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  • Envoyée spéciale
  • Réélection de Tsai Ing-wen à Taïwan : soulagement et espoir chez les réfugiés hongkongais

    Des militants tiennent une banderole.

    Dans la foule des partisans de la présidente Tsai Ing-wen à Taipei, des militants hongkongais prodémocratie brandissent des banderoles, dont celle-ci qui réclame la libération de Hong Kong.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    Parmi ceux qui se réjouissent de la réélection de la présidente démocrate taïwanaise Tsai Ing-wen, largement perçue comme la victoire du non aux pressions de Pékin, il y a des militants prodémocratie de Hong Kong qui trouvent que le Parti communiste chinois a le bras long dans leur territoire. Rencontre avec un libraire hongkongais réfugié à Taipei qui a eu des déboires avec les autorités chinoises.

    Lam Wing-kee a les traits tirés lorsque nous le rencontrons à Taipei, au lendemain des élections taïwanaises. Mais il assure qu’il a bien dormi. Ma meilleure nuit de sommeil depuis longtemps, affirme ce libraire arrivé de Hong Kong en avril dernier.

    Il est rassuré de savoir que la présidente démocrate reste en poste.

    Il a eu peur que le principal parti d’opposition, le Kuomintang (KMT), favorable à un réchauffement des relations entre Taïwan et Pékin, ne l’emporte, et ce, même si son candidat Han Guo-yu avait exprimé son soutien au mouvement de contestation de Hong Kong.

    Certains réfugiés hongkongais demeuraient méfiants.

    Lam Wing-kee reste convaincu qu’un changement de gouvernement aurait eu de graves conséquences. Pas seulement pour moi, mais aussi pour tous ces étudiants [qui ont pris part aux manifestations prodémocratie] qui sont venus ici.

    Visage en gros plan de Lam Wing-kee, lors d'une entrevue que le libraire hongkongais accorde à Radio-Canada, dans des locaux vides qu'il compte transformer en librairie à Taipei. 12 janvier 2020

    Lam Wing-kee, libraire de Hong Kong et réfugié à Taiwan pour échapper aux autorités chinoises. Taipei, 12 janvier 2020.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    On aurait pu être expulsés, et même envoyés en Chine. La situation aurait été chaotique. Il aurait vraiment fallu que je parte d’ici en cas de changement à la présidence. Maintenant, je sais que je peux m’installer ici et m’établir pour les quatre prochaines années.

    Lam Wing-kee, réfugié hongkongais à Taïwan

    Lam Wing-kee embrasse du geste et du regard le local où il nous accueille, au 10e étage d’un édifice dans un quartier branché, situé près du palais présidentiel à Taipei. Il compte y installer une librairie. Il a pu récolter des dizaines de milliers de dollars grâce à une campagne de financement lancée sur Internet. Le local coûte quatre fois moins cher que celui de Causeway Bay Books,  la librairie qu’il avait fondée avant d’en devenir gérant à Hong Kong.

    Lam Wing-kee assure qu’il n’est pas trop triste d’avoir quitté sa ville natale. Ma sécurité est plus importante que de vivre à Hong Hong, lance-t-il. Il dit apprécier le mode de vie et la démocratie de Taïwan.

    Emprisonné par la Chine

    Ce qui l’avait poussé à partir avec ses valises, au printemps dernier, c’est le dépôt du projet de loi sur l’extradition vers la Chine continentale par l’administration de Hong Kong. C'est ce projet de loi – aujourd’hui abandonné – qui a déclenché la vaste contestation prodémocratie qui perdure depuis des mois dans l’ancienne colonie britannique.

    Lam Wing-kee n’avait pas voulu courir le risque d’être arrêté à Hong Kong, en cas d’adoption. Parce que les prisons chinoises, il connaît déjà ça.

    Il y a croupi pendant cinq mois, après avoir été arrêté fin 2015 en se rendant en Chine continentale. Il est l’un des cinq libraires hongkongais qui avaient « disparu » à l’époque, ce qui avait semé l’émoi dans le territoire semi-autonome.

