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Des animaleries défient le règlement animalier de l'administration Plante

Malgré l’interdiction de vendre des chiens, chats ou lapins provenant d’élevages, en vigueur depuis plus de six mois, des animaleries montréalaises ont décidé de défier le règlement de l’administration Plante.

Plan rapproché d'un chat dans l'herbe.

Depuis le 1er juillet 2019, les animaleries ne peuvent plus vendre de chats provenant d'éleveurs.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Au fond de ce magasin situé aux abords du centre-ville de Montréal, dans deux grandes cages noires, une demi-douzaine de chatons s’amusent entre eux. En face, un jeune chihuahua, âgé de trois mois, reste sagement assis dans son fauteuil, avant de rejoindre prochainement ses nouveaux propriétaires. 

Déjà vendus ou à vendre, ces bêtes proviennent d’éleveurs de la région, selon les explications du gérant. Pourtant, depuis plus de six mois, la Ville de Montréal interdit désormais aux animaleries de proposer des chats, des chiens et des lapins.

Avec ces nouvelles règles, seuls les animaux provenant de refuges ou de cliniques vétérinaires peuvent être proposés à la vente.

Cette disposition a suscité la grogne de 25 animaleries situées à Montréal, mais aussi dans le reste de la province, qui se sont regroupées pour contester en Cour supérieure ce règlement. En août dernier, un juge avait rejeté leur demande de suspendre temporairement ces dispositions.

« C’est loin d’être terminé », assure l’avocat de ces animaleries, Yves Pépin, qui souhaite un jugement, à présent, sur le fond du dossier. Il craint une jurisprudence à travers les villes du Québec.

« Les animaleries sont solidaires entre elles. On sait que si ça passe à Montréal, il y a des risques que d’autres villes fassent la même chose », affirme-t-il.

Des amendes prévues

Selon le règlement animalier de la Ville de Montréal, des amendes allant de 500 $ à 4000 $ sont prévues pour les contrevenants.

Des animaleries rebelles

En attendant la fin de cette procédure judiciaire, plusieurs animaleries montréalaises ont décidé de continuer à vendre des animaux provenant d’élevage. Les impératifs financiers de ces entreprises sont notamment mis de l’avant.

« Si je ne suis plus capable de les vendre, c’est fort évident que je vais devoir mettre la clé sous la porte », confie François Saint-Louis, propriétaire de l’Aquarium du Nord, dans l'arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie.

On est obligé de se battre à cause d’une minorité d’animaleries qui ne respectent pas les normes d’hygiène. On nous fait passer pour les méchants, c’est triste.

François Saint-Louis, propriétaire d’une animalerie à Montréal

À l’instar de cette animalerie familiale, d’autres boutiques, comme le centre Safari situé Place Versailles, ont indiqué à Radio-Canada avoir pris la même décision.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Pour l’une d’entre elles, qui se qualifie de « rebelle », l’administration de Valérie Plante a pris « une décision ridicule ».

Les décideurs ne réfléchissent pas à moyen ou long terme. Les gens vont simplement aller en dehors de l’île pour trouver un chaton.

Une responsable d’une animalerie montréalaise

Ces animaleries mettent de l’avant le fait qu’ils détiennent un permis valide provenant du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Ce permis permet à leur bénéficiaire de détenir et de vendre des animaux. Des inspecteurs gouvernementaux veillent d’ailleurs au respect des règles sanitaires.

Le MAPAQ ne déresponsabilise pas les animaleries

Selon le MAPAQ, les animaleries détenant un tel permis doivent respecter les règles montréalaises. « Les permis du MAPAQ dans le bien-être animal ne se substituent pas aux règlements municipaux. La clientèle est informée qu’elle doit respecter toute réglementation, dont la réglementation municipale, concernant la garde d’animaux », précise la porte-parole du ministère, Mélissa Lapointe.

Des animaux en santé, plaident les animaleries

L’argument de l’hygiène et des soins offerts est particulièrement mis de l’avant par les animaleries contactées par Radio-Canada. 

« Ici, il n’y a pas un animal qui part s’il a les yeux collés ou un problème de santé », assure un gérant, en rappelant que les chats sont stérilisés et micropucés, comme le demande également le règlement municipal. 

« Tous les animaux sont inspectés, vaccinés et on fait les rappels. On fait très attention », ajoute François Saint-Louis, de l’Aquarium du Nord.

Ces rencontres avec des vétérinaires sont d’ailleurs un argument que comptent utiliser les plaignants devant les tribunaux. « La Ville dit que les animaleries peuvent vendre des animaux venant d’une clinique vétérinaire. Mais les vétérinaires n’ont pas le droit d’en vendre. Selon notre interprétation, puisque les animaux sont vus par un vétérinaire, on respecte le règlement », avance Yves Pépin, l’avocat qui défend leur cause.

Ce dernier redoute une multiplication des ventes en ligne et une incitation, par conséquent, à la poursuite des usines à chiots et à chatons.

Ce qui me préoccupe le plus, c’est que des gens aillent sur Internet pour acheter un chat ou un chien. Les animaux peuvent être malades et personne ne le voit.

Yves Pépin, avocat des animaleries

La SPCA prête à collaborer avec les animaleries

Bien qu'initialement opposée à cette idée, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) se dit désormais prête à collaborer avec des animaleries montréalaises pour proposer des bêtes en adoption. « On est ouvert, à condition que les animaleries respectent nos mêmes critères. On veut être sûr que chaque animal tombe dans la bonne famille », souligne Élise Desaulniers, directrice de la SPCA de Montréal.

La Ville de Montréal, qui n’a pas souhaité commenter ce dossier en raison de sa judiciarisation, mentionne que des inspecteurs « feront le tour des animaleries pour s'assurer que le règlement soit respecté ». 

Aucune inspection n’a cependant eu lieu à ce jour, reconnaît l’administration Plante.

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