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Les manifestants en Iran réussiront-ils à faire fléchir le régime?

Une jeune femme tient une pancarte devant des soldats.

Des milliers d'Iraniens ont manifesté leur rejet du régime, comme cette jeune femme qui tient une pancarte sur laquelle est écrit : « Votre erreur était intentionnelle, votre mensonge était intentionnel », lors d'un rassemblement devant l'Université Amir Kabir, à Téhéran, le 11 janvier 2020.

Photo : Getty Images / STR

Radio-Canada

Depuis que les autorités iraniennes ont admis être responsables de l’écrasement d'un avion d’Ukraine Airlines, abattu par un missile quelques minutes après son décollage de l’aéroport de Téhéran, la rue ne décolère pas. Des milliers de personnes manifestent pour dénoncer l’attitude du gouvernement et réclamer un changement de régime.

Ce n’est pas la première fois que les Iraniens expriment leur mécontentement, mais vont-ils réussir à faire bouger les choses cette fois?

Ce qui est clair, c’est que le lien de confiance entre la population et ses dirigeants est brisé, pense Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS, au micro de Michel C. Auger à l’émission Midi info.

Il y a quelques jours, dans les manifestations très massives de soutien populaire après l’assassinat du général Soleimani, le guide suprême de l'Iran [l'ayatollah Ali Khamenei] reprenait du pouvoir, affirme M. Hourcade. Il était le chef de la patrie, qui réunissait tout le monde contre une agression internationale impérialiste.

La situation a bien changé après la tragédie aérienne, et il est maintenant perçu comme l’ultime responsable de ce cafouillage qui a coûté la vie à 176 personnes.

[Les Iraniens] se sont rendu compte que l’autorité du guide n’était pas solide, qu’il n’était pas capable d’assurer la sécurité d’un transport aérien ordinaire, soutient le chercheur. Autrement dit, que son pouvoir était en fait un pouvoir de papier, un pouvoir un peu pourri de l’intérieur.

Aujourd’hui, il se passe des choses graves en Iran qui pourraient effectivement aboutir non pas au renversement du régime, mais à des évolutions très importantes.

Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS, à « Midi info ».
Des protestataires iraniens se sont rassemblés près d'un brasier, dans la rue.

Les manifestations contre la hausse du prix de l'essence, en novembre 2019, ont entraîné une vague de répression.

Photo : Getty Images / AFP

Les autorités iraniennes ne se gênent pas pour réprimer violemment les manifestations. C’est ce qu’elles ont fait lors du mouvement de contestation, en novembre 2019, quand des milliers de personnes, qui protestaient contre la détérioration de leur situation économique et la hausse du prix de l’essence, ont été arrêtées.

Selon le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, en plus des 7000 arrestations, il y a eu au moins 208 morts dans le cadre de cette vague de répression.

En novembre, c’était le prolétariat qui se révoltait, note Bernard Hourcade. Alors que maintenant, c’est plutôt la classe moyenne. Autrement dit, on voit toutes les catégories sociales qui bougent et qui disent : quelque chose ne va pas bien dans la République d’Iran.

Les grands perdants de ce mouvement de contestation pourraient être le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), cette force d’élite du régime dont le général Qassem Soleimani était un des commandants, selon M. Hourcade, dans la mesure où les Iraniens ont bien vu « qu’ils ne sont pas capables de contrôler la sécurité iranienne », d’une part, et qu’ils ont tenté de nier la réalité, d'autre part. C’est un changement de rapport de force, croit le chercheur.

Les gens qui étaient les plus forts, les meilleurs pour protéger le peuple iranien, on se rend compte qu’ils ne sont pas capables de distinguer un Airbus qui vient de décoller de l’aéroport d’un missile de croisière.

Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS, à « Midi info ».

Où tout cela mènera-t-il les Iraniens? Difficile à dire, répond M. Hourcade. Mais ce qui est sûr, dans un contexte de tensions croissantes et de crise économique, c'est que la population attend des réponses.

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