•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Réforme des retraites en France : le gouvernement a-t-il fait son dernier compromis?

Plusieurs personnes sont assises autour d'une table.

Le premier ministre Édouard Philippe (à gauche) a participé à une rencontre de négociation avec le secrétaire général de la Confédération générale du travail Philippe Martinez (à droite), vendredi, à l'hôtel Matignon.

Photo : Reuters / Charles Platiau

Un léger vent d’optimisme a brièvement soufflé sur la capitale française ce week-end. La nouvelle a circulé plus aisément que les Parisiens ces jours-ci : le gouvernement reculait, tendait une main aux syndicats. Mais à la lecture des détails de l’offre du premier ministre Édouard Philippe, l’optimisme a vite tourné à la résignation.

C’est un geste du gouvernement qui divise les syndicats français. Certains y voient une véritable victoire ou une avancée majeure. D’autres craignent plutôt un piège cousu de fil blanc, un enfumage et une mise en scène.

Une différence d’interprétation qui en dit long sur les tensions au sein du monde syndical français. Et sur la tactique du gouvernement pour faire adopter sa réforme des régimes de retraite.

Je suis disposé à retirer du projet de la loi la mesure de court terme que j’avais proposée.

Édouard Philippe, premier ministre, dans sa proposition

Le premier ministre faisait référence au fameux âge pivot sur lequel bien des colères syndicales sont concentrées.

Il s’agit d’une mesure destinée à assurer un retour à l’équilibre financier dans les caisses de retraite. L’âge pivot repousse dans le temps le moment où un Français peut toucher une pleine retraite.

Dans l’esprit de la réforme, un départ à la retraite entre l’âge légal (62 ans) et l’âge pivot est possible, mais avec une pension moindre. Une mesure qui incite donc à travailler plus longtemps.

Le gouvernement propose bien de retirer cette mesure de son projet de loi, mais il ne recule pas sur l’objectif : il faut rapidement revenir à l’équilibre financier. Aux syndicats, donc, de proposer d’autres méthodes de financement.

L’offre est aussi assortie de quelques contraintes. Pas question de réduire les montants versés aux retraités ni de hausser les cotisations des employeurs.

En clair, l’argent devra venir des travailleurs français. Comment, si ce n’est en travaillant (et donc en cotisant) plus longtemps?

La réponse demeure inscrite dans le projet de réforme : le moment où les Français pourront toucher une pleine retraite doit être déplacé dans le temps.

L’âge pivot est donc toujours là, comme mesure d’équilibre à long terme. C’est uniquement pour revenir à l’équilibre financier qu’il pourrait être abandonné… si les syndicats trouvent d’autres solutions d’ici la fin avril.

Le gouvernement a mis de l'eau dans son vin

Il faut savoir terminer une grève, a déclaré Édouard Philippe dimanche soir. Une formule empruntée au responsable du Parti communiste français dans les années 1930, Maurice Thorez.

Les présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande l’ont tous deux utilisée pour signaler qu’ils jugeaient avoir fait assez de compromis dans d'autres négociations.

Des ajustements, il y en a eu.

Les policiers et les pompiers, les gardiens de prison et les douaniers, les contrôleurs aériens et les routiers ont tous obtenu de conserver certains acquis.

Pour les employés du métro parisien et ceux des chemins de fer, le nouveau système entrera en vigueur de manière bien progressive : 22 ans plus tard que ce qui avait initialement été anticipé (pour les travailleurs nés en 1985 plutôt qu’en 1963).

Des concessions qui minent le principe d’universalité désiré par le gouvernement dans sa réforme. D’où le besoin senti d’accélérer la cadence, de mettre fin aux compromis, et d’adopter la réforme.

Il faut savoir terminer une grève, a dit Édouard Philippe, en se gardant bien de compléter la citation originale. À l’époque, Maurice Thorez avait ajouté : dès que la satisfaction a été obtenue.

Justement, plusieurs grévistes évoquent les concessions accordées à certaines professions comme une raison de plus pour continuer la mobilisation. Eux aussi veulent une exemption.

Et puis, comme le gouvernement a déjà cédé un peu, autant garder l’espoir de le faire reculer sur l’ensemble du projet...

À ceux-là, le gouvernement semble déjà répondre par la négative. Le calendrier législatif est serré, la marge de discussion bien mince.

D’où l’avertissement lancé aux syndicats par le premier ministre Philippe : ceux qui les incitent à poursuivre la grève les mènent peut-être vers une impasse.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique internationale

International