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Ode à Saint-Jean-de-Cherbourg et à la résistance du monde rural

Devant la façade d'une petite maison, un couple éclairé à la chandelle se fait face.

« Toutes les personnes que j’ai recontrées ont des passés différents et c’est riche pour moi, de voir et d’entendre tout ça », affirme Kassandra Reynolds.

Photo : Kassandra Reynolds

Laurence Gallant

Le village de Saint-Jean-de-Cherbourg et ses résidents font l’objet d’une exposition photo à Rivière-du-Loup. Dans la lentille bienveillante de la jeune photographe Kassandra Reynolds, des personnages et des histoires rappellent que plusieurs petits villages de l’arrière-pays sont toujours en vie, malgré une population vieillissante et des services difficiles à maintenir.

Les rencontres humaines se trouvent au cœur de la démarche documentaire et empreinte de poésie de l’artiste de 21 ans, Kassandra Reynolds, originaire des Cantons de l’Est.

C’est d’abord dans le cadre de ses études en photographie au Cégep de Matane que l’ancienne étudiante s’est intéressée à Saint-Jean-de-Cherbourg, dans la Matanie.

Une arche en métal rouillé dans la neige, à l'orée d'une forêt.

En séjournant à Matane pendant ses études, Kassandra Reynolds dit s'être beaucoup attachée à la Gaspésie.

Photo : Kassandra Reynolds

La photographe a alors entrepris de faire du porte-à-porte afin de rencontrer les résidents et de leur présenter sa démarche, puis de les inciter à participer au projet.

Je voulais recueillir les histoires, les témoignages des habitants de Saint-Jean-de-Cherbourg. C’est l’histoire du village qui m’a interpellée.

Kassandra Reynolds, photographe
Kassandra Reynolds devant ses photographies.

Kassandra Reynolds présente son exposition jusqu'au 3 mars à la Maison de la culture de Rivière-du-Loup.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

L’enjeu de la survie de ces villages qui ont échappé à la fermeture grâce aux Opérations Dignité, dans les années 1970, a tout de suite piqué sa curiosité.

En 1970, Québec et Ottawa décident de fermer 81 villages de l'Est-du-Québec, selon le Plan de relocalisation du Bureau d'aménagement de l'Est-du-Québec (BAEQ). L'objectif des gouvernements est de sortir la région de son état de pauvreté. Ils prônent aussi une meilleure formation de la main-d'oeuvre et la modernisation des pêches et de la forêt. En septembre de la même année, 19 prêtres du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie lancent le Manifeste des curés en colère et trois d'entre eux fondent les Opérations Dignité. Ces opérations deviennent une véritable bataille pour la survie du monde rural québécois.

Le plan de fermeture des villages et la délocalisation de dizaines de milliers de personnes soulèvent le mécontentement de la population. Dix villages seront finalement rasés.

Cette curiosité l'a poussée à cogner à la porte de ces personnes qui ont tenu à rester dans leur village ou à y revenir, après des années à l’extérieur.

J’en ai vu de toutes les couleurs... C’est sûr qu’au début du projet, ça me demandait plus de courage de cogner aux portes, je l’avoue, ce n’était pas évident, raconte-t-elle.

Un husky est tenu en laisse près d'une petite roulotte et d'un quad, entourés de neige.

En légende de cette photo, on peut lire un aperçu de l’histoire de Christian : « Ça fait un an que j’vis dans ma roulotte. Pas d’électricité, pas d’Internet. J’suis ben, j’ai la paix. »

Photo : Kassandra Reynolds

Mais une rencontre a permis à Kassandra Reynolds de gagner sans trop d’embûches la confiance des résidents du village, à qui elle a demandé de se raconter, et de lui montrer leur milieu de vie.

Il suffit de rencontrer les bonnes personnes, des fois. Comme Jocelyne et Maurice, c’est un couple qui m’a adoptée, et à travers ce couple je me suis fait connaître assez rapidement dans le village, mais de manière positive, donc les gens savaient mon intention et ce que je faisais.

Un lit fleuri à la tête duquel veille Jésus Christ sur la croix.

Une chambre qui semble figée dans le temps à Saint-Jean-de-Cherbourg

Photo : Kassandra Reynolds

La photographe raconte qu’elle pouvait discuter des heures durant avec les résidents qui lui avaient ouvert leur porte. C’est juste en sortant que je me disais "Wow, j’ai passé 4-5 heures avec la personne!" Ils t’invitent à dîner et tu ne vois plus le temps passer.

Elle se mettait par la suite à photographier ses sujets et leur environnement, de manière à faire écho à leurs témoignages. Ils étaient super contents de me faire visiter leur chez-soi, indique-t-elle.

Les gens sont attachés à leur territoire, à la nature. [...] S’ils sont là, c’est parce qu’ils sont bien chez eux. C’est ça que j’ai trouvé beau.

Kassandra Reynolds, photographe
Une vieille grange trône derrière Kevin et sa mère.

Le jeune Kevin pose ici avec sa mère et son chien.

Photo : Kassandra Reynolds

Constatant que les jeunes se faisaient très rares au village, elle a été surprise de rencontrer Kevin, un jeune super allumé, super ancré au territoire, justement. Il est toujours dehors, dans le garage, il bricole toujours, décrit-elle.

Yvan et Mélanie, des gens très simples, très tendres qui m’ont tellement bien accueillie, puis Pierre-Paul, dont on aurait du mal à estimer le nombre de printemps tellement il est en forme, un homme qui a travaillé presque toute sa vie dans le bois, sur la Côte-Nord, mais qui revenait ici et là... Les rencontres marquantes ont été nombreuses pour la jeune photographe.

Un couple étendu sur un divan-lit.

« Je trouvais que la lumière était tellement belle. [...] C’était vraiment comme une scène de film à mes yeux. Cette photo parle beaucoup », indique la jeune photographe.

Photo : Kassandra Reynolds

Ces échantillons d’humanité font transparaître l'attachement de Kassandra Reynolds envers ces villages qui tentent de survivre, Saint-Jean-de-Cherbourg en étant un parmi tant d’autres.

L'exposition Saint-Jean-de-Cherbourg est présentée jusqu’au 3 mars à la Maison de la culture de Rivière-du-Loup.

Image du projet de Kassandra Reynolds sur Saint-Jean-de-Cherbourg.

Image du projet de Kassandra Reynolds sur Saint-Jean-de-Cherbourg

Photo : KASSANDRA REYNOLDS

Après avoir vu son exposition voyager au village même ainsi qu’au Zoom photo festival de Chicoutimi, le plus grand festival de photojournalisme au Canada, Kassandra Reynolds espère pouvoir faire connaître son travail à travers son livre photo, qu’elle aimerait pouvoir distribuer en de nombreux exemplaires.

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Bas-Saint-Laurent

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