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Voiture électrique : une révolution sens dessus dessous

La transition vers le véhicule électrique s’accélère à mesure que les prix baissent et que les batteries deviennent plus performantes. Par contre, les réseaux de recharge publics s'étendent de façon plutôt désordonnée, au gré du marché.

Borne de recharge rapide à Mont-Louis, en Gaspésie.

Borne de recharge rapide à Mont-Louis, en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Denis Leduc

Danielle Beaudoin

Les voitures électriques partent comme des petits pains chauds depuis quelques années. On note une hausse des ventes de 165 % au Canada pour la seule année 2018!

Si cet essor fulgurant se maintient, les véhicules électriques (VE) représenteront 30 % du parc automobile canadien d’ici 2030, contre moins de 3 % aujourd’hui, selon les prévisions de la firme de consultants Ernst & Young.

Cette croissance exponentielle fait dire à l'ex-PDG de Mobilité électrique Canada que la transition vers les VE est inévitable et qu’elle sera mondiale. « Je suis sûr que d'ici 5 ou 10 ans, le transport aura totalement changé! » s’exclame Brad Ryder, qui était jusqu'à tout récemment à la tête d'une organisation qui regroupe aussi bien des fabricants automobiles que des fournisseurs d'énergie et des universités.

J'ai des jumelles de 8 ans et [...] il est clair qu’elles ne vont jamais conduire des voitures à essence. Quand elles vont avoir l'âge de conduire, les voitures électriques sur les routes, ça va être énorme.

Brad Ryder, ex-PDG de Mobilité électrique Canada

Quelque 139 000 véhicules électriques circulent présentement sur les routes du pays, dont près de la moitié au Québec. Ces données incluent à la fois les véhicules entièrement électriques et les hybrides rechargeables.

L’angoisse de la panne et les bornes de recharge

Alors que la transition vers le véhicule électrique se fait en accéléré, le réseau de bornes de recharge publiques peine à se développer aussi rapidement. On parle ici des bornes situées le long des routes et dans les endroits publics.

Fait à préciser, la recharge des VE se fait encore dans 90 % des cas à la maison et sur le lieu de travail, avec des bornes de 120 ou 240 volts.

Les gens utilisent des voitures principalement pour aller au travail, pour emmener les enfants à l'école, pour faire des courses. Les longs trajets sont plus rares, note Brad Ryder.

C'est plutôt lorsqu'il s'apprête à parcourir de longues distances que le conducteur d'un véhicule électrique doit davantage prévoir son trajet, car les bornes de recharge rapide publiques sont inégalement réparties sur le territoire canadien.

Il n'y a pas de problème à traverser le Canada d'un bord à l'autre. Vous allez trouver des bornes tout le long du trajet, soutient Louis-Olivier Batty, porte-parole d'Électrification des transports à Hydro-Québec. Personne ne va tomber en panne! Mais il y a encore des endroits où on ne trouve pas de bornes de recharge rapide pour le moment, ajoute-t-il.

Une borne bleue.

Des bornes de recharge rapide dans le stationnement du Centre Eaton de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Aminata Yade

Elles sont ainsi nombreuses au Québec, en Colombie-Britannique, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, mais sont plus rares dans le Nord de l’Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan, comme l'illustre bien la plateforme ChargeHub (Nouvelle fenêtre), qui montre les bornes des différents réseaux partout au pays.

Un voyage à travers le Canada en soi, c'est déjà long, et en voiture électrique pour cette portion-là, il faut probablement bien le planifier, bien le préparer, avoir un peu de patience, remarque Sylvain Bouffard, directeur communication stratégique chez AddÉnergie, une entreprise québécoise qui fabrique des bornes de recharge.

Types de recharge

  • Niveau 1 - prise standard à 120 volts : la recharge se fait en une nuit à partir d’une prise de courant ordinaire à la maison.
  • Niveau 2 - borne à 240 volts : cette borne s'installe à l’extérieur de la maison ou dans le garage. La recharge prend de 5 à 10 heures. Ce type de borne se trouve aussi sur les routes ou dans les endroits publics pour la recharge des véhicules hybrides et des véhicules 100 % électriques.
  • Niveau 3 - recharge rapide - borne à 400 volts et plus : ces bornes (aussi connues sous le nom de BRCC) permettent de recharger une batterie vide à 80 % de sa capacité en 30 ou 45 minutes. On les trouve le long des routes et dans les endroits publics. Seuls les véhicules 100 % électriques peuvent les utiliser.

Source : Hydro-Québec (Nouvelle fenêtre)

En ce moment au Canada, on trouve 12 470 bornes de recharge publiques tous réseaux confondus, dont 1820 rapides (niveau 3).

Ces bornes sont installées tant par des fournisseurs publics d'électricité comme Hydro-Québec, Énergie NB et BC Hydro que par des fabricants automobiles comme Tesla et Volkswagen, ou encore des commerces.

Sans compter Petro-Canada, qui pose des bornes dans ses stations d’essence le long de la Transcanadienne.

