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Manifestations à Téhéran : la police dit avoir reçu des consignes de « retenue »

Le reportage de Frédéric Arnould

Photo : Getty Images / AFP/ATTA KENARE

Radio-Canada
Mis à jour le 

Le chef de la police de Téhéran assure avoir reçu des consignes de « retenue » face aux manifestations de colère contre les autorités observées depuis samedi soir après que l'Iran a reconnu avoir abattu par erreur un avion civil ukrainien.

La police a traité les personnes qui se sont rassemblées avec patience et tolérance, a déclaré le général Hossein Rahimi dans des propos publiés lundi par la télévision d'État.

La police n'a pas du tout tiré sur les rassemblements parce que la retenue était à l'ordre du jour des policiers de la capitale.

Hossein Rahimi, chef de la police de Téhéran

Plusieurs vidéos, dont certaines diffusées par le Centre pour les droits de la personne en Iran – une ONG basée à New York – semblent plutôt montrer que des manifestations ont été réprimées dans la violence à Téhéran.

Dans l'une de ces vidéos, que l'agence Associated Press dit avoir vérifiée, on peut voir une femme ensanglantée sur un trottoir de la place Azidi être soulevée par d'autres personnes disant qu'elle a reçu une balle dans une jambe.

Elle saigne sans arrêt!, crie une personne. Faites-lui un bandage!, dit une autre voix. Sur d'autres photos et vidéos prises au même endroit par la suite, il y a une mare de sang au sol.

D'autres vidéos montrent des manifestants fuyant la place en toussant et en criant : Ils lancent des gaz lacrymogènes sur les gens! Place Azadi! Mort au dictateur!

Selon notre collaborateur à Téhéran, Siavosh Ghazi, la police iranienne a fait valoir que les blessures étaient attribuables à des armes de chasse, et a assuré que ses troupes ne disposaient pas de telles armes.

La police a affirmé et qu'il s’agissait très probablement de provocateurs qui ont voulu faire couler le sang pour créer encore plus de colère chez les manifestants et pour faire descendre encore plus de gens dans la rue, a-t-il expliqué.

L'agence semi-officielle Fars, considérée comme proche du Corps des Gardiens de la révolution, a elle-même admis que les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes à certains endroits.

Selon plusieurs médias, de nouvelles manifestations ont eu lieu lundi à l'Université Sharif, à Téhéran, où avaient étudié certaines des victimes, ainsi qu'à Ispahan. Ces vidéos n'ont cependant pas été authentifiées.

L'Iran a reconnu samedi que le vol PS572 d'Ukraine International Airlines avait été abattu par un missile tiré par erreur alors que la défense du pays était en état d'alerte maximum par crainte d'une attaque américaine.

L'annonce de la responsabilité des Gardiens de la révolution dans cette catastrophe, après trois jours de démentis catégoriques, a créé un choc et une vague d'indignation en Iran.

Dès samedi soir, une cérémonie d'hommage aux victimes dans une université de Téhéran a viré à la manifestation contre les autorités, aux cris de mort aux menteurs, avant d'être dispersée par la police.

Dimanche soir, de nouveau, des rassemblements de colère, d'une ampleur difficile à évaluer, ont eu lieu.

Téhéran va tout faire pour mettre fin aux manifestations, dit Pompeo

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a accusé les autorités iraniennes de vouloir tout faire pour mettre fin aux manifestations contre le pouvoir.

On voit actuellement les Iraniens descendre dans les rues en nombre stupéfiant, malgré les risques énormes qu'ils encourent personnellement, a déclaré M. Pompeo lors d'un discours à l'université californienne de Stanford.

Les États-Unis sont à leur côté dans leurs appels en faveur de la liberté et de la justice, et dans leur colère justifiée contre l'ayatollah Ali Khamenei et ses sbires, a-t-il ajouté.

Des manifestations à relativiser

Selon Siavosh Ghazi, le gouvernement iranien n'est pas menacé par ces manifestations, dont l'ampleur demeure bien moindre que celles qui ont été observées lors des obsèques du général Qassem Soleimani, assassiné par les États-Unis le 3 janvier.

L’ampleur des manifestations n’est pas très importante. À chaque fois, il y a des centaines de personnes qui se rassemblent. Pour l’instant, il n’y a pas de grande manifestation qui pourrait mettre en danger le pouvoir, a-t-il expliqué à RDI.

Lors des obsèques du général Soleimani, il y a eu par exemple plus de deux millions de personnes dans les rues de Téhéran pour manifester leur colère contre l’attaque américaine qui a abouti à la mort du général iranien.

Les manifestations sont en outre beaucoup plus calmes que celles survenues dans la foulée d'une hausse des prix de l'essence l'automne dernier, et la police intervient de façon beaucoup moins violente, dit le correspondant de Radio France internationale (RFI).

Après la hausse du prix de l’essence, il y a eu des manifestations très violentes qui se sont déroulées dans de petites villes de province, rappelle-t-il.

Quelque 700 banques ont été incendiées, une centaine de grands magasins ont été pillés et incendiés, et la police et les forces de l’ordre sont intervenues de manière très violente pour reprendre le contrôle de la situation en main.

M. Ghazi concède cependant qu'un sentiment de colère et d'incompréhension est palpable dans la population iranienne.

Les gens ne comprennent pas pourquoi les autorités n’ont pas dit la vérité immédiatement et pourquoi un responsable politique iranien, notamment le président Hassan Rohani, n’est pas intervenu à la télévision pour parler à la population.

Siavosh Ghazi, correspondant de RFI à Téhéran

Malgré les manifestations rapportées lundi à Téhéran et à Ispahan, la situation est beaucoup plus calme qu'en fin de semaine à Téhéran, dit-il.

Des centaines d'Iraniens sont entassés dans une rue de Téhéran.

Des Iraniens ont manifesté leur colère devant l'Université Amirkabir, samedi, à Téhéran.

Photo : Getty Images / AFP/ATTA KENARE

L'Iran menace d’expulser l'ambassadeur britannique

Par ailleurs, Téhéran appelle à la cessation immédiate de toute ingérence ou provocation de l'ambassade de Grande-Bretagne à Téhéran. L'Iran reproche à l'ambassadeur Rob Macaire d'avoir été présent à un rassemblement illégal en violation des conventions diplomatiques. Il a été détenu pendant quelques heures.

Le gouvernement iranien dit qu’il ne se limitera pas à convoquer l'ambassadeur si cette attitude persiste.

Le communiqué du ministère iranien des Affaires étrangères a été rendu public quelques heures après la convocation de l'ambassadeur d'Iran à Londres.

Le ministère britannique des Affaires étrangères exprimé ses vives objections à la brève arrestation de l'ambassadeur britannique à Téhéran, a indiqué le porte-parole officiel du premier ministre.

Il s'agit d'une violation inacceptable de la Convention de Vienne, a dit le porte-parole, en ajoutant que le Royaume-Uni demanderait à l'ambassadeur Hamid Baeidinejad l'assurance que cela ne se reproduirait plus.

Dimanche, des manifestants ont brûlé un drapeau britannique et un autre israélien devant l'ambassade du Royaume-Uni à Téhéran aux cris de Mort à la Grande-Bretagne.

M. Macaire, a assuré s'être rendu au rassemblement annoncé comme une vigile à la mémoire des victimes de l'écrasement.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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