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analyse

« Un narcissique à Washington » : la sortie du patron de Maple Leaf était-elle appropriée?

Le président et chef de la direction d'Aliments Maple Leafs, Michael McCain, debout au lutrin.

Le président et chef de la direction d'Aliments Maple Leafs, Michael McCain.

Photo : The Canadian Press / Darren Calabrese

Gérald Fillion

Il est extrêmement rare de voir le PDG d’une grande entreprise cotée en bourse exprimer des commentaires politiques et controversés sur la place publique. C’est ce qu’a fait le patron de Maple Leaf, dimanche soir, sur Twitter, en s’en prenant au président Trump et à la politique américaine au Moyen-Orient pour expliquer la tragédie aérienne de la semaine dernière en Iran.

Téhéran a reconnu qu'un missile iranien a provoqué l’écrasement de l’avion d'Ukraine Airlines International et causé ainsi la mort de 176 personnes, dont 57 ressortissants canadiens. L’Iran affirme que c’est une erreur humaine et promet de punir les responsables. Des arrestations ont déjà été annoncées.

Cela dit, ce n’est pas à l’Iran que le grand patron de Maple Leaf, Michael McCain, a adressé ses reproches dimanche, mais aux Américains. Il a parlé d’un comportement irresponsable, dangereux de la part des États-Unis visant à détourner l'attention de leurs problèmes politiques.

Sans nommer Donald Trump, il a écrit qu'un narcissique à Washington déchire les réalisations mondiales et déstabilise la région. Michael McCain estime que les Canadiens morts dans l'avion abattu par les Iraniens sont des victimes collatérales de la politique américaine.

Parmi les victimes figurent l'épouse et le fils d'un collègue de M. McCain chez Maple Leaf.

Un geste courageux

Le patron de l’entreprise a précisé que c’était lui qui s’exprimait sur Twitter, et qu’il s’agissait de réflexions personnelles. Mais il l’a fait à partir du compte officiel des Aliments Maple Leaf – un compte qui a pour objectif de répondre aux consommateurs à propos des produits de l’entreprise, qui sont distribués au Canada, aux États-Unis et en Asie.

Et donc, la question qui se pose est la suivante : est-il approprié que Michael McCain exprime ses opinions, réflexions et analyses personnelles sur la situation géopolitique entre l’Iran et les États-Unis? La réponse est nécessairement complexe, mais il est clair que son intervention est à la fois courageuse et risquée.

D’abord, elle est courageuse, parce qu'il est « inhabituel » de voir un patron exprimer publiquement une telle émotion, a expliqué le spécialiste en leadership Cyrille Sardais à RDI Économie, lundi soir.

C’est un geste d’empathie, un geste de protection d’une certaine manière de ses employés.

Cyrille Sardais, professeur agrégé à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de leadership Pierre-Péladeau

Depuis l’élection de Donald Trump, tout est devenu inhabituel, ajoute M. Sardais. Autrefois, il n’y a pas si longtemps, dit-il, on attendait des personnalités publiques une certaine réserve, ou alors ça risquait d’avoir des conséquences pas très bonnes pour eux. Mais, aujourd’hui, je ne suis pas sûr que ce soit encore vrai.

Un risque pour l’entreprise

Les propos de Michael McCain sont, par ailleurs, ceux d’un dirigeant qui a pour mandat de faire prospérer son entreprise, de générer des revenus, des profits supplémentaires et du rendement pour les actionnaires. Pour certains analystes, c’est clairement sa priorité.

Dimitry Anastakis, professeur à l’école de gestion Rothman à Toronto, affirme, dans un article de La Presse canadienne, qu’il a été étonné par la sortie de Michael McCain. Selon lui, cette intervention est sans précédent dans l’histoire des entreprises au Canada.

Il y a toujours plusieurs niveaux de risque quand un dirigeant d’entreprise s’engage dans un débat politique, particulièrement lors qu’il est aussi délicat et controversé, affirme le professeur. Ce n'est peut-être pas le rôle d'un PDG de mettre à risque son entreprise, sa réputation, sa prospérité potentielle en faisant ce genre de déclarations, précise-t-il.

Bien des gens ont réagi sur les médias sociaux, certains saluant les propos de Michael McCain, d’autres les dénonçant et affirmant qu’ils n’achèteront plus les produits de Maple Leaf.

L’entreprise a des activités au Canada, mais aussi aux États-Unis. Elle a annoncé en 2019 la construction d’une usine en Indiana au coût de 300 millions de dollars américains avec des soutiens gouvernementaux.

Michael McCain est l’actionnaire de contrôle de Maple Leaf. Il a un niveau d’autorité dans l’entreprise que d’autres dirigeants n’ont pas nécessairement. Il peut prendre des risques et les assumer. Mais, ceci étant dit, avait-il raison de le faire?

J’ai l’impression qu’en 2020, nous attendons davantage que des résultats financiers de la part des dirigeants d’entreprises, qu’elles soient en bourse ou non. Un PDG doit faire prospérer les activités de son entreprise, mais il doit aussi s’assurer de la cohésion de ses équipes. Il doit être responsable socialement, à l’écoute de ses employés et des clients.

Et le leadership passe, sans doute, par l’émotion, la sincérité, l’empathie et un engagement authentique.

Michael McCain est allé loin dans ses interventions dimanche soir. La dimension politique est grande et son analyse n’est pas partagée par tout le monde. Mais il a certainement le mérite de faire avancer la réflexion sur ce qu’on attend d’un dirigeant à la tête d’une société en bourse, au-delà des résultats financiers trimestriels.

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