Cela peut paraître un peu bizarre qu’un vendeur d’essence installe des bornes électriques, mais au fait, quand on pense à ça, affirme Brad Ryder, c'est tout à fait logique! Les conducteurs ont déjà l’habitude de s’arrêter à une station d’essence, non seulement pour faire le plein, mais aussi pour se délasser ou manger un morceau. Pourquoi ne pas aussi y desservir les électromobilistes?

Le système actuel n'est pas si mauvais que ça. On suit la demande du marché. Les compagnies qui installent des bornes publiques maintenant recherchent les lieux qui sont idéaux.

Brad Ryder, ex-PDG de Mobilité électrique Canada

Les files d’attente pour la recharge

Au pays, c'est pour l'instant le Québec qui joue le rôle de chef de file en électrification des transports.

Restons humbles, mais c'est vrai que, des fois, c'est bien de le dire : clairement, le Québec, au Canada, est un leader, lance Louis-Olivier Batty, d’Hydro-Québec.

La société d'État, qui gère le Circuit électrique, le plus important réseau de recharge publique au Québec, se concentre pour le moment sur l’installation de bornes rapides dans toutes les régions de la province.

Le Circuit électrique s’efforce aussi de limiter les files d’attente dans les endroits très fréquentés. Il ne faut pas perdre de vue que charger une batterie à une borne rapide peut prendre de 30 à 45 minutes, ce qui est beaucoup plus long que de faire le plein d’un véhicule à essence.

Louis-Olivier Batty mentionne notamment l’autoroute 20 entre Montréal et Québec et l’autoroute 40, où il y a de l’affluence aux heures de pointe.

On déploie plus de bornes, mais le reste de la semaine, elles ne sont pas nécessairement aussi utilisées, note-t-il.

Il faut vraiment s'assurer de faire une gestion intelligente, responsable. Déployer les bornes, la bonne technologie aux bons endroits et aux bons moments. C'est vraiment ça le défi pour un opérateur de réseaux.

Louis-Olivier Batty, d’Hydro-Québec
Une voiture stationnée devant un restaurant à Louiseville.

Les conducteurs de véhicules électriques auront maintenant 43 bornes de recharge publiques à leur disposition dans les territoires de la MRC des Chanaux, de Mékinac et de Maskinongé ainsi qu'à La Tuque et Shawinigan.

Photo : Radio-Canada

Des bornes sous-utilisées et bientôt désuètes

Si le Québec fait ainsi office de chef de file, il n'est pourtant pas l'élève parfait.

Car pour Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, l'installation des bornes de recharge souffre d'une importante lacune : elle ne tient pas compte de la vitesse à laquelle évolue la voiture électrique.

En conséquence, le déploiement des bornes de recharge, surtout les bornes lentes (niveau 2), ne repose sur aucun plan.

Il n'y a pas d'étude pour le déploiement, mais ce qui est le plus alarmant, c'est quand on voit le rythme de développement des batteries. Ça se développe très vite. Chaque année, la capacité des batteries des véhicules électriques augmente [...]. Et là, on se dit : "OK, aujourd'hui on installe des bornes de recharge qui sont inutilisées la plupart du temps".

Ce sont des bornes électriques très peu utilisées et qui demain seront désuètes parce que les voitures électriques auront des [...] autonomies suffisantes pour ne pas avoir besoin de ces recharges d'appoint.

Pierre-Olivier Pineau, de HEC Montréal

Mais Louis-Olivier Batty, d’Hydro-Québec, voit encore l’utilité de ces bornes, ne serait-ce que pour recharger les véhicules hybrides, car ces derniers, pour la plupart, ne peuvent pas être rechargés aux bornes rapides.

La voiture électrique, pas une solution durable

Le professeur Pineau est aussi très critique de la politique de soutien à l’électrification des transports déployée au pays depuis une dizaine d’années.

Le problème, ce n'est pas qu'on n'a pas assez de véhicules électriques sur les routes. Le problème, c'est qu'on a trop de véhicules sur les routes. Donc en favorisant et en subventionnant des véhicules privés qui s'ajoutent aux véhicules sur les routes, c'est un échec en termes de mobilité durable.

Ça a une apparence de solution, alors que ce n'est pas une solution durable. Elle ne demande aucun changement d'habitude de la part des automobilistes, parce qu'on a l'impression de se dire : "J'ai une voiture électrique, je reste où j'habite et je continue à être tout seul dans mon véhicule".

Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal
Des véhicules sur une route congestionnée.

La route 174-17 entre Rockland et le secteur Orléans est souvent congestionnée durant les heures de pointe.

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Le véhicule électrique fait partie de la solution, mais c'est loin d'être la solution, observe Pierre-Olivier Pineau. D’autres moyens existent, ajoute-t-il.

Selon cet expert, il vaudrait mieux permettre aux compagnies privées comme Communauto, Uber ou Netlift, qui offrent des solutions de rechange à l’auto solo, de prendre de l'essor.

Au lieu de mettre des centaines de millions de dollars dans des subventions à des véhicules privés électriques ou des bornes de recharge, on déploie ça pour aider les alternatives de transport en commun, aménager des pistes cyclables qui sont sécuritaires, repenser le transport en région.

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