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Des centaines d’écoles toujours sans détecteurs de monoxyde de carbone

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Le reportage de Jean-Philippe Robillard

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Un an après la fuite de monoxyde de carbone à l’école des Découvreurs, près de 20 % des écoles n’ont toujours pas de détecteurs. Des commissions scolaires se sont dotées de détecteurs de type résidentiel, mais devront investir des millions de dollars dans des appareils plus sophistiqués lorsque la Régie du bâtiment du Québec accouchera d’une norme.

Le matin du 14 janvier 2019, le fils de Philippe Lavallée, 8 ans, a vécu une situation bouleversante. Il a vu de ses camarades de classe être malades. Il a vu la professeure être malade. Il a même vu des gens perdre connaissance [...] Ça a dû être assez épeurant.

Peu après 11 h, près de 300 élèves et membres du personnel de l'école des Découvreurs, à Montréal, ont été évacués en raison d’une forte présence de monoxyde de carbone. En tout, 35 enfants âgés de 6 à 13 ans ont alors été transportés vers des centres hospitaliers pédiatriques et du personnel enseignant a été hospitalisé.

Une rupture d’un joint du système de chauffage au gaz avait laissé échapper du monoxyde de carbone à des niveaux dangereux. En l’absence d’un détecteur, les occupants de l’école n'avaient pu être avertis.

Cette fuite a interpellé bien des parents qui ont estimé que la direction n’avait pas pris toutes les actions possibles pour protéger la sécurité des enfants, se rappelle M. Lavallée.

Quelques alarmes depuis un an

Un an plus tard, plusieurs commissions scolaires se sont dotées de détecteurs de monoxyde de carbone. La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), par exemple, en a acheté 700. À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), plus de 1400 appareils de type résidentiel ont été installés – une facture de près de 200 000 $.

Comme l’explique la directrice générale adjointe à la CSDM, Lucie Painchaud, l’un des nouveaux détecteurs a permis d’éviter un incident au printemps dernier dans une école primaire du nord de Montréal.

Nous avons eu effectivement un événement, et grâce à notre procédure et notre protocole, le détecteur de type résidentiel s'est déclenché. Le concierge a pu détecter la situation avant même la rentrée des élèves. Les enfants ont été redirigés vers un autre établissement scolaire à proximité et personne n'a été incommodé, explique-t-elle.

On a pu voir que la procédure d'urgence fonctionnait très bien, ajoute Mme Painchaud.

Selon nos informations, quelques cas similaires ont permis d’éviter le pire ailleurs au Québec ces derniers mois.

Selon le dernier relevé du ministère de l’Éducation, 20 % des 2459 bâtiments qui sont dotés d’un système de combustion (appareil de chauffage ou de refroidissement, cuisinières au gaz propane, génératrice, chauffe-eau au gaz naturel ou au gaz propane) n’avaient pas encore les détecteurs nécessaires au début de l’hiver.

Un détecteur de monoxyde de carbone installé dans une école.

Selon le ministère de l’Éducation, 20 % des 2459 bâtiments qui sont dotés d’un système de combustion n’avaient pas encore les détecteurs nécessaires au début de l’hiver.

Photo : Radio-Canada

Le décret adopté au mois d’août demandait aux commissions scolaires de s’équiper avant le 15 novembre d’appareils de type résidentiel ou non résidentiel.

Dans une directive du ministère en date du 3 octobre 2019, dont Radio-Canada a obtenu copie, un haut fonctionnaire recommandait cependant aux commissions scolaires l’installation d’un détecteur de monoxyde de carbone de type non résidentiel [...] dans le local dans lequel se trouve l’appareil de combustion.

Les écoles privées sont exclues du décret.

Selon un expert consulté par Radio-Canada, un détecteur de type résidentiel ne peut être calibré, utilise un seuil de déclenchement plus élevé et a une durée de vie plus courte qu’un appareil de type commercial, qui est plus coûteux.

Toujours pas de norme établie à la Régie

Les jours suivant l’incident de janvier 2019, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge avait annoncé la mise en place de démarches réglementaires [...] pour que l’ensemble des écoles et des commissions scolaires soient obligées de se munir d’un détecteur de monoxyde de carbone, ce qui n’est pas le cas présentement.

Le ministère souhaitait que les commissions adoptent un mécanisme d’inspection annuelle pour s’assurer qu’il soit fonctionnel et opérationnel.

Or, Radio-Canada a appris que la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) n’a toujours pas terminé l’élaboration d’une solution réglementaire. Cette solution réglementaire va s’appliquer pour les écoles, mais aussi aux cégeps et les universités. Nous serons des précurseurs au Canada, a indiqué un porte-parole, sans avancer de date.

Selon le ministre Roberge, les mesures déployées à ce jour le rassurent.

J’ai bon espoir que toutes les institutions vont se doter de détecteurs. Ceci dit, avec le code du bâtiment on va avoir la ceinture et la bretelle.

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation

Dans les commissions scolaires, on s’attend à ce que la norme de la RBQ nécessite l’achat de nouveaux détecteurs plus sophistiqués de type commercial reliés à une centrale.

La facture pourrait dépasser le million de dollars à la CSDM, reconnaît Mme Painchaud, qui précise que l’utilisation d’appareils de chauffage au gaz pourrait être reconsidérée dans le futur. Nous migrons vers l'électricité et aussi vers la géothermie dans certaines de nos installations, assure-t-elle.

Choc post-traumatique chez des professeurs

Depuis l’incident à l’école des Découvreurs, certains professeurs ne sont pas en mesure de reprendre leur vie professionnelle.

À notre connaissance, il y a trois membres du personnel enseignant qui ne sont toujours pas de retour au travail, pour qui le cours de la vie n'a pas repris son cours normal, a indiqué la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal, Mélanie Hubert.

Ces gens, précise-t-elle, sont soit en invalidité ou ont été relocalisés dans des fonctions plus administratives pour le moment parce qu'ils ne sont toujours pas capables d'exercer leur fonction d'enseignement.

Pour certains, il y a eu des éléments de nature post-traumatique. Il y a aussi toutes sortes d'investigation au niveau de lésions neurologiques, ajoute-t-elle.

Mme Hubert rappelle que le syndicat a entrepris un recours auprès de la CSMB. On veut faire reconnaître qu'il y a eu violation de certaines dispositions qui protègent les travailleurs et travailleuses.

Cette démarche pourrait aller jusqu'à des dédommagements d'ordre monétaire, précise-t-elle. Une audience à ce sujet est prévue au cours des prochaines semaines.

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