    Il a été détenu et interrogé par les autorités chinoises pour avoir vendu des ouvrages qui déplaisaient au régime communiste. Notamment, un livre sur la vie amoureuse du président Xi Jinping. Il avait même dû faire des « aveux » télédiffusés.

    Lam Wing-kee devant des journalistes, photographes et caméramans

    Lam Wing-kee, en conférence de presse à Hong Kong en juin 2016, après son retour de Chine continentale où il avait été détenu pour avoir vendu des ouvrages critiquant le régime.

    Photo : Reuters / Bobby Yip

    Le libraire explique qu’il est toujours recherché par les Chinois. Il est considéré comme un fugitif parce qu’il avait profité d'une libération conditionnelle, accordée pour aller chercher des documents à Hong Kong, pour y rester. Et pour raconter ce qui lui était arrivé.

    S’il est venu se mettre à l’abri à Taïwan, c’est parce que l’île n’a pas d’accord d’extradition avec la Chine, comme celui auquel songeait l’administration hongkongaise.

    Lam Wing-kee est ici avec un visa de touriste.

    Engagement électoral

    Des milliers de manifestants hongkongais qui ont trouvé refuge à Taïwan ont été attirés par la promesse de la présidente Tsai Ing-wen de les aider, ce qui n'est pas du goût de Pékin.

    L'opposition avait reproché à la présidente sortante de se servir de la situation à Hong Kong à des fins électoralistes.

    Anyck Béraud discute avec Lam Wing-kee.

    Anyck Béraud discute avec Lam Wing-kee.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

    Durant la campagne, Lam Wing-kee a fait partie des nombreux Hongkongais qui s’étaient donné comme mission d’inciter les électeurs à exercer leur droit de vote.

    J’ai écrit des articles dans les médias et j’ai fait des publications sur Facebook pour dire aux jeunes d’aller voter, précise-t-il.

    Il est convaincu que la mobilisation des jeunes a beaucoup contribué à la réélection de Tsai Ing-wen. Ceux-ci étaient effrayés par l’intransigeance de la Chine et de l’administration hongkongaise pro-Pékin envers des manifestants de leur âge, dit-il.

    Il y a eu des milliers d’arrestations à Hong Kong. Et les manifestants qui sont accusés de participer à une émeute risquent de passer jusqu’à 10 ans derrière les barreaux.

    Pékin est en partie responsable des résultats des élections. S'il n'avait pas fait ça aux Hongkongais, s'il n'avait pas été si cruel, les jeunes n'auraient pas voté en si grand nombre.

    Lam Wing-kee, réfugié hongkongais à Taïwan
    Des manifestants brandissent un drapeau.

    Des manifestants célébraient à Hong Kong la victoire de la présidente démocrate taïwanaise Tsai Ing-wen, samedi soir.

    Photo : Getty Images / AFP / Chris Stowers

    Des slogans comme « Aujourd’hui Taïwan, demain Hong Kong » donnent une mesure de l’espoir créé par le résultat électoral du 11 janvier.

    La victoire du camp démocrate est largement perçue comme un non retentissant des Taïwanais à la pression politique, militaire et économique exercée par Pékin.

    Le Parti communiste chinois considère Taïwan comme une province rebelle et rêve de l’unir à une Grande Chine.

    Lam Wing-kee ne se berce cependant pas d’illusions. La Chine va probablement serrer un peu plus son étau, pense-t-il. Un avis largement partagé par les analystes.

    Il croit que la pression viendra aussi de l’intérieur, d’une partie des Taïwanais qui continuent de s’identifier comme des Chinois, 70 ans après que les nationalistes battus par les communistes de Mao Zedong, lors de la guerre civile de 1949, eurent fui le continent pour installer à Taïwan la République de Chine.

    Lam Wing-kee est debout au milieu d'une pièce vide.

    Le local dans lequel Lam Wing-kee compte ouvrir une libraire.

    Photo : Radio-Canada / Hsiuwen Liu

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