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De plus en plus de personnes LGBTQ+ « harcelées » sur Internet

Poing levé avec un bandeau arc-en-ciel, avec la mer en arrière-plan.

Fierté Sudbury Pride indique que les personnes les plus menacées sont celles qui sont très politiquement actives et revendicatrices.

Photo : getty images/istockphoto / nito100

L’organisme Fierté Sudbury Pride s’inquiète de la récente prolifération de menaces proférées à l’égard de plusieurs membres de la communauté LGBTQ+ du Grand Sudbury. Ces derniers s’en trouvent davantage vulnérables à l’isolement, d’autant plus qu’ils éprouvent déjà un grand sentiment d’insécurité, selon l’organisme.

Le président de Fierté Sudbury Pride, Alex Tétreault, explique que les menaces formulées récemment surtout par l’entremise des médias sociaux ciblent principalement les membres les plus politiquement actifs de la communauté LGBTQ sudburoise

Ce qui arrive, c’est que ces individus-là vont se présenter à des manifestations, vont être critiques de certains discours haineux en ligne et, ensuite, les groupes qui ont été critiqués vont tenter d’intimider ces gens-là en ligne, affirme M. Tétreault. 

Il reconnaît que, depuis le début des temps, la communauté LGBTQ est victime d’un certain niveau de discrimination, mais souligne que la fréquence et l’intensité avec lesquelles les menaces ont récemment été proférées ont fortement augmenté.

Il y a des gens qui utilisent du langage misogyne, on va mégenrer des personnes, les personnes qui sont les plus vocales, qui sont les plus vulnérables, qui se présentent comme étant féminines, qui sont non binaires, qui sont transgenres, on va publier leurs informations personnelles en ligne, illustre M. Tétreault. 

Ces menaces-là contribuent davantage à un sentiment d’isolement, ça nuit au sens de sécurité de ces gens-là, au sens d’appartenance. Mais à un autre niveau, on a peur que ça devienne physique. Déjà, il y a des gens qui se sont rendus dans les lieux de travail de ces gens-là, donc on n’est plus seulement dans le virtuel, on est dans le réel.

Alex Tétreault, président de Fierté Sudbury Pride

Le témoignage d’une personne ciblée

Radio-Canada s’est entretenue avec Maxime* (nom fictif), une personne s’identifiant comme non binaire et qui vit à Sudbury. 

La personne indique avoir été la cible d’internautes qui ont publié sa photo, le nom qu’elle employait avant sa transition ainsi que des détails concernant l’emploi qu’elle occupe dans des groupes de discussion sur Facebook.

Photo de l’application mobile de Facebook.

Les plaignants allèguent avoir reçu des menaces par l’entremise des réseaux sociaux.

Photo : Getty Images

Ils remettaient en question mes compétences et essayaient de mettre en danger mon emploi. Ils ont dit des choses très homophobes, que j’essayais de profiter de mon poste pour influencer les jeunes. Il y a un historique d’association entre la communauté gaie et l’implication auprès des jeunes où on dit qu’on essaie de convertir les jeunes. C’est quelque chose de très homophobe, soutient Maxime. 

Ces menaces constituent de la stigmatisation, ça peut être très nuisible pour la santé mentale et le bien-être.

Maxime, membre de la communauté LGBTQ+ de Sudbury

La police du Grand Sudbury a confirmé à Radio-Canada avoir reçu une plainte de Maxime et confirme que son employeur a même été contacté par ses détracteurs.

Un drapeau arc-en-ciel.

La police municipale indique avoir reçu au moins trois plaintes de résidents LGBTQ+ du Grand Sudbury qui ont reçu des commentaires désobligeants en ligne.

Photo : La Presse canadienne / Eduardo Lima

J’ai peur pour mes amis, mes enfants, j’ai peur des répercussions sur mon travail et je m’inquiète aussi pour les personnes queer les plus marginalisées de notre communauté. J’ai beaucoup de soutien, mais il y a plusieurs personnes queer qui ne sont pas encore hors du placard, des personnes racisées, autochtones ou à mobilité réduite. Je me demande ce qui adviendra si la même chose leur arrive, fait savoir Maxime. 

Maxime dit d’ailleurs avoir dû modifier certains de ses comportements depuis la réception des toutes premières menaces. 

Je ne marche pas seul.e dans le centre-ville. Je ne sais pas si je suis en sécurité si on me voit.

Maxime, membre de la communauté LGBTQ+ de Sudbury

Des commentaires désobligeants à répétition

Maxime reconnaît que le fait qu’iel s’exprime souvent pour dénoncer [entre autres] les organisations suprémacistes blanches de la communauté le/la rend aussi vulnérable aux attaques de ceux et celles qui ne sont pas du même avis. 

Mais le fait que plusieurs des personnes faisant l’objet de menaces soient aussi membres de la communauté LGBTQ+ l’inquiète fortement. 

Une inquiétude partagée par le président de Fierté Sudbury Pride, qui remarque surtout en ligne des commentaires répétitifs qui équivalent, à son avis, à du harcèlement

Si on se promène dans les commentaires, souvent on va voir quelqu’un qui va répéter constamment que tout ce qu’ils veulent faire, c’est d’avoir une discussion avec nous. Pour quelqu’un de l’extérieur qui regarde ces commentaires-là, peut-être que ça n’a pas l’air trop harcelant comme tel, mais quand ça s’inscrit dans une continuité, c’est juste une preuve qu’il y a un problème, déclare M. Tétreault. 

Nous sommes une communauté qui, oui, prend parole, mais parce qu’on n’a d’autre choix que de le faire. Notre existence est politisée sans notre avis, et donc ça nous oblige de prendre la parole et de prendre possession de ce discours. Si les gens veulent critiquer le mouvement pour des raisons valables, allez-y, mais ce qui n’est pas acceptable, c’est juste le harcèlement, ce sont les menaces qui ne contribuent pas du tout à un discours social sain et constructif.

Alex Tétreault, président de Fierté Sudbury Pride

Pas d’accusations criminelles pour l’instant

La police du Grand Sudbury indique que deux autres plaintes similaires à celle de Maxime ont été faites par des résidents.

Une porte-parole explique, dans un courriel, que des agents de police ont parlé aux individus impliqués et leur ont défendu de contacter les lieux de travail, les employeurs ou les collègues des plaignants, parce que tout contact supplémentaire de cette nature pourrait mener à des accusations de harcèlement criminel. 

La pancarte du poste de police du Grand Sudbury.

La police avoue qu’elle reçoit de plus en plus de plaintes en lien avec des commentaires désobligeants sur les médias sociaux.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Projean

Kaitlyn Dunn souligne toutefois que les enquêtes policières impliquant des échanges de messages désobligeants par l’entremise des médias sociaux sont compliquées, étant donné qu’il y a plusieurs moyens pour un individu ou un groupe d’arrêter de recevoir des communications (par exemple, bloquer un individu)

Les plateformes comme Facebook ont leurs propres moyens de signalement de contenu ou de comptes. Des commentaires désagréables, méchants et même offensants en ligne dépassent rarement le seuil de la criminalité parce que la sécurité des personnes est rarement à risque. Avec la venue des médias sociaux, nous avons remarqué une hausse de ce qui pourrait être considéré comme de l’intimidation en ligne, écrit Mme Dunn.

* Radio-Canada a attribué un nom fictif à la personne ciblée par des menaces pour des raisons de sécurité.

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