sont tellement grands. Ça va mieux dans les autres régions du Québec. C’est sûr qu’il y a moins de densité de population, mais je les salue! Pour le Grand Montréal, notamment les Laurentides et la Montérégie, on travaille à ce qu’ils prennent de telles mesures, a-t-elle lâché.

La ministre a par ailleurs répété qu’en 2020, la modification du mode de pratique et de rémunération des médecins de famille est au sommet de ses priorités, suivie par l’élargissement des pouvoirs des pharmaciens et des infirmières praticiennes spécialisées. Elle reconnaît donc que ce n’est pas qu’aux médecins à faire leur bout de chemin.

Les cliniques d’hiver, la solution aux urgences?

Des médecins répliquent

À Mont-Tremblant, dans les Laurentides, région où la vie est dure pour les patients orphelins, les deux cofondateurs de la Clinique médicale du Grand Tremblant, qui a participé au programme des cliniques d’hiver en 2019, racontent une histoire bien différente.

On aurait vraiment aimé aider à désengorger les urgences des cas qui peuvent être vus dans les cliniques, mais ça n’a pas été possible en 2020, notamment parce que le programme des cliniques d’hiver est très mal monté au ministère, indique sans broncher le Dr Simon-Pierre Landry, qui travaille aussi à l’urgence de l’Hôpital Laurentien, à Sainte-Agathe-des-Monts.

Le Dr Simon-Pierre Landry a cofondé la Clinique médicale du Grand Tremblant en 2016.

Le Dr Simon-Pierre Landry a cofondé la Clinique médicale du Grand Tremblant en 2016.

Photo : Radio-Canada

Sa clinique ne participe plus au programme, explique-t-il en substance, car elle est pénalisée pour chaque patient orphelin qu’on y voit, même si c’est précisément le but des cliniques d’hiver!

Comment est-ce possible? Le jeune médecin raconte que s’il voit un patient qui n’est pas le sien, la clinique pourrait perdre sa subvention, car la pénalité s’applique non pas à sa rémunération personnelle, mais au budget subventionné de la clinique.

Les cliniques n’ont aucun avantage à s’inscrire au programme des cliniques d’hiver, car celui-ci entre en contradiction avec le programme GMF, qui subventionne les cliniques de médecine familiale, détaille-t-il.

Le système en lui-même est ridicule, renchérit sa collègue et cofondatrice de la Clinique médicale du Grand Tremblant, la Dre Delphine Boury-Simoes.

Cette Française qui a aussi pratiqué en Angleterre et en Australie souhaite voir le plus grand nombre de patients et améliorer les choses dans sa communauté.

Si je devais partir du Québec un jour, ce serait pour cette raison-là : on est un peu triste de ne pas pouvoir aider notre population. Je me sens incapable, pieds et poings liés, d’aider pour des raisons qui ne sont pas si compliquées. Le système n’est pas centré sur les besoins du patient, lance-t-elle.

La Dre Delphine Boury-Simoes pratique la médecine depuis 2011 au Québec.

La Dre Delphine Boury-Simoes pratique la médecine depuis 2011 au Québec.

Photo : Radio-Canada

Le but de notre travail, c’est le patient, ce n’est pas ma rémunération ou mon nombre d’heures de travail ou l’hôpital.

La Dre Delphine Boury-Simoes

La Dre Boury-Simoes est aussi sensible à la situation des patients orphelins qui, particulièrement dans les Laurentides, se retrouvent très mal pris, que ce soit pour un suivi régulier, un problème chronique ou une urgence.

C’est terrible d’être un patient orphelin ici. Je tente d’en prendre le plus possible, mais on a tous un nombre maximum de choses que l’on peut faire. On est obligé de leur dire d’aller à l’urgence. Si on n’a pas un médecin ou une infirmière praticienne qui a une plage horaire de libre, il n’y a pas d’autres solutions. Il n’y a pas de clinique réseau ou de clinique sans rendez-vous dans le coin, ajoute la médecin.

Elle aurait bien voulu continuer à faire partie du programme de cliniques d’hiver, mais dans les conditions actuelles, ce n’était simplement pas possible. On l’a testé toute l’année passée, mais ça n’a pas fonctionné comme c’était prévu, donc cette année, on priorise nos patients, conclut-elle.

Avec les informations de Davide Gentile